Burkina Faso, Mali, Sénégal : Quatre ans d’efforts pour sécuriser l’alimentation.
La coopération entre la FAO et le Grand-Duché de Luxembourg a permis aux trois pays de renforcer leurs dispositifs de gestion des urgences alimentaires. Plans nationaux, simulations de crise, formation des inspecteurs et accompagnement des vendeurs de rue : le projet GCP/SFW/517/LUX laisse derrière lui des outils concrets. Reste à inscrire ces acquis dans la durée, au bénéfice des consommateurs et des acteurs économiques.
Des dispositifs nationaux pour mieux gérer les crises alimentaires
Le Burkina Faso, le Mali et le Sénégal ont renforcé leurs capacités de prévention et de réponse aux urgences de sécurité sanitaire des aliments au terme de quatre années de mise en œuvre d’un projet soutenu par la FAO et le Grand-Duché de Luxembourg.
Les principaux résultats ont été présentés le 24 septembre 2026 à Dakar, lors d’un atelier sous-régional de capitalisation réunissant des représentants des gouvernements, des institutions techniques, des partenaires au développement, des chercheurs et des professionnels de l’alimentation.
Au cœur du bilan figure l’élaboration de trois plans nationaux de réponse aux urgences de sécurité sanitaire des aliments, soit un dispositif pour chacun des pays concernés. Ces plans ont été éprouvés à travers trois exercices de simulation, dont deux organisés en grandeur nature.
L’objectif est de permettre aux autorités de mieux coordonner leur intervention lorsqu’une contamination alimentaire ou une autre urgence sanitaire menace les consommateurs.
Cette préparation est essentielle : dans une crise alimentaire, la rapidité de détection, la circulation de l’information et la coordination entre services peuvent limiter les conséquences sanitaires et économiques.
Quatre plans de surveillance pour mieux détecter les risques
Au-delà de la gestion des crises, le projet a contribué à renforcer les mécanismes de surveillance des contaminants alimentaires. Quatre plans de surveillance ont été élaborés à l’échelle des trois pays.
Le dispositif comprend également trois guides nationaux d’inspection et de contrôle. Ces outils doivent aider les services compétents à harmoniser leurs pratiques et à mieux identifier les risques liés aux aliments mis sur le marché.
Selon les résultats présentés par APA, le programme a permis de former 80 inspecteurs-formateurs et 97 agents au contrôle fondé sur les risques. Cette approche consiste à concentrer les contrôles sur les produits, les pratiques et les situations présentant les dangers les plus importants pour la santé publique.
Le renforcement des compétences des services d’inspection constitue un levier essentiel pour rendre les contrôles plus efficaces, mais aussi pour accompagner les professionnels vers une meilleure conformité aux règles d’hygiène.
La restauration de rue, un maillon central de la sécurité alimentaire
La restauration de rue occupe une place importante dans les habitudes alimentaires et l’économie urbaine en Afrique de l’Ouest. Elle permet à de nombreux ménages d’accéder à des repas abordables et représente une source de revenus pour des milliers d’acteurs, souvent issus du secteur informel.
Mais les conditions de préparation, de conservation et de vente peuvent exposer les consommateurs à des risques sanitaires.
C’est pourquoi le projet GCP/SFW/517/LUX a consacré une partie de ses activités à la formation des professionnels. Au total, 667 restaurateurs et acteurs de l’alimentation de rue ont été formés, tandis que 150 entrepreneurs agroalimentaires ont bénéficié d’un accompagnement sur l’autocontrôle.
L’autocontrôle désigne les vérifications qu’un professionnel effectue lui-même pour s’assurer que ses produits et ses pratiques respectent les exigences sanitaires. Il peut notamment s’agir de contrôler la qualité de l’eau utilisée, les conditions de conservation ou la propreté des équipements.
Au Sénégal, la FAO avait déjà engagé, en 2025, un travail de validation de guides consacrés aux bonnes pratiques d’hygiène et aux contrôles officiels dans la restauration de rue. Ces documents couvrent notamment les plats cuisinés, les jus, les boissons chaudes et d’autres aliments couramment vendus.
Cette démarche illustre la volonté de faire de la prévention un travail partagé entre les autorités de contrôle et les professionnels eux-mêmes.
Les médias intégrés à la stratégie de prévention
La sensibilisation des consommateurs constitue un autre volet du programme. Car la sécurité sanitaire des aliments ne dépend pas uniquement des inspections : elle repose aussi sur la connaissance des risques et l’adoption de comportements adaptés.
Dans cette perspective, 70 journalistes ont été formés dans le cadre du projet, afin de contribuer à la diffusion de l’information sur les risques alimentaires et les bonnes pratiques d’hygiène.
Cette dimension est particulièrement importante dans les grandes villes, où les consommateurs achètent quotidiennement des aliments préparés hors du domicile.
Le projet a également accordé une place à l’inclusion : les femmes représentent 66 % des bénéficiaires directs, selon les données présentées lors de l’atelier sous-régional.
Ces résultats traduisent l’importance de prendre en compte les acteurs qui interviennent directement dans la préparation et la commercialisation des aliments, notamment dans les circuits de restauration de proximité.
Un enjeu sanitaire, mais aussi économique
Les urgences de sécurité sanitaire des aliments peuvent avoir des conséquences bien au-delà des établissements de santé. Une contamination peut entraîner des pertes de marchandises, interrompre des activités commerciales, fragiliser les revenus des petits vendeurs et affecter la confiance des consommateurs.
Pour les entreprises agroalimentaires, la maîtrise des risques sanitaires participe également à la qualité des produits, à la régularité des activités et à la crédibilité commerciale. Des contrôles plus efficaces et des pratiques d’hygiène mieux maîtrisées peuvent ainsi contribuer à sécuriser les chaînes de valeur alimentaires.
C’est tout l’intérêt de l’approche soutenue par la FAO et le Luxembourg : renforcer les capacités des autorités tout en accompagnant les professionnels et en informant les consommateurs.
Le projet s’inscrit dans une logique de prévention intégrée, qui considère la sécurité alimentaire comme une responsabilité partagée entre les pouvoirs publics, les opérateurs économiques et les citoyens.
Après le projet, le défi de la pérennisation
Le bilan présenté à Dakar marque une étape importante, mais la production de plans, de guides et la formation d’agents ne suffisent pas, à elles seules, à garantir durablement la sécurité sanitaire des aliments.
La continuité des résultats dépendra notamment de la capacité des administrations à mobiliser les ressources nécessaires aux inspections, à actualiser les dispositifs de surveillance, à maintenir les compétences acquises et à poursuivre l’accompagnement des acteurs de la restauration de rue.
Au Mali, la clôture nationale du projet s’est tenue le 2 septembre 2026. À cette occasion, la FAO a notamment annoncé la remise d’équipements aux services de contrôle et aux opérateurs de la restauration de rue. Le pays dispose désormais d’un Plan national de réponse aux urgences de sécurité sanitaire des aliments, élaboré et testé dans le cadre du projet.
Le passage de la coopération technique à l’action publique durable sera donc déterminant. Pour les trois pays, l’enjeu est de faire vivre ces outils au-delà du calendrier du financement international.
Quatre années de coopération ont permis de renforcer les fondations d’une meilleure sécurité sanitaire des aliments au Burkina Faso, au Mali et au Sénégal. Le prochain défi sera de transformer ces acquis en pratiques quotidiennes, afin que la prévention ne s’arrête pas avec le projet et que la confiance des consommateurs devienne un véritable capital pour les filières alimentaires ouest-africaines.
La Rédaction



