Mali : 17 milliards FCFA pour financer 1 500 entreprises de jeunes.
Le Fonds d’appui à la création d’entreprises par les jeunes (FACEJ II) accélère son déploiement au Mali. Doté de 17 milliards FCFA pour la période 2024-2027, le dispositif vise 1 500 entreprises dans dix localités. Au 31 août 2026, 1 435 entreprises avaient déjà bénéficié d’un financement, rapprochant le programme de son objectif. Mais au-delà du nombre de bénéficiaires, l’enjeu est désormais de transformer ces financements en entreprises durables et en emplois.
1 435 entreprises déjà financées
Le financement de l’entrepreneuriat des jeunes change progressivement d’échelle au Mali. Selon les données communiquées à l’occasion de la cinquième édition de la Foire des jeunes entrepreneurs du Mali, FACEJ SUGU, le FACEJ II avait financé 1 435 entreprises au 31 août 2026.
Ce résultat représente environ 95,7 % de l’objectif fixé par le programme, qui ambitionne d’accompagner 1 500 entreprises sur la période 2024-2027. Le dispositif dispose pour cela d’une enveloppe globale de 17 milliards FCFA.
La deuxième phase du FACEJ est mise en œuvre depuis mars 2024, avec l’appui financier du Danemark et des Pays-Bas. Elle cible dix localités : Bamako, Kita, Sikasso, Ségou, Bougouni, Koutiala, Mopti, San, Dioïla et Tombouctou.
L’objectif est double : favoriser la création de nouvelles entreprises et permettre à des structures existantes de consolider leur activité.
Jusqu’à 8 millions FCFA pour les entreprises en croissance
Le dispositif ne se limite pas à financer la création d’une entreprise. Les mécanismes d’appui prennent également en compte les structures déjà opérationnelles qui souhaitent développer leur activité.
Les financements peuvent atteindre 5 millions FCFA pour une entreprise en création et 8 millions FCFA pour une entreprise en croissance, dans les limites fixées par le programme.
Le financement s’accompagne également de prestations de formation, de facilitation et de suivi. Cette approche répond à une difficulté bien connue des jeunes entrepreneurs : obtenir des capitaux ne suffit pas toujours à assurer la pérennité d’une entreprise.
La gestion financière, la connaissance du marché, la structuration administrative ou encore la capacité à rembourser un crédit déterminent tout autant la trajectoire d’une jeune entreprise.
Les femmes représentent 39 % des bénéficiaires
L’un des indicateurs mis en avant par le programme concerne également l’entrepreneuriat féminin.
Sur les 1 435 entreprises financées au 31 août 2026, 39 % sont dirigées par des femmes. Le FACEJ II indique par ailleurs avoir accompagné 280 projets relevant de l’économie verte.
Cette orientation vers l’économie verte constitue un autre axe du programme. Elle concerne notamment des initiatives susceptibles de réduire l’utilisation de ressources ou de développer des solutions plus durables.
Pour les promoteurs, l’enjeu est toutefois de faire passer ces projets du stade de l’initiative financée à celui d’une activité capable de générer durablement des revenus.
La BNDA joue un rôle dans l’accès au crédit
Le dispositif s’appuie également sur le système bancaire. La Banque nationale de développement agricole (BNDA), partenaire du FACEJ depuis sa première phase, indique avoir financé 695 projets dans le cadre du FACEJ II.
En intégrant les 892 projets financés lors de la première phase, la banque arrive à 1 587 projets accompagnés pour un montant supérieur à 3 milliards FCFA.
Le mécanisme de partage des risques constitue l’un des éléments permettant de faciliter l’accès au crédit pour des entrepreneurs qui ne disposent pas nécessairement des garanties habituellement demandées par les banques.
Selon les informations communiquées par la BNDA, les bénéficiaires du programme peuvent accéder à des crédits au taux annuel de 8 %, contre environ 10 à 11 % pour des financements comparables accordés hors dispositif.
Cette différence peut peser lourd dans les premières années d’une entreprise, lorsque les marges sont encore limitées et que les besoins d’investissement restent importants.
Les 17 milliards FCFA ne sont pas 17 milliards de crédits
Une distinction est importante pour comprendre le fonctionnement du FACEJ II.
Les 17 milliards FCFA constituent le budget global du programme, et non une enveloppe correspondant exclusivement aux crédits bancaires directement versés aux entreprises.
Cette enveloppe couvre également différentes composantes du dispositif : formation, accompagnement, facilitation, garanties et suivi des entreprises.
Il serait donc incorrect de diviser mécaniquement les 17 milliards par les 1 500 entreprises pour présenter ce résultat comme un montant moyen de crédit par bénéficiaire.
L’objectif du FACEJ est précisément de construire un mécanisme plus large autour du financement, afin de réduire les difficultés rencontrées par les jeunes entreprises dans leur développement.
De la création à la survie : le prochain indicateur
Le nombre d’entreprises financées constitue un premier indicateur de déploiement. Mais il ne suffit pas à mesurer l’impact économique du programme.
La véritable question sera désormais celle de la survie des entreprises, de leur capacité à augmenter leur chiffre d’affaires, à rembourser leurs financements, à recruter et à accéder ensuite à des sources de financement classiques.
La première phase du FACEJ fournit déjà quelques éléments de comparaison. Selon Swisscontact, cité dans le bilan présenté par APA, 1 941 jeunes entrepreneurs avaient été accompagnés au 30 avril 2024, avec environ 9 000 emplois créés, dont 6 430 formalisés, et un taux de remboursement des prêts de 88 %.
Ces données concernent toutefois la première phase et ne doivent pas être assimilées aux résultats du FACEJ II.
La foire comme vitrine commerciale
La cinquième édition de FACEJ SUGU, organisée du 23 au 26 septembre au Palais de la Culture Amadou Hampâté Bâ de Bamako, constitue une autre composante du dispositif.
Plus de 150 exposants y sont annoncés. L’événement réunit entrepreneurs, banques, structures d’accompagnement et partenaires autour du financement, de la commercialisation et du développement des entreprises.
Cette dimension commerciale est importante. Une entreprise peut disposer d’un financement initial et rester fragile si elle ne parvient pas à vendre suffisamment ses produits ou services.
La mise en relation avec des clients, des fournisseurs, des banques et d’autres entreprises devient donc une étape supplémentaire dans le passage de l’idée à une activité économiquement viable.
Le véritable test commence maintenant
Avec 1 435 entreprises financées sur une cible de 1 500, le FACEJ II se rapproche fortement de son objectif quantitatif. Le défi change donc progressivement de nature.
Il ne s’agit plus seulement de financer davantage de jeunes entrepreneurs, mais de vérifier ce que deviennent les entreprises une fois les fonds reçus : combien survivent, combien grandissent, combien créent des emplois et combien parviennent à fonctionner sans dépendre durablement des mécanismes d’appui.
Au Mali, les 17 milliards FCFA du FACEJ II peuvent ouvrir la porte du financement à une nouvelle génération d’entrepreneurs. Mais la réussite économique du dispositif se mesurera moins au nombre de chèques distribués qu’au nombre d’entreprises capables, demain, de vivre sans béquille.
La Rédaction



