Mali-Algérie : Sifi Ghrieb à Bamako, le pari d’un nouveau départ économique et diplomatique.
Le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb est attendu à Bamako le lundi 14 septembre 2026 pour une visite officielle qui intervient dans un contexte de rapprochement entre les deux pays. Invité par son homologue malien Abdoulaye Maïga, le chef du gouvernement algérien sera porteur d’un message du président Abdelmadjid Tebboune destiné au président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta. Au-delà du symbole diplomatique, cette visite pourrait ouvrir une nouvelle séquence pour une relation dont le potentiel économique reste encore largement sous-exploité.
Une visite dans le prolongement du déplacement d’Abdoulaye Maïga à Alger
Le déplacement de Sifi Ghrieb ne constitue pas une initiative isolée. Il intervient moins de trois semaines après la visite de travail effectuée par Abdoulaye Maïga à Alger, le 24 août 2026.
Ce déplacement du Premier ministre malien avait marqué une volonté de relancer le dialogue entre Bamako et Alger après une période de fortes tensions diplomatiques. La visite annoncée du chef du gouvernement algérien apparaît ainsi comme une étape supplémentaire dans cette dynamique de normalisation.
À Bamako, Sifi Ghrieb sera reçu par le président de la Transition, Assimi Goïta. Il aura également une séance de travail avec Abdoulaye Maïga. Selon la Primature malienne, ces échanges doivent permettre de renforcer le dialogue direct entre les deux États, sur la base du respect mutuel et de la préservation de leurs intérêts respectifs.
Un message de Tebboune à Assimi Goïta
L’un des éléments les plus significatifs de la visite est le message que Sifi Ghrieb doit remettre au président malien au nom de son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune.
Cette démarche donne à la visite une dimension politique qui dépasse une simple réunion gouvernementale. Elle intervient alors que les deux pays cherchent à reconstruire leurs mécanismes de dialogue et à rétablir une relation plus régulière.
La Primature malienne présente cette nouvelle phase comme une volonté commune de consolider la coopération dans les domaines d’intérêt commun, au bénéfice des deux populations, dans un esprit de bon voisinage, de fraternité et de solidarité.
Une reprise diplomatique qui s’accompagne d’un chantier économique
Pour NafoloNews, l’enjeu le plus intéressant se situe désormais dans la capacité des deux pays à transformer cette reprise du dialogue politique en résultats économiques concrets.
Bamako a accueilli les 9 et 10 septembre la 13ᵉ session de la Grande Commission mixte de coopération Mali–Algérie, après près de dix ans sans réunion de cette instance. Créée pour structurer la coopération bilatérale, cette commission couvre notamment les dimensions économique, commerciale, culturelle, scientifique et technique. La précédente session s’était tenue à Bamako en novembre 2016.
Cette reprise intervient donc à un moment où les deux capitales disposent à nouveau d’un cadre institutionnel pour identifier des projets, faciliter les échanges et suivre leur mise en œuvre.
Des échanges commerciaux encore très faibles au regard du potentiel
Le paradoxe de la relation Mali–Algérie est précisément là : les deux pays partagent une longue frontière et des intérêts stratégiques importants, mais leurs échanges commerciaux formels restent modestes.
Des données issues d’UN Comtrade citées récemment dans une analyse consacrée aux relations bilatérales font état d’environ 7,7 millions de dollars d’échanges de marchandises en 2024, en additionnant les exportations algériennes vers le Mali et les importations algériennes en provenance du Mali. Ces statistiques doivent toutefois être interprétées avec prudence, notamment en raison du poids des échanges transfrontaliers informels dans la région sahélo-saharienne.
Pour deux pays voisins, ce niveau reste particulièrement limité. Il suggère surtout que le potentiel de développement des échanges est loin d’être pleinement exploité.
Corridors, commerce et infrastructures : le potentiel est là
L’amélioration des relations entre Bamako et Alger pourrait notamment favoriser les échanges commerciaux et les connexions logistiques entre le Mali, le Sahara et la Méditerranée.
Plusieurs axes sont régulièrement identifiés dans les analyses consacrées au rapprochement entre les deux pays : la route transsaharienne, les infrastructures de transport, les télécommunications, l’énergie, le commerce frontalier et la coopération industrielle. L’enjeu est de faire de la proximité géographique un véritable avantage économique.
Pour le Mali, une relation économique plus structurée avec l’Algérie pourrait offrir des débouchés supplémentaires vers le nord, mais aussi faciliter l’accès à certains produits, équipements et services. Pour Alger, le marché malien peut constituer une porte d’entrée vers un espace sahélien plus vaste, alors que l’Algérie cherche à renforcer ses relations économiques avec l’Afrique subsaharienne.
La dimension sécuritaire reste incontournable
La relance économique ne peut toutefois être dissociée des questions de sécurité et de stabilité régionale.
L’Algérie et le Mali sont deux pays directement concernés par les enjeux du Sahara et du Sahel. Leur relation a longtemps été marquée par une coopération sécuritaire, mais aussi par des divergences sur la gestion de la crise malienne.
Le rapprochement actuel ne signifie donc pas que toutes les divergences ont disparu. Il ouvre plutôt un espace de dialogue destiné à reconstruire une relation sur de nouvelles bases. L’International Crisis Group estime d’ailleurs que la consolidation de la détente entre Alger et Bamako constitue un enjeu important pour la stabilité régionale.
Le véritable test sera celui des résultats
La visite de Sifi Ghrieb intervient ainsi à un moment charnière. Après la reprise du dialogue politique, la réunion de la Grande Commission mixte et les échanges de haut niveau entre les deux Premiers ministres, le prochain défi sera de transformer cette dynamique en projets mesurables.
Le commerce, les infrastructures, l’énergie, les transports, les investissements et la coopération industrielle constituent autant de domaines où les deux pays peuvent chercher à donner un contenu concret à leur rapprochement.
Pour l’heure, Bamako et Alger affichent une volonté commune de tourner la page des tensions et de reconstruire leur partenariat dans le respect mutuel. Mais une relation bilatérale ne se mesure pas seulement au nombre de visites officielles ou aux déclarations de bonne volonté.
Le 14 septembre, Sifi Ghrieb arrivera à Bamako avec un message présidentiel. Le véritable message que les acteurs économiques attendent, lui, devra se traduire dans les mois à venir par davantage de commerce, d’investissements, de corridors fonctionnels et de projets. Car pour le Mali et l’Algérie, la normalisation diplomatique n’aura pleinement de valeur que lorsqu’elle commencera à produire de la valeur économique.
La Rédaction



