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Burkina Faso : Le secteur financier appelé à financer le virage industriel du Plan RELANCE.

Le Burkina Faso veut davantage mobiliser ses banques et institutions de microfinance pour financer son nouveau Plan national de développement 2026-2030, baptisé RELANCE. Réunis le 22 septembre à Ouagadougou, les acteurs du secteur financier ont été invités à rapprocher leurs capacités de financement des priorités économiques du pays. Avec un besoin de financement de 10 955,3 milliards FCFA sur cinq ans, l’enjeu dépasse largement la seule mobilisation de capitaux : il s’agit de réorienter une partie des ressources financières vers l’investissement productif.

Un plan de 36 190,7 milliards FCFA

Le Plan RELANCE 2026-2030 constitue le nouveau référentiel de développement du Burkina Faso. Son coût global est estimé à 36 190,7 milliards FCFA sur cinq ans.

Selon le document officiel du Plan, 23 135,7 milliards FCFA, soit 63,9 % du coût total, devraient provenir des ressources propres de l’État. Les ressources extérieures déjà identifiées représentent 2 099,8 milliards FCFA, soit 5,8 %.

Il reste ainsi un besoin de financement de 10 955,3 milliards FCFA, correspondant à 30,3 % du coût du programme.

C’est précisément sur cette partie que la mobilisation du secteur financier national prend une importance particulière.

Banques et microfinance mises à contribution

Le 22 septembre, le ministre de l’Économie et des Finances, Aboubakar Nacanabo, a réuni les dirigeants des banques et des institutions de microfinance afin de présenter les attentes du gouvernement concernant le financement du Plan RELANCE.

Le secteur bancaire burkinabè compte 19 établissements de crédit, dont 16 banques et trois établissements financiers. En 2024, ces acteurs avaient accordé plus de 2 400 milliards FCFA de crédits à l’économie.

La microfinance constitue également un réservoir de financement important. À juin 2026, les 119 institutions recensées avaient accordé 474,6 milliards FCFA de crédits à l’économie, pour un encours d’épargne supérieur à 659 milliards FCFA.

Pour le gouvernement, ces chiffres montrent que le système financier dispose déjà d’une capacité significative. L’objectif est désormais d’en orienter davantage les flux vers les secteurs considérés comme prioritaires par RELANCE.

Le financement de l’économie doit changer d’échelle

Le Plan fixe d’ailleurs des objectifs précis au secteur financier à l’horizon 2030.

Le taux de financement de l’économie devrait passer de 30,8 % du PIB en 2024 à 38,1 %, tandis que le taux de bancarisation est appelé à progresser de 37 % à 47 %.

L’utilisation des services financiers devrait, elle, passer de 79 % à 88 %.

Ces objectifs traduisent une volonté de faire davantage circuler l’épargne vers les entreprises et les projets d’investissement.

Pour le Burkina Faso, le défi n’est donc pas uniquement de disposer de banques capables de prêter. Il consiste aussi à élargir l’accès aux services financiers et à accroître la capacité du système bancaire à accompagner des investissements de long terme.

L’industrie, l’énergie et l’agriculture au premier plan

Les financements privés attendus doivent notamment contribuer au quatrième pilier du Plan RELANCE, consacré au développement des infrastructures, à la souveraineté énergétique, à l’industrialisation, à la mécanisation agricole et à la transformation numérique.

Le troisième pilier, consacré au développement du capital humain, constitue également une cible pour les financements privés, notamment dans la santé, l’éducation et le logement.

Cette orientation donne au secteur financier un rôle qui dépasse le financement classique du commerce et du fonds de roulement.

Les banques sont appelées à accompagner davantage des projets industriels, agricoles, énergétiques ou numériques dont les besoins en capitaux peuvent être plus importants et les retours sur investissement plus longs.

C’est un changement important : financer l’économie productive implique de prendre en compte des horizons différents de ceux des crédits commerciaux traditionnels.

Des instruments pour attirer davantage de capitaux

Pour accompagner cette mobilisation, le gouvernement entend diversifier les mécanismes de financement.

Parmi les instruments évoqués figurent les partenariats public-privé (PPP), les obligations vertes et les Sukuk, des titres conformes aux principes de la finance islamique.

Le Plan officiel prévoit également une stratégie combinant financements intérieurs et extérieurs pour couvrir le besoin additionnel. En moyenne annuelle, la stratégie prévoit une répartition de 65 % pour les financements intérieurs et 35 % pour les financements extérieurs.

Une partie du financement intérieur, à hauteur de 547,81 milliards FCFA, doit par ailleurs être recherchée à travers l’actionnariat populaire.

Cette diversification vise à limiter la dépendance à une seule source de financement tout en mobilisant davantage l’épargne disponible dans l’économie nationale.

La microfinance face au défi du financement long terme

Le recours accru à la microfinance présente toutefois une difficulté structurelle.

Selon le président de l’Association professionnelle des institutions de microfinance du Burkina Faso, les institutions disposent principalement de ressources à court terme alors que les entreprises recherchent souvent des financements à moyen et long terme.

Cette différence entre la maturité des ressources et celle des besoins d’investissement constitue un obstacle à l’accompagnement de certains projets structurants.

Le secteur doit également composer avec la qualité du portefeuille de crédits. Les représentants de la microfinance ont évoqué un taux de dégradation du portefeuille supérieur à 6 %, contre environ 12 % pour les banques, selon les données présentées lors de la rencontre.

Le partage des risques avec l’État et le renforcement des capacités des institutions sont ainsi présentés comme des pistes pour accroître l’offre de financement sans fragiliser davantage les établissements financiers.

Un secteur bancaire déjà fortement exposé aux titres publics

La mobilisation du système financier burkinabè n’est pas une nouveauté.

Selon les données présentées lors de la rencontre, les souscriptions du secteur bancaire aux titres publics ont progressé de plus de 290 milliards FCFA entre 2023 et 2025.

Le nouvel enjeu consiste donc à trouver un meilleur équilibre entre le financement des besoins de l’État et celui des entreprises et investissements productifs.

Cette question est particulièrement importante dans un contexte où le Plan RELANCE prévoit lui-même une forte mobilisation de ressources internes.

Pour les banques, davantage financer l’économie réelle signifie arbitrer entre plusieurs usages possibles de leurs ressources. Pour l’État, cela suppose de créer des conditions permettant au secteur privé de présenter des projets suffisamment solides et bancables.

Le véritable défi, rendre les projets finançables

La mobilisation de plusieurs milliers de milliards de FCFA ne dépendra donc pas uniquement de la capacité des banques à prêter.

Elle dépendra aussi de la qualité des projets, de leur rentabilité prévisible, de la disponibilité de garanties, de la durée des financements et du partage des risques entre l’État, les banques et les investisseurs.

C’est là que les mécanismes de garantie, les PPP et les instruments de marché peuvent jouer un rôle important.

Le gouvernement cherche ainsi à rapprocher deux univers qui ne fonctionnent pas toujours au même rythme : celui de la planification publique, qui définit des priorités sur cinq ans, et celui de la finance, qui sélectionne les projets en fonction du risque, du rendement et de la capacité de remboursement.

Une équation financière à résoudre

Le Plan RELANCE prévoit plus de 36 000 milliards FCFA de dépenses sur cinq ans, dont près de 12 500 milliards FCFA d’investissements. Mais 10 955,3 milliards FCFA restent à mobiliser au-delà des ressources propres et extérieures déjà identifiées.

La rencontre entre le gouvernement et les acteurs financiers marque donc une étape importante dans la recherche de cette équation.

Les banques ont affiché leur disponibilité à accompagner le Plan, tandis que la microfinance entend également renforcer sa contribution. Mais les engagements de principe devront désormais se transformer en mécanismes concrets, en lignes de financement, en garanties et surtout en projets effectivement financés.

Pour le Burkina Faso, le pari de RELANCE ne se gagnera donc pas uniquement dans les documents de planification. Il se jouera aussi dans les comités de crédit, les salles de marché et les conseils d’administration des institutions financières. Car entre les 36 190 milliards FCFA annoncés et les usines, centrales, exploitations agricoles et infrastructures attendues, il reste une étape décisive : transformer les ambitions du Plan en financements réellement décaissés.

La Rédaction

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