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Togo : 20 milliards FCFA pour faire du poisson un nouveau levier de souveraineté alimentaire.

Le Togo veut changer d’échelle dans sa production de poisson. À travers un plan d’investissement de 20,04 milliards de FCFA sur la période 2024-2028, Lomé ambitionne d’augmenter de 25 % la production halieutique nationale. L’enjeu est double : réduire la dépendance aux importations et faire de la pêche et de l’aquaculture une source plus importante de revenus, d’emplois et de valeur ajoutée. Mais le chemin reste exigeant.

Un plan de 20 milliards FCFA pour changer d’échelle

Le gouvernement togolais a élaboré le Plan d’action d’investissement de la filière poisson 2024-2028, doté précisément de 20,041 milliards de FCFA. Son objectif central est d’augmenter de 25 % la production halieutique d’ici 2028 et de contribuer ainsi davantage à la couverture des besoins alimentaires du pays.

Le programme repose sur cinq grandes orientations : renforcer les capacités productives de la filière, améliorer les compétences des acteurs, soutenir la recherche halieutique, développer la transformation et la commercialisation des produits et renforcer la gouvernance du secteur.

L’ambition est donc plus large qu’une simple augmentation des prises. Il s’agit de construire une chaîne de valeur du poisson, allant de la production jusqu’à la transformation et à la commercialisation.

Une demande qui dépasse largement l’offre locale

L’urgence vient du décalage persistant entre la consommation et la production nationale.

La demande togolaise en produits halieutiques avait atteint environ 105 235 tonnes en 2022, contre 86 905 tonnes dix ans plus tôt. Cette progression traduit l’importance croissante du poisson dans l’alimentation des ménages.

Face à cette demande, la production nationale reste insuffisante.

En 2025, elle a atteint environ 36 250 tonnes, contre 23 776 tonnes en 2024, soit une progression spectaculaire de plus de 52 %. Cette performance constitue un record récent pour la filière, porté notamment par la pêche et l’aquaculture.

Mais même cette forte progression ne permet pas encore au Togo de couvrir ses besoins. Le pays reste donc dépendant des importations pour alimenter son marché intérieur.

Le paradoxe de 2026

Le défi est d’autant plus intéressant que la filière pourrait connaître un ralentissement en 2026.

Les projections disponibles tablent sur une production de 33 977 tonnes, contre 36 251 tonnes en 2025, soit un recul de plus de 6 %.

Cette baisse attendue intervient alors même que le pays poursuit son programme de développement à l’horizon 2028.

Elle rappelle une réalité économique essentielle : un investissement dans la filière ne produit pas automatiquement une hausse durable de la production. Il faut aussi améliorer les techniques, sécuriser les ressources, réduire les coûts et renforcer les infrastructures.

L’aquaculture appelée à jouer un rôle central

Pour atteindre son objectif, le Togo ne peut pas compter uniquement sur les ressources marines et continentales existantes.

L’aquaculture constitue donc un levier stratégique. Le pays a d’ailleurs engagé en 2026 une réforme de son cadre juridique afin de mieux accompagner le développement de cette activité. La production aquacole nationale reste toutefois encore modeste, avec environ 3 500 tonnes évoquées pour les dernières données disponibles.

Le potentiel est important : l’élevage de poissons permet d’augmenter l’offre sans accroître dans les mêmes proportions la pression sur les ressources naturelles.

Pour le Togo, l’enjeu sera de rendre cette activité économiquement viable pour les producteurs, notamment en améliorant l’accès aux alevins, aux aliments, aux équipements, au financement et aux connaissances techniques.

Un financement largement dépendant des partenaires

Le coût du programme constitue également un élément à surveiller.

Sur les quelque 20 milliards de FCFA nécessaires, une part importante doit provenir des partenaires techniques et financiers. Le plan prévoit notamment une contribution de 18,69 milliards de FCFA des partenaires, ce qui représente l’essentiel du financement recherché.

Cette configuration traduit à la fois l’importance accordée au secteur et la nécessité de mobiliser des capitaux que les finances publiques ne peuvent pas supporter seules.

Pour les bailleurs, le défi sera de financer des projets capables de générer des résultats mesurables : infrastructures, équipements, formation, transformation, conservation et développement de l’aquaculture.

Produire davantage sans épuiser les ressources

La croissance de la production devra par ailleurs être compatible avec la préservation des écosystèmes.

Le secteur est confronté à plusieurs menaces : surexploitation des ressources, pêche illégale, dégradation des habitats aquatiques et effets du changement climatique. Une récente démarche de réforme des politiques togolaises de pêche et d’aquaculture a justement insisté sur la nécessité d’améliorer la gouvernance, la résilience climatique et la gestion durable des ressources.

Le repos biologique et une meilleure réglementation de la pêche peuvent donc apparaître, à court terme, comme des contraintes pour les producteurs. Mais ils constituent surtout un investissement dans la capacité du secteur à produire demain.

Au-delà du poisson, une question de valeur ajoutée

Le véritable intérêt économique du programme se trouve finalement dans la transformation de la filière.

Produire davantage de poisson est une première étape. Le transformer, le conserver, le conditionner et le distribuer localement permettrait de créer davantage de valeur ajoutée et d’emplois.

C’est aussi un moyen de limiter les sorties de devises liées aux importations et de développer un tissu d’entreprises autour de la filière.

Le plan togolais vise ainsi à faire du poisson non seulement une ressource alimentaire, mais une activité économique structurée, capable de soutenir les revenus des producteurs et les entreprises de transformation.

Le Togo a déjà montré en 2025 que sa production pouvait changer rapidement d’échelle. Mais le recul attendu en 2026 rappelle que la performance d’une année ne suffit pas à bâtir une filière solide. D’ici 2028, le véritable succès du plan ne se mesurera donc pas aux 20 milliards de FCFA annoncés, mais à la capacité du pays à produire plus, transformer mieux et importer moins, sans vider ses propres eaux de leurs ressources.

La Rédaction

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