Sénégal : Le programme ETER propulse plus de 71 000 emplois et accompagne 8 000 PME.
Soutenu par la Banque mondiale, le Programme pour l’emploi, la transformation économique et la relance (ETER) revendique plus de 71 000 emplois créés ou préservés au Sénégal. Avec plus de 8 000 petites et moyennes entreprises accompagnées, dont 52 % détenues ou dirigées par des femmes, le dispositif cherche à transformer un tissu économique largement informel en un secteur privé plus compétitif, capable d’investir, de recruter et de conquérir les marchés régionaux.
Le soutien aux petites et moyennes entreprises s’impose comme l’un des leviers de la stratégie de transformation économique du Sénégal. Lancé en 2021 avec l’appui de la Banque mondiale, le Programme pour l’emploi, la transformation économique et la relance (ETER), également désigné sous son appellation anglaise JET, affiche des résultats significatifs au premier trimestre 2026.
Selon les données publiées par la Banque mondiale le 28 octobre 2026, les entreprises accompagnées dans le cadre du programme ont créé ou maintenu plus de 71 000 emplois à travers le pays. Plus de 8 000 PME ont également bénéficié de subventions destinées à améliorer leurs capacités de production, leur organisation et leur compétitivité.
Derrière ces chiffres, l’ambition est de faire évoluer les entreprises sénégalaises au-delà de la simple survie économique, en leur donnant les moyens de se formaliser, d’accéder au financement et de développer leurs activités sur les marchés nationaux et sous-régionaux.
Un tissu entrepreneurial confronté à des obstacles structurels
Le programme ETER intervient dans un environnement où le secteur privé sénégalais reste marqué par une forte informalité. Selon la Banque mondiale, plus de 94 % des entreprises évoluent dans le secteur informel. Par ailleurs, seulement 1,3 % des entreprises formelles comptent au moins cinq salariés.
Les difficultés sont multiples : accès limité au crédit, lourdeurs administratives, faible adoption des technologies numériques et difficultés à conquérir de nouveaux marchés.
Pour répondre à ces contraintes, ETER s’appuie sur le Programme d’accélération de la compétitivité et de l’emploi (PACE), coordonné par les autorités sénégalaises. Sa mise en œuvre mobilise notamment l’Agence de développement et d’encadrement des petites et moyennes entreprises (ADEPME) et le Fonds de garantie des investissements prioritaires (FONGIP).
Le dispositif combine accompagnement technique, subventions, garanties de crédit et réformes destinées à améliorer l’environnement des affaires.
Plus de 8 000 PME accompagnées, les femmes au cœur du dispositif
L’un des résultats les plus significatifs concerne le nombre d’entreprises soutenues. Plus de 8 000 PME ont bénéficié de subventions de contrepartie, alors que l’objectif initial était de 2 500 entreprises.
La dimension inclusive du programme ressort également des données publiées. Les entreprises détenues ou dirigées par des femmes représentent 52 % des bénéficiaires. Plus de 40 % des entreprises accompagnées exercent dans l’agroalimentaire, un secteur important pour la production locale et la création d’emplois.
ETER a également contribué à la formalisation de plus de 5 000 entreprises. Cette évolution est stratégique : la formalisation permet notamment aux structures concernées de mieux accéder aux services financiers, aux marchés organisés et aux dispositifs publics d’accompagnement.
Sur le volet technologique, plus de 17,8 millions de dollars de subventions ont été mobilisés pour aider les entreprises à moderniser leurs équipements, numériser leurs opérations et améliorer leur gestion.
En parallèle, le FONGIP a mobilisé plus de 26 millions de dollars de garanties partielles de crédit, dont 3,4 millions de dollars au profit des PME détenues ou dirigées par des femmes. Ces garanties permettent de réduire une partie du risque supporté par les établissements financiers lorsqu’ils accordent des prêts aux entreprises.
Logidoo, exemple d’une PME qui passe à l’échelle régionale
L’entreprise sénégalaise de logistique Logidoo illustre les effets recherchés par le programme. Accompagnée par l’ADEPME, elle a bénéficié d’un appui stratégique couvrant la distribution, les certifications, le commerce électronique et son expansion à l’étranger.
Le dispositif a notamment pris en charge 75 % des coûts de développement technologique de l’entreprise. Son implantation en Côte d’Ivoire a également bénéficié d’un accompagnement juridique et fiscal, ainsi que d’une contribution couvrant 75 % de ses frais annuels de location.
Les résultats présentés par la Banque mondiale témoignent de cette progression. En un an, le chiffre d’affaires de Logidoo a augmenté de 21,2 %, tandis que ses recettes d’exportation ont progressé de 85,97 % après son expansion en Guinée et en Côte d’Ivoire.
Ses effectifs permanents sont passés de 21 à 57 salariés, dont 19 femmes.
Au-delà de cette entreprise, l’objectif d’ETER est de multiplier les trajectoires de PME capables d’améliorer leur productivité, de pénétrer de nouveaux marchés et de créer des emplois durables.
Un financement renforcé pour prolonger la dynamique jusqu’en 2027
Pour consolider ces résultats, la Banque mondiale a approuvé fin 2025 un financement additionnel de 65 millions de dollars, après une première enveloppe de 125 millions de dollars mobilisée au lancement du programme en 2021.
Cette nouvelle phase prolonge la mise en œuvre jusqu’en décembre 2027. Elle vise notamment à concentrer les interventions sur les entreprises et les pôles économiques régionaux présentant le plus fort potentiel de création d’emplois et de développement des exportations.
Le programme entend également accélérer les réformes administratives, simplifier les procédures de création et de gestion des entreprises et renforcer la numérisation des services publics.
D’autres instruments viennent compléter cette architecture de financement. Lancé en janvier 2024 par le Fonds souverain d’investissements stratégiques du Sénégal (FONSIS), le Fonds Oyass constitue le premier fonds d’investissement du pays spécifiquement consacré aux PME. À la fin de 2025, il comptait 49 projets dans 13 secteurs, pour environ 38 millions d’euros de besoins de financement.
Cette approche vise à renforcer les passerelles entre accompagnement technique, financement des entreprises et mobilisation des capitaux privés.
Le véritable enjeu, pérenniser les emplois et faire grandir les entreprises
Les résultats affichés par ETER témoignent de l’importance des dispositifs d’accompagnement dans le développement du secteur privé. Toutefois, les 71 000 emplois annoncés correspondent à des postes créés ou préservés. Ils ne représentent donc pas exclusivement de nouvelles embauches.
La question de leur pérennité reste centrale. Il faudra notamment mesurer la capacité des entreprises bénéficiaires à maintenir leurs effectifs après les subventions, à poursuivre leurs investissements et à accéder durablement aux financements commerciaux.
Pour le Sénégal, le défi dépasse ainsi le nombre de PME accompagnées. Il s’agit de construire un tissu entrepreneurial capable de générer de la valeur ajoutée, de développer les exportations et de recruter sans dépendre durablement des dispositifs d’aide.
Avec ETER, le Sénégal cherche à faire de ses PME un moteur plus solide de la croissance et de l’emploi. Les 71 000 postes créés ou préservés constituent un indicateur encourageant, mais la réussite du programme se jouera sur une autre mesure : le nombre d’entreprises qui continueront à grandir, à investir et à employer durablement, bien après la fin des financements.
La Rédaction



