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AES : Des réserves minières considérables, mais le défi reste celui de la transformation.

Or, uranium, bauxite, fer, manganèse, phosphates… Le sous-sol du Burkina Faso, du Mali et du Niger recèle un éventail de ressources qui place l’espace de la Confédération des États du Sahel parmi les zones minières à fort potentiel en Afrique. Présentées le 14 septembre 2026 à Ouagadougou, ces données renforcent surtout un constat : pour l’AES, la question n’est plus seulement de disposer de ressources, mais de savoir comment les transformer en véritable puissance industrielle.

Un sous-sol aux ressources diversifiées

Les chiffres présentés à Ouagadougou donnent une idée de l’ampleur du potentiel minier des trois pays.

Lors d’une conférence consacrée aux potentialités minières, énergétiques et aux hydrocarbures de l’espace confédéral, le directeur national de la Géologie et des Mines du Mali, Issa Coulibaly, a notamment évoqué 521 248 tonnes de réserves d’uranium au Niger. Selon les données de sa présentation, ce volume représenterait 36 % des réserves africaines et 5 % de la production mondiale.

L’or demeure également au cœur de l’activité extractive de l’AES. Le Mali et le Burkina Faso affichent chacun une production industrielle annuelle comprise entre 50 et 65 tonnes, selon les données présentées lors de la conférence. Ces deux pays figurent ainsi parmi les principaux producteurs d’or du continent.

Mais l’or ne représente qu’une partie du potentiel. Les données présentées font également ressortir d’importantes ressources de bauxite, de fer, de manganèse et de phosphates.

Du manganèse au fer : des ressources encore largement à valoriser

Le Burkina Faso disposerait d’environ 15 millions de tonnes de manganèse à Tambao, tandis que le Mali compterait près de 10 millions de tonnes à Ansongo-Takabote.

Le potentiel en minerai de fer est également important. Les données présentées lors de la conférence font état de plusieurs centaines de millions de tonnes dans différents gisements, dont environ 420 millions de tonnes à Say-Diabou au Mali et 80 millions de tonnes à Kola au Niger.

Au Mali, la bauxite constitue un autre axe potentiel. Plus de 2 milliards de tonnes seraient recensées dans la région de Kayes. Ce volume, s’il est confirmé et économiquement exploitable dans les conditions requises, représente un potentiel industriel majeur pour un pays qui cherche à élargir sa base minière au-delà de l’or.

Les phosphates complètent cet inventaire. Les données communiquées évoquent environ 60 millions de tonnes à Kodjoari au Burkina Faso, 20 millions de tonnes à Bamba-Tilemsi au Mali et 1,125 milliard de tonnes dans le parc W-Tapoa au Niger.

Ces chiffres doivent toutefois être lus avec prudence : une réserve ou une ressource géologique ne signifie pas automatiquement qu’un gisement peut être exploité immédiatement ou de manière rentable. Les coûts d’extraction, les infrastructures, l’énergie, la qualité du minerai, le financement et les conditions du marché déterminent la faisabilité réelle d’un projet minier.

Le véritable enjeu : sortir du modèle de l’exportation brute

C’est précisément sur cette question que les autorités de l’AES veulent désormais concentrer leur réflexion.

À Ouagadougou, la première Semaine de l’Énergie, des Mines et des Hydrocarbures de l’AES (SEMH-AES), organisée parallèlement à la 8e Semaine des activités minières d’Afrique de l’Ouest (SAMAO), place la valorisation des ressources au centre des discussions.

Le gouvernement burkinabè souligne notamment l’importance de la transformation locale des matières premières, d’une meilleure gouvernance, de cadres juridiques adaptés, d’une fiscalité efficace et d’une plus grande transparence dans la gestion des ressources.

Le message porté par Issa Coulibaly résume cette orientation : « Les ressources ne peuvent nous appartenir que si nous les valorisons ». Derrière cette formule se trouve un enjeu économique majeur : augmenter la part de valeur créée à l’intérieur des pays producteurs plutôt que de limiter les exportations à des matières premières peu ou pas transformées.

Une ambition industrielle à l’échelle de l’AES

La dimension confédérale donne une autre portée à cette stratégie.

Pris séparément, le Mali, le Burkina Faso et le Niger disposent de ressources différentes. Ensemble, ils présentent un portefeuille minier plus diversifié : or et bauxite au Mali, or et manganèse au Burkina Faso, uranium, pétrole et autres ressources au Niger.

Cette complémentarité pourrait, à terme, favoriser une réflexion commune sur les infrastructures, l’énergie, la transformation industrielle, les compétences et les mécanismes de financement. Le programme de la SAMAO et de la SEMH-AES prévoit d’ailleurs des échanges sur la gouvernance et la transformation des ressources minières, l’exploitation artisanale, l’électrification rurale et l’approvisionnement en hydrocarbures.

L’enjeu est particulièrement important pour l’industrie. Transformer le minerai sur place nécessite des unités industrielles, une alimentation électrique suffisamment fiable, des routes et des corridors logistiques, mais aussi des compétences techniques et des capitaux importants.

Autrement dit, la richesse du sous-sol ne garantit pas à elle seule l’industrialisation.

Des réserves à la création de valeur

Pour les trois pays, l’équation est donc désormais plus complexe que la simple augmentation de la production minière. Il faut également renforcer la capacité à transformer, financer et commercialiser les produits issus de cette transformation.

Cette stratégie pourrait aussi contribuer à développer des chaînes de valeur autour des mines : sous-traitance locale, transport, maintenance, services techniques, fabrication d’équipements et formation professionnelle. L’impact économique d’un gisement ne se mesure alors plus uniquement à la quantité de minerai extraite, mais à l’ensemble de l’activité qu’il peut générer autour de lui.

La première SEMH-AES intervient ainsi à un moment où les ressources minières sont présentées comme des actifs stratégiques pour la souveraineté économique des trois États. Les autorités veulent en faire des leviers de croissance et de développement, plutôt que de simples sources de recettes extractives.

Le défi de l’AES est désormais de transformer l’inventaire géologique en capacité industrielle. Car entre un gisement identifié et une économie qui crée durablement de la valeur, il existe toute une chaîne à construire : financement, énergie, infrastructures, compétences, transformation et marchés. C’est sur cette chaîne, bien plus que sur la seule abondance des ressources, que se jouera la prochaine bataille économique du Sahel.

La Rédaction

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