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AES : Burkina Faso, Mali et Niger franchissent une étape vers une coopération transfrontalière structurée.

Le Burkina Faso, le Mali et le Niger veulent donner une nouvelle dimension à leur coopération aux frontières. Réunis à Ouagadougou les 15 et 16 septembre 2026, les trois pays ont adopté et signé un protocole additionnel au traité portant création de la Confédération des États du Sahel, consacré à la coopération transfrontalière. Un cadre de concertation entre les autorités administratives des régions frontalières doit également permettre de rapprocher la gestion des territoires et de coordonner les réponses aux défis communs.

Des frontières pensées comme des espaces de coopération

Pendant longtemps, les frontières entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont principalement été abordées sous l’angle de la sécurité. La nouvelle démarche portée par les autorités de l’AES entend élargir cette approche.

À Ouagadougou, les ministres chargés de l’administration territoriale et leurs experts ont travaillé sur deux instruments : un protocole additionnel au traité instituant la Confédération des États du Sahel et une décision créant un cadre de concertation transfrontalier entre les autorités administratives des régions frontalières.

Le protocole additionnel a finalement été signé à l’issue des travaux, le 16 septembre. Les conclusions de la réunion ministérielle ont également été adoptées.

Pour les autorités burkinabè, ce mécanisme doit permettre aux gouverneurs des régions frontalières de disposer d’un espace formel pour échanger, coordonner leurs actions et mutualiser leurs moyens face aux problématiques communes.

Sécurité, mobilité et commerce au cœur du dispositif

Le futur cadre ne se limite pas aux questions sécuritaires. Les textes examinés à Ouagadougou couvrent plusieurs domaines qui touchent directement la vie économique et sociale des populations frontalières.

Il s’agit notamment de faciliter la circulation des personnes et des biens, de renforcer le commerce entre les territoires, d’améliorer la gestion des ressources naturelles partagées et de prévenir les conflits locaux.

La sécurité demeure néanmoins un volet central. La coopération doit permettre de mieux coordonner les autorités face au terrorisme et à la criminalité transfrontalière, mais également de renforcer les échanges d’informations et la capacité des administrations à répondre à des problèmes qui dépassent les limites nationales.

Cette approche part d’un constat simple : dans plusieurs zones frontalières, les populations, les activités commerciales et les liens familiaux existaient bien avant les frontières administratives actuelles. Pour le ministre malien de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Issa Ousmane Coulibaly, ces espaces constituent donc des territoires de vie et d’échanges qui nécessitent une gestion coordonnée.

Un enjeu économique pour les territoires frontaliers

Pour l’AES, l’enjeu dépasse ainsi la coopération institutionnelle. Les frontières peuvent également devenir des points d’appui pour l’activité économique locale.

Une meilleure coordination administrative pourrait notamment faciliter les échanges commerciaux, améliorer la circulation des marchandises et favoriser des initiatives communes dans les territoires voisins. La gestion concertée des ressources naturelles constitue également un sujet important pour des zones où les activités agricoles, pastorales et commerciales sont souvent interdépendantes.

Le raisonnement économique est celui de la mutualisation : plutôt que de traiter séparément des problèmes qui se prolongent d’un pays à l’autre, les autorités souhaitent disposer d’un mécanisme permettant de coordonner les réponses à l’échelle des espaces concernés.

Cette logique pourrait également donner davantage de place aux collectivités territoriales dans l’intégration de l’espace AES. La feuille de route de l’Union des collectivités territoriales de l’AES a d’ailleurs été présentée lors de la rencontre de Ouagadougou.

Donner un rôle plus important aux gouverneurs

L’un des changements les plus significatifs réside dans la place accordée aux autorités territoriales.

Le cadre de concertation doit permettre aux gouverneurs des régions frontalières de dialoguer régulièrement et de travailler sur des problématiques communes. L’objectif affiché est de passer d’une coopération essentiellement décidée au niveau central à une coordination davantage ancrée dans les territoires.

Cette approche pourrait être particulièrement importante pour les questions de mobilité, de commerce local, de sécurité, de gestion des ressources et de développement des infrastructures frontalières.

Le ministre d’État burkinabè chargé de l’Administration territoriale, Émile Zerbo, a ainsi appelé les gouverneurs à s’approprier ce mécanisme afin d’en faire un outil de gouvernance de proximité, capable d’anticiper les crises et de promouvoir un développement plus coordonné des territoires frontaliers.

De la souveraineté nationale à l’intégration territoriale

Cette initiative intervient dans un contexte où le Burkina Faso, le Mali et le Niger poursuivent la construction institutionnelle de leur Confédération. Créée en juillet 2024, celle-ci cherche progressivement à mettre en place des mécanismes communs dans plusieurs secteurs.

Le développement d’une coopération transfrontalière structurée constitue donc une nouvelle étape de cette construction. Il ne s’agit plus seulement de coordonner les États, mais également de créer des passerelles entre les administrations et les territoires qui composent cet espace.

Reste désormais la question de la mise en œuvre. L’adoption du protocole et la création du cadre de concertation constituent une étape institutionnelle. Leur portée économique et sociale dépendra de leur traduction concrète sur le terrain : fluidité des échanges, coopération entre administrations, gestion des ressources partagées et réalisation de projets communs.

Pour l’AES, le véritable test commencera donc au-delà des textes. Transformer des frontières administratives en espaces de coopération suppose désormais de faire fonctionner durablement les mécanismes nouvellement créés. C’est à cette échelle, au contact des commerçants, des transporteurs, des agriculteurs et des collectivités, que se mesurera la capacité de l’intégration sahélienne à produire des effets économiques tangibles.

La Rédaction

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