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Algérie-Mali : Après quinze mois de crise, Alger invite Abdoulaye Maïga à relancer le partenariat.

Après plus d’un an de tensions diplomatiques, Alger et Bamako semblent désormais engagés dans une phase de décrispation. Le Premier ministre algérien, Sifi Ghrieb, a invité son homologue malien, le général de division Abdoulaye Maïga, à effectuer une visite de travail en Algérie.

Le rapprochement entre l’Algérie et le Mali franchit une nouvelle étape. Le dimanche 9 août 2026, le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb s’est entretenu par téléphone avec son homologue malien, le général de division Abdoulaye Maïga. L’appel a été effectué sur instruction du président algérien Abdelmadjid Tebboune.

À l’issue de cet échange, le chef du gouvernement algérien a officiellement invité Abdoulaye Maïga à effectuer une visite de travail en Algérie. Les deux responsables ont réaffirmé leur attachement aux relations de fraternité, de solidarité et de bon voisinage entre les deux peuples, tout en exprimant leur volonté de donner une nouvelle dynamique aux relations bilatérales et de revitaliser la coopération dans plusieurs domaines.

Aucune date n’a toutefois été annoncée pour cette visite. Mais le signal politique est suffisamment fort pour confirmer que la normalisation entre Alger et Bamako ne se limite plus à la remise en place des canaux diplomatiques.

De la crise du drone au retour du dialogue

Pour comprendre la portée de cette invitation, il faut revenir à la crise qui a profondément détérioré les relations entre les deux pays.

Dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, un drone militaire malien avait été abattu par l’armée algérienne près de la frontière. Alger affirmait que l’appareil avait pénétré dans son espace aérien. Bamako contestait cette version et dénonçait une violation de sa souveraineté.

L’incident avait rapidement provoqué une crise diplomatique majeure. Les relations entre les deux capitales se sont fortement dégradées, sur fond de divergences déjà existantes concernant notamment la situation sécuritaire dans le nord du Mali et l’Accord d’Alger de 2015.

La crise avait également pris une dimension régionale. Les autorités de l’AES avaient exprimé leur solidarité avec Bamako, tandis que les relations entre Alger et les pays de la Confédération s’étaient davantage tendues. Le contentieux avait même été porté devant la Cour internationale de Justice par le Mali, sans que la procédure puisse progresser faute d’acceptation de la compétence de la Cour par l’Algérie.

Pendant plus d’un an, le dialogue politique entre les deux voisins est ainsi resté fortement dégradé.

Juillet 2026, le premier véritable tournant

Le premier signal concret de normalisation est intervenu le 10 juillet 2026.

Le Mali a annoncé le retour de son ambassadeur à Alger et la réouverture de son espace aérien aux aéronefs civils et militaires en provenance ou à destination de l’Algérie. Bamako avait présenté ces décisions comme s’inscrivant dans la volonté de redynamiser les relations de coopération et d’amitié entre les deux pays.

Alger a pris, le même jour, des mesures réciproques. Le président Abdelmadjid Tebboune a ordonné le retour de l’ambassadeur algérien à Bamako et la réouverture de l’espace aérien algérien aux aéronefs maliens.

Après quinze mois de crise, les deux pays rétablissaient ainsi leurs principaux canaux diplomatiques et aériens.

Cette étape avait une portée pratique importante. Le retour des ambassadeurs permettait de rétablir les contacts institutionnels réguliers, tandis que la réouverture des espaces aériens facilitait à nouveau les déplacements entre les deux pays.

D’une détente diplomatique à une coopération économique ?

L’invitation adressée à Abdoulaye Maïga ouvre désormais une nouvelle séquence.

Le communiqué algérien indique que les deux Premiers ministres ont évoqué la volonté de donner une nouvelle dynamique aux relations bilatérales et de revitaliser la coopération dans différents domaines. Ils ont également abordé des questions régionales et internationales d’intérêt commun.

Pour NafoloNews, c’est précisément sur ce terrain qu’il faudra désormais regarder.

Une détente diplomatique n’a de véritable impact économique que lorsqu’elle se traduit par une reprise des échanges, des investissements, des projets communs et une circulation plus fluide des personnes et des marchandises.

L’Algérie et le Mali partagent une longue frontière et disposent de plusieurs intérêts communs : commerce, transport, énergie, infrastructures, développement des régions frontalières et coopération sécuritaire.

La normalisation pourrait donc progressivement créer les conditions d’une reprise des discussions sur ces dossiers.

Il serait cependant prématuré d’annoncer la signature prochaine de nouveaux contrats ou de grands projets. À ce stade, aucun accord économique majeur n’a été annoncé dans le cadre de l’entretien téléphonique du 9 août.

Un enjeu stratégique pour le Sahel

Le rapprochement ne concerne pas uniquement Alger et Bamako.

Il intervient dans un environnement régional marqué par la recomposition des alliances et par la montée en puissance de la Confédération des États du Sahel, composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

L’Algérie, voisine directe du Mali et puissance importante du Maghreb, conserve de son côté un intérêt stratégique majeur pour la stabilité de son voisinage sahélien.

La reprise du dialogue avec Bamako peut donc contribuer à réduire une source supplémentaire de tensions dans une région déjà confrontée à de nombreux défis sécuritaires et économiques.

Pour le Mali, la normalisation avec l’Algérie permet également de rétablir un canal de dialogue avec un voisin stratégique du nord, après une période durant laquelle les relations bilatérales avaient atteint un niveau particulièrement tendu.

Le retour de la confiance sera le véritable défi

La reprise du dialogue ne signifie cependant pas que tous les différends ont disparu.

Les divergences ayant alimenté la crise de 2025 restent sensibles. La question de l’incident du drone, les relations avec les groupes armés du nord du Mali et les désaccords autour de l’ancienne architecture de paix restent des dossiers délicats.

La normalisation devra donc être consolidée progressivement.

Le retour des ambassadeurs a constitué la première étape. La réouverture des espaces aériens a permis d’aller plus loin. L’appel entre Sifi Ghrieb et Abdoulaye Maïga, suivi de l’invitation officielle à Alger, marque désormais le passage vers un dialogue politique de plus haut niveau.

La prochaine étape pourrait être la rencontre directe entre les deux Premiers ministres.

Le pari d’une « diplomatie économique »

Pour les économies malienne et algérienne, cette détente ouvre surtout une fenêtre d’opportunité.

Le retour à un dialogue régulier peut faciliter la reprise des échanges commerciaux, encourager les contacts entre entreprises et permettre de réexaminer certains projets de coopération.

Mais la véritable réussite de cette nouvelle phase se mesurera ailleurs : dans les flux commerciaux, les investissements, les projets d’infrastructures, la coopération énergétique et les opportunités créées pour les opérateurs économiques des deux pays.

Alger et Bamako ont désormais franchi le premier obstacle : celui du silence diplomatique.

Reste le plus difficile : reconstruire la confiance et lui donner une traduction concrète.

Après quinze mois de froid, l’Algérie et le Mali semblent avoir choisi de rouvrir la porte du dialogue. La prochaine visite d’Abdoulaye Maïga à Alger dira si cette porte mène simplement à une réconciliation diplomatique ou à un véritable nouveau chapitre économique entre les deux voisins.

La Rédaction

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