Skip links

Sénégal : 488 millions FCFA pour sortir l’orpaillage artisanal de la clandestinité.

Dakar mobilise le Génie militaire pour aménager et sécuriser sept sites aurifères dans les régions de Kédougou et de Tambacounda. Doté d’un budget estimé à 488,4 millions de FCFA, ce partenariat entre les ministères des Mines et des Forces armées vise à mieux encadrer une activité qui fait vivre plus de 30 000 personnes, tout en renforçant le contrôle de la production d’or et la protection des territoires.

Le Sénégal veut reprendre davantage le contrôle de son exploitation aurifère artisanale. Le 3 novembre 2026 à Dakar, les ministères des Mines et de la Géologie et des Forces armées ont signé un protocole de partenariat de deux ans pour délimiter, aménager et sécuriser sept couloirs d’orpaillage dans les régions de Kédougou et de Tambacounda, au sud-est du pays.

Estimé à 488,4 millions de FCFA, le projet confie l’exécution technique des travaux au Génie militaire. L’objectif est de proposer aux orpailleurs des espaces organisés et mieux équipés, tout en réduisant les zones d’exploitation clandestine qui échappent au contrôle des autorités.

Sept sites pilotes pour encadrer l’exploitation de l’or

La première phase concernera trois sites de la région de Kédougou : Ngary, Kaviar et Sekhoto. Les quatre autres seront aménagés après les validations techniques, géologiques, cadastrales, foncières et environnementales nécessaires, selon l’Agence de presse sénégalaise (APS).

Chaque couloir couvrira une superficie indicative d’un kilomètre carré. Le dispositif prévoit des clôtures d’environ quatre kilomètres, hautes de deux mètres, ainsi que des portails destinés à contrôler les accès.

Le projet ne se limite toutefois pas à la sécurisation physique. Les sites doivent également être équipés de forages, d’installations solaires, de sanitaires, de lieux de prière et d’espaces de restauration. Des crèches sont aussi prévues pour protéger les enfants et améliorer les conditions de travail des femmes qui exercent l’orpaillage artisanal.

Pour la réalisation des travaux, l’état-major général des armées et la Direction du génie et de l’infrastructure des armées assureront la coordination et la supervision. Selon les indications communiquées par le ministre des Forces armées, chaque site nécessitera environ quatre semaines de travaux et mobilisera près de 25 militaires.

Plus de 30 000 personnes dépendent de l’orpaillage

Derrière cette opération d’aménagement se trouve un enjeu social et économique important. Selon le ministre des Mines et de la Géologie, Cheikhou Oumar Seck, l’exploitation minière artisanale fait vivre plus de 30 000 personnes au Sénégal.

Dans les régions aurifères, cette activité représente une source de revenus pour de nombreuses communautés. Mais lorsqu’elle se développe en dehors du cadre légal, elle expose les travailleurs à des conditions dangereuses et favorise la dégradation des écosystèmes.

Les autorités pointent notamment la pollution des cours d’eau, dont la Falémé, ainsi que la multiplication des circuits informels de commercialisation de l’or. Une partie de la production échappe alors aux mécanismes officiels de suivi, ce qui complique la traçabilité du métal précieux et limite la capacité de l’État à encadrer sa commercialisation.

La dimension sécuritaire est également mise en avant. Dans ces zones frontalières, les sites clandestins rendent plus difficile le contrôle des territoires et peuvent favoriser des activités illicites. Le partenariat avec les Forces armées vise ainsi à associer expertise technique, surveillance des espaces et organisation de l’activité minière.

Formaliser 50 % des acteurs d’ici à 2029

Le gouvernement sénégalais inscrit cette initiative dans sa stratégie de formalisation de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle. L’ambition annoncée est d’intégrer au moins 50 % des acteurs du secteur dans un cadre formel d’ici à la fin de 2029.

Cette formalisation doit permettre de mieux identifier les exploitants, de contrôler les zones d’extraction et d’améliorer la traçabilité de la production aurifère. Elle pourrait également contribuer à orienter une part plus importante de l’or vers des circuits de commercialisation contrôlés.

Les chiffres communiqués sur le déploiement futur du dispositif présentent toutefois une différence. L’APS évoque un objectif de 35 couloirs d’orpaillage, tandis que le quotidien Le Soleil mentionne 38 couloirs, dont dix pilotes. Cette divergence devra être clarifiée par les autorités. Le lancement des sept premiers sites constitue, en revanche, le périmètre opérationnel annoncé dans le protocole.

Un investissement dont l’efficacité dépendra du terrain

L’engagement de 488,4 millions de FCFA traduit une volonté de dépasser une politique reposant uniquement sur les opérations de démantèlement des sites clandestins. En aménageant des espaces autorisés et mieux équipés, l’État cherche à proposer une alternative aux exploitants tout en renforçant son contrôle sur la production.

Mais la construction des infrastructures ne garantit pas, à elle seule, le succès de cette stratégie. Les autorités devront convaincre les orpailleurs de rejoindre les sites autorisés, assurer leur fonctionnement, maintenir les équipements et faire respecter les règles environnementales. La concertation avec les communautés locales sera également déterminante.

Le suivi des dépenses, le nombre d’acteurs effectivement régularisés, l’évolution des volumes d’or commercialisés dans les circuits officiels et la réduction des atteintes environnementales permettront de mesurer les résultats.

Pour le Sénégal, l’enjeu est désormais de transformer une richesse extraite du sous-sol en activité mieux organisée, plus transparente et plus bénéfique aux territoires. Car dans le secteur aurifère, la souveraineté ne se mesure pas seulement à la quantité d’or produite, mais aussi à la capacité de l’État à savoir qui l’extrait, dans quelles conditions et où va réellement cette richesse.

La Rédaction

Accueil
Recherche
Top
Découvrir
Drag