Skip links

AES : Face à l’urgence humanitaire, le pari d’une résilience financée de l’intérieur.

La Confédération des États du Sahel (AES) veut changer de méthode face à la multiplication des crises humanitaires.

Réunis à Ouagadougou pour le 2ᵉ Forum humanitaire de l’organisation, le Burkina Faso, le Mali et le Niger défendent une approche davantage centrée sur les populations, la résilience des communautés et la mobilisation de ressources endogènes. Une ambition qui prend une dimension particulière alors que les besoins humanitaires progressent et que les financements internationaux deviennent plus difficiles à mobiliser.

De l’urgence à la résilience

Le thème du 2ᵉ Forum humanitaire de l’AES résume à lui seul l’évolution recherchée : « De l’urgence à la résilience : vers un modèle d’action humanitaire intégré pour l’AES ».

Après le premier forum organisé à Bamako en août 2025, cette nouvelle rencontre entend approfondir la coopération entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger. L’objectif n’est plus seulement de répondre aux crises lorsqu’elles surviennent, mais de renforcer la capacité des populations à y faire face et à retrouver leur autonomie.

Dans l’espace sahélien, les crises sont devenues multiples et durables. Conflits, déplacements de populations, insécurité alimentaire, pauvreté et chocs climatiques se combinent et exercent une pression croissante sur les États et les acteurs humanitaires.

Selon les Nations unies, plus de 24,3 millions de personnes dans le Sahel ont besoin d’une assistance humanitaire et d’une protection en 2026. Dans le même temps, les organisations humanitaires sont confrontées à une baisse ou à une plus grande incertitude des financements disponibles.

Pour les pays de l’AES, cette situation pose une question devenue incontournable : comment financer durablement l’aide lorsque les ressources extérieures ne suffisent plus à couvrir les besoins ?

Miser davantage sur les ressources endogènes

C’est dans ce contexte que la mobilisation des ressources endogènes prend une importance particulière.

L’idée consiste à accroître la contribution des ressources nationales et locales au financement de l’action humanitaire. Budgets publics, secteur privé, collectivités, organisations communautaires, diaspora ou encore nouveaux mécanismes financiers pourraient ainsi être davantage mobilisés.

Cette orientation s’inscrit dans la volonté plus large affichée par les pays de l’AES de renforcer leur souveraineté et de privilégier le développement endogène.

Mais une nuance demeure importante : les informations disponibles ne permettent pas encore d’affirmer que l’AES dispose d’un fonds humanitaire commun pleinement opérationnel ou d’un mécanisme financier confédéral définitivement établi.

Le Forum de Ouagadougou doit justement permettre de transformer cette ambition politique en propositions et, potentiellement, en instruments concrets.

La population au cœur du dispositif

Le changement recherché concerne également la place accordée aux populations.

Dans une approche traditionnelle, les communautés touchées par une crise sont principalement considérées comme bénéficiaires de l’aide. Le modèle défendu par l’AES veut progressivement en faire des acteurs de leur propre résilience.

Cela suppose de renforcer les capacités locales et de soutenir les collectivités, les organisations communautaires, les femmes, les jeunes, les producteurs et les petits entrepreneurs.

L’enjeu est également économique. Une crise humanitaire entraîne souvent la perte de revenus, la destruction d’activités productives et l’affaiblissement des économies locales. Restaurer rapidement ces capacités peut donc permettre de réduire la dépendance à l’assistance.

La résilience devient ainsi un investissement : soutenir une activité agricole, renforcer l’accès à l’eau, maintenir les enfants à l’école ou permettre à un ménage de retrouver une source de revenus peut contribuer à réduire les besoins humanitaires futurs.

Un financement à repenser

Le passage de l’urgence à la résilience implique toutefois de revoir les priorités financières.

Les États doivent déjà répondre à des besoins considérables en matière de défense et de sécurité, d’éducation, de santé, d’infrastructures, d’énergie et d’agriculture. La mobilisation de nouvelles ressources pour l’action humanitaire pose donc la question des arbitrages budgétaires.

Pour être crédible, le nouveau modèle devra dépasser les déclarations de principe. Il devra reposer sur des financements identifiables, des institutions capables de les gérer et des mécanismes permettant de mesurer leur impact.

La question centrale est donc moins de savoir si l’AES souhaite mobiliser des ressources endogènes que de déterminer combien elle pourra réellement mobiliser et comment ces ressources seront utilisées.

Une approche intégrée

La volonté affichée à Ouagadougou consiste finalement à rapprocher l’humanitaire du développement.

Le schéma recherché pourrait être résumé ainsi : répondre à l’urgence, accompagner le relèvement, renforcer la résilience puis créer les conditions d’un développement durable.

Cette approche concerne également l’autonomisation des femmes et l’inclusion sociale, deux dimensions intégrées aux travaux du Forum. Dans de nombreuses communautés sahéliennes, les femmes jouent un rôle déterminant dans les activités économiques et la survie des ménages. Renforcer leur autonomie financière peut donc contribuer directement à la résilience collective.

L’AES cherche ainsi à construire un modèle dans lequel l’aide extérieure ne constitue plus l’unique pilier de la réponse aux crises, sans pour autant signifier nécessairement la fin des partenariats internationaux.

Le véritable test sera financier

Le Forum humanitaire de Ouagadougou marque une étape importante dans la réflexion de l’AES. Mais sa portée réelle dépendra des décisions qui suivront.

Les prochains mois permettront notamment de voir si les trois États peuvent définir des engagements financiers précis, créer des mécanismes communs de mobilisation des ressources et associer davantage le secteur privé, les collectivités, les communautés et la diaspora.

Car l’ambition est claire : passer d’une logique de dépendance à l’assistance à une logique de capacité à faire face.

Pour les populations du Sahel, la réussite de cette stratégie ne se mesurera toutefois pas au nombre de déclarations adoptées dans les salles de conférence. Elle se mesurera sur le terrain : dans une exploitation qui continue de produire après un choc, dans une famille qui retrouve un revenu, dans une communauté capable de répondre à une crise sans attendre systématiquement une aide extérieure.

Au fond, le véritable enjeu de la souveraineté humanitaire de l’AES sera donc moins de savoir qui apporte l’aide que de donner progressivement aux populations les moyens de ne plus en avoir besoin à chaque nouvelle crise.

La Rédaction

Accueil
Recherche
Top
Découvrir
Drag