UEMOA : La compétitivité-prix s’améliore, le TCER recule de 4,3 % au deuxième trimestre.
La compétitivité-prix de l’Union économique et monétaire ouest-africaine s’est de nouveau améliorée au deuxième trimestre 2026. Selon la BCEAO, le taux de change effectif réel (TCER) s’est replié de 4,3 % sur un an, après une baisse de 4,2 % au premier trimestre. Une évolution favorable, portée à la fois par les mouvements de change et par un différentiel d’inflation avantageux pour l’Union.
Un indicateur qui mesure la position de l’UEMOA face à ses partenaires
Le TCER est un indicateur utilisé pour apprécier l’évolution de la compétitivité-prix d’une économie par rapport à ses principaux partenaires commerciaux. Il combine les variations du taux de change avec les écarts d’inflation entre l’Union et les économies avec lesquelles elle échange.
Dans le cas de l’UEMOA, la BCEAO considère qu’une baisse du TCER traduit un gain de compétitivité, tandis qu’une hausse correspond à une perte de compétitivité.
Au deuxième trimestre 2026, le TCER de l’Union a ainsi diminué de 4,3 % en glissement annuel, après un recul de 4,2 % trois mois auparavant. Cette amélioration prolonge une tendance déjà observée en 2025.
Autrement dit, les produits échangeables de l’UEMOA ont bénéficié d’une évolution plus favorable de leurs prix relatifs par rapport à ceux de plusieurs partenaires commerciaux.
Le change et l’inflation ont joué dans le même sens
Cette évolution s’explique principalement par deux facteurs.
D’une part, le taux de change effectif nominal de l’Union s’est déprécié de 3,8 % sur un an. D’autre part, le différentiel d’inflation avec les partenaires commerciaux a été favorable à l’UEMOA, à hauteur de 0,5 point de pourcentage, selon la BCEAO.
La comparaison des monnaies illustre cette évolution. Sur la période, le franc CFA s’est notamment déprécié face au naira nigérian de 11,1 %, au cedi ghanéen de 7,8 %, au rand sud-africain de 7,6 % et au yuan chinois de 3,5 %.
À l’inverse, le franc CFA s’est apprécié face à la livre turque et au dollar américain, respectivement de 20,4 % et 2,5 %, selon les données de la Banque centrale.
Ces mouvements ne sont pas neutres pour les échanges. Lorsqu’une monnaie évolue moins rapidement que celles de certains partenaires et que les prix domestiques progressent plus lentement, la compétitivité-prix peut mécaniquement s’améliorer.
Une inflation particulièrement faible dans l’Union
L’évolution des prix constitue justement l’un des éléments importants du résultat enregistré au deuxième trimestre.
L’inflation de l’UEMOA s’est établie à 0,4 % en glissement annuel, contre 0,9 % en moyenne chez les partenaires commerciaux. Cette faible progression des prix a contribué au différentiel favorable pris en compte dans le calcul du TCER.
Cette situation contraste notamment avec celle de certains grands partenaires de la sous-région. En juin 2026, l’inflation atteignait 15,9 % au Nigeria et 5,3 % au Ghana, selon les données reprises par la BCEAO.
Pour les entreprises de l’UEMOA, une inflation contenue peut contribuer à préserver la compétitivité-prix, notamment lorsque les coûts de production progressent moins rapidement que ceux observés chez certains concurrents étrangers.
Mais cet avantage reste dépendant de la structure des coûts. Une inflation faible ne suffit pas, à elle seule, à rendre une entreprise plus productive ou plus compétitive.
Des gains variables selon les marchés
La progression de la compétitivité n’est pas uniforme selon les zones géographiques.
Sur un an au deuxième trimestre 2026, la BCEAO estime le gain de compétitivité à 20,7 % vis-à-vis des pays environnants, à 9,7 % vis-à-vis des pays asiatiques, à 4,1 % vis-à-vis de la CEMAC et à 2,5 % vis-à-vis de la zone euro.
Ces différences montrent que la compétitivité de l’UEMOA ne peut pas être appréciée à partir d’un seul marché. L’évolution du franc CFA par rapport à chaque monnaie partenaire, ainsi que les écarts d’inflation, modifient les conditions de concurrence selon les destinations.
Une économie régionale toujours dynamique
Cette amélioration du TCER intervient dans une conjoncture relativement favorable pour l’Union.
Le PIB réel de l’UEMOA a progressé de 6,0 % au deuxième trimestre 2026, après 6,1 % au premier trimestre. Dans le même temps, la situation extérieure s’est améliorée : le solde global de la balance des paiements est ressorti excédentaire à 2 483,6 milliards FCFA, contre 1 787,5 milliards un an auparavant.
Le déficit des transactions courantes a également été ramené à 0,4 % du PIB, contre 2,5 % un an plus tôt.
Ces résultats dessinent un environnement où croissance, stabilité des prix et position extérieure évoluent simultanément dans une direction relativement favorable.
Un avantage de prix qui ne remplace pas la productivité
La BCEAO apporte toutefois un éclairage important avec son analyse du mésalignement du TCER. Selon l’approche EBA-Lite développée par le FMI, le TCER-Gap est estimé à -11,48 %, en dehors du corridor de référence de -5 % à +5 %. Cette estimation suggère une sous-évaluation de la position externe de l’UEMOA par rapport à ses fondamentaux, selon cette méthodologie.
Il faut cependant éviter de confondre cette situation avec une amélioration générale de la compétitivité des entreprises.
Le TCER mesure avant tout une compétitivité-prix relative. Il ne renseigne pas directement sur la productivité, la qualité des infrastructures, le coût de l’électricité, la disponibilité du financement, la qualité des produits ou la capacité des entreprises à transformer localement les matières premières.
Pour une économie comme celle de l’UEMOA, le défi consiste donc à convertir cet environnement favorable en gains de compétitivité plus structurels.
Transformer le gain de compétitivité en avantage durable
Le recul de 4,3 % du TCER constitue ainsi un signal favorable, mais il ne constitue pas à lui seul une garantie de progression des exportations ou de conquête de nouveaux marchés.
La véritable question est désormais celle de la transformation de cet avantage relatif en production supplémentaire, investissements, exportations à plus forte valeur ajoutée et gains de productivité.
Pour l’UEMOA, la fenêtre est intéressante : une croissance de 6 %, une inflation contenue et une compétitivité-prix en amélioration créent un environnement favorable. Mais le TCER ne peut être qu’un point d’appui. À long terme, la compétitivité se gagnera moins dans les mouvements de change que dans les usines, les infrastructures, l’énergie, les compétences et la capacité des entreprises de l’Union à produire mieux et à moindre coût.
La Rédaction



