Burkina Faso : 104 milliards FCFA pour accélérer l’électrification et renforcer la souveraineté énergétique.
Le Burkina Faso veut accélérer la progression de son accès à l’électricité. Réuni le 10 septembre 2026 à Bobo-Dioulasso, le Conseil des ministres a approuvé une initiative sectorielle d’un coût global de 104,175 milliards de FCFA destinée à accroître les capacités énergétiques du pays. L’objectif affiché est de porter le taux d’électrification à 70 % à l’horizon 2030, tout en renforçant les moyens opérationnels de la Société nationale d’électricité du Burkina Faso (SONABEL) et de la nouvelle Agence Faso Vêenem.
Un investissement au cœur de la stratégie énergétique
Le projet a été présenté par le ministre de l’Énergie, des Mines et des Carrières, Yacouba Zabré Gouba. Selon les informations communiquées à l’issue du Conseil des ministres, les 104,175 milliards de FCFA doivent financer des initiatives destinées à renforcer les infrastructures électriques et les capacités opérationnelles des principaux acteurs publics du secteur.
Concrètement, l’initiative prévoit notamment de mettre à la disposition de la SONABEL et de l’Agence Faso Vêenem les équipements et infrastructures nécessaires à l’extension des réseaux de transport et de distribution. Le renouvellement d’équipements de transport figure également parmi les actions annoncées.
L’enjeu dépasse donc la seule construction de nouvelles installations. Il s’agit aussi de renforcer les réseaux existants afin qu’ils puissent accompagner l’augmentation du nombre de consommateurs et la croissance des besoins en électricité.
De 34,2 % à 70 % : un objectif particulièrement ambitieux
L’objectif fixé par le gouvernement prend toute sa mesure lorsqu’il est comparé à la situation actuelle.
Selon le Pacte national de l’énergie du Burkina Faso établi dans le cadre de l’initiative Mission 300, le taux d’électrification national était de 34,20 % en 2024. Le contraste est encore plus marqué entre les villes et les campagnes : le taux atteignait 87,83 % en milieu urbain, contre seulement 10,21 % en milieu rural.
Le passage à 70 % d’ici 2030 suppose donc une accélération considérable, particulièrement dans les zones rurales. Le défi n’est pas seulement de produire davantage d’électricité, mais aussi de transporter cette énergie, de la distribuer et de raccorder de nouveaux ménages, entreprises et services publics.
Le Pacte national de l’énergie prévoit d’ailleurs des objectifs encore plus larges à l’horizon 2030 : 100 % d’accès en milieu urbain et 70,73 % en milieu rural, avec un taux national projeté à 90 %. Ces objectifs reposent notamment sur le développement du réseau national, des mini-réseaux et des solutions solaires hors réseau.
Le principal défi reste le monde rural
Pour le Burkina Faso, l’électrification rurale constitue le principal facteur de progression du taux national.
Les chiffres disponibles montrent l’ampleur de l’écart. Alors que près de neuf habitants urbains sur dix avaient accès à l’électricité en 2024, seulement environ un habitant rural sur dix bénéficiait du même accès. Cette fracture énergétique limite directement les possibilités de développement des activités économiques dans les campagnes.
L’électricité permet en effet de faire fonctionner des unités de transformation agroalimentaire, des ateliers, des commerces, des équipements de conservation ou encore des services numériques. Dans les centres de santé et les établissements scolaires, elle conditionne également une partie de la qualité des services fournis.
Pour un pays qui cherche parallèlement à renforcer sa production industrielle et la transformation locale de ses matières premières, l’extension du réseau devient ainsi un investissement économique autant qu’un investissement social.
SONABEL et Faso Vêenem au centre du dispositif
La mise en œuvre de l’initiative repose notamment sur deux acteurs publics.
La SONABEL reste l’opérateur historique du système électrique burkinabè. Le gouvernement entend renforcer ses capacités opérationnelles et lui fournir les équipements nécessaires à l’extension et à la modernisation des réseaux.
À ses côtés, la nouvelle Agence Faso Vêenem doit jouer un rôle dans l’effort d’électrification. Le projet adopté par le Conseil des ministres vise précisément à donner aux deux structures les moyens matériels nécessaires pour accélérer leurs interventions.
Cette orientation intervient alors que le Burkina Faso cherche à réduire sa dépendance énergétique. Le pays a fixé, dans son Pacte national de l’énergie, l’objectif de ramener à zéro d’ici 2030 sa dépendance en puissance, contre 55 % en 2024, tout en augmentant fortement la capacité renouvelable installée.
Un enjeu pour l’industrie et la compétitivité
Derrière les chiffres de l’électrification se joue également une question de compétitivité économique.
Une électricité disponible, régulière et accessible constitue une condition essentielle au développement industriel. Elle permet aux entreprises de réduire le recours aux solutions autonomes coûteuses, de mieux planifier leur production et d’investir dans des équipements plus performants.
L’enjeu est particulièrement important pour le Burkina Faso, qui multiplie les projets de transformation locale. L’inauguration récente de TEXFORCES-BF à Bobo-Dioulasso, par exemple, illustre cette volonté de développer une industrie nationale autour de la transformation du coton. Mais la montée en puissance de telles unités suppose un système énergétique capable de répondre à une demande industrielle croissante.
Les 104,175 milliards de FCFA constituent donc une pièce d’un chantier beaucoup plus vaste : rendre l’énergie plus disponible pour les ménages, mais aussi pour les entreprises et les infrastructures productives.
Le financement, prochaine étape décisive
Le Conseil des ministres a autorisé le financement de cette initiative sectorielle. Les éléments communiqués par les autorités indiquent que le coût global de 104,175 milliards de FCFA sera financé par l’État burkinabè et ses partenaires. En revanche, la répartition précise entre ressources publiques et financements des partenaires n’a pas été détaillée dans les informations disponibles.
Cette précision est importante : les 104,175 milliards représentent le coût global de l’initiative, et non un montant déjà entièrement décaissé.
La capacité à mobiliser effectivement ces ressources, à exécuter les investissements et à transformer les infrastructures en nouveaux raccordements sera donc déterminante pour mesurer les résultats du programme.
L’électricité comme levier de souveraineté économique
Avec cette initiative, le Burkina Faso place une nouvelle fois l’énergie au cœur de sa stratégie de souveraineté. L’ambition est claire : produire davantage, mieux transporter l’électricité et surtout élargir son accès au-delà des grands centres urbains.
Mais entre l’annonce d’un investissement de 104 milliards de FCFA et l’accès effectif à l’électricité pour des millions de Burkinabè, le véritable enjeu sera celui de l’exécution. Dans un pays où l’écart entre villes et campagnes reste considérable, chaque kilomètre de réseau construit et chaque nouveau raccordement auront une valeur économique bien supérieure à leur seule dimension technique.
À l’horizon 2030, le pari burkinabè ne sera donc pas seulement de disposer de plus d’électricité. Il sera de transformer cette énergie en activité économique, en emplois et en nouvelles capacités de production.
La Rédaction



