AES-CEDEAO : Bamako annonce de nouvelles négociations pour redessiner les relations régionales.
Un nouveau chapitre pourrait s’ouvrir dans les relations entre la Confédération des États du Sahel (AES) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, a annoncé lundi 28 septembre 2026 à Bamako l’ouverture de nouvelles discussions en vue de définir un cadre pour les relations entre les deux ensembles régionaux.
L’annonce intervient alors que le Mali, le Burkina Faso et le Niger poursuivent la construction de leur intégration au sein de l’AES, tout en cherchant à organiser leurs relations avec les autres économies ouest-africaines.
Un nouveau cadre pour une relation désormais différente
S’exprimant à l’ouverture de la cinquième réunion des ministres de l’Industrie et du Commerce de l’AES, Abdoulaye Maïga a indiqué que des discussions étaient engagées entre l’AES et la CEDEAO afin de définir un nouveau cadre de relations.
Cette annonce intervient dans un contexte institutionnel profondément transformé. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont officiellement quitté la CEDEAO le 29 janvier 2025, après avoir annoncé leur retrait conjoint un an auparavant.
La sortie de ces trois pays n’a toutefois pas supprimé les interdépendances économiques qui structurent l’Afrique de l’Ouest. Les échanges commerciaux, les corridors routiers, la circulation des marchandises, les activités des opérateurs économiques et les flux de personnes continuent de relier l’espace AES aux économies de la CEDEAO.
C’est précisément cette réalité qui rend nécessaire la définition de nouvelles règles de coexistence économique.
Le dialogue avait déjà commencé à Bamako
L’annonce du 28 septembre ne constitue pas le premier contact entre les deux organisations.
Le 22 mai 2025, les ministres des Affaires étrangères du Burkina Faso, du Mali et du Niger avaient rencontré à Bamako le président de la Commission de la CEDEAO. Les deux parties avaient alors adopté un relevé de conclusions destiné à préparer le lancement de négociations.
Les discussions avaient porté sur plusieurs domaines : politique, diplomatie, administration, institutions, droit, sécurité ainsi que développement économique et social.
Les deux parties avaient également affiché leur volonté de préserver certains acquis de l’intégration régionale, notamment la libre circulation des personnes et des biens, jusqu’à la conclusion de nouveaux accords.
Le Collège des chefs d’État de l’AES avait ensuite approuvé, en décembre 2025, les conclusions de ces consultations et réaffirmé sa volonté de conduire les futures négociations « de bonne foi et dans un esprit constructif ».
La CEDEAO maintient un négociateur
Du côté de la CEDEAO, le processus de dialogue n’a pas été abandonné.
Réunis en juillet 2026, les chefs d’État et de gouvernement de l’organisation ouest-africaine ont prolongé jusqu’en décembre 2026 le mandat de l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté comme négociateur en chef avec l’AES.
La CEDEAO a également maintenu le principe d’une négociation collective avec les trois pays sahéliens, plutôt que des discussions séparées avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger.
Cette architecture devrait donc constituer l’un des paramètres des prochaines discussions.
Le commerce au cœur des préoccupations
L’économie occupe une place croissante dans les travaux de l’AES.
À Bamako, les ministres de l’Industrie et du Commerce du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont notamment travaillé sur plusieurs sujets destinés à renforcer les échanges au sein de la Confédération.
La Primature malienne cite notamment la création d’une centrale d’achat, la lutte contre la fraude, les procédures administratives liées aux opérations commerciales et le suivi de la qualité des produits « Made in AES ».
Les travaux portent également sur l’élaboration d’un document-cadre destiné à renforcer l’attractivité économique de l’espace AES.
Cette dynamique montre que l’AES cherche parallèlement à construire ses propres instruments d’intégration économique.
L’enjeu, éviter une rupture des échanges
Pour les entreprises et les opérateurs économiques, la question dépasse les considérations institutionnelles.
Les économies du Mali, du Burkina Faso et du Niger restent fortement connectées à leurs voisins ouest-africains. Les corridors commerciaux traversent plusieurs frontières, tandis que les ports des pays côtiers constituent des voies essentielles pour l’approvisionnement des économies enclavées du Sahel.
La définition d’un nouveau cadre AES-CEDEAO devra donc apporter davantage de visibilité aux opérateurs : règles douanières, circulation des marchandises, transit, procédures administratives, circulation des personnes et coopération économique.
Le maintien de relations commerciales fluides constitue ainsi un enjeu concret pour les importateurs, les exportateurs, les transporteurs et les consommateurs.
Vers une nouvelle architecture de l’intégration ouest-africaine
La situation actuelle dessine progressivement une nouvelle configuration régionale.
D’un côté, l’AES travaille à approfondir son intégration entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Les trois pays harmonisent notamment leurs politiques commerciales et douanières.
De l’autre, la CEDEAO poursuit son propre processus d’intégration avec ses États membres et cherche à organiser ses relations avec les trois pays sortis de l’organisation.
Le nouveau cadre annoncé devra donc permettre de gérer cette coexistence entre deux espaces institutionnels distincts, mais dont les économies restent étroitement liées.
L’enjeu est d’autant plus important que les questions commerciales ne s’arrêtent pas aux frontières politiques. Une marchandise produite à Bamako peut être destinée à Ouagadougou, acheminée par un corridor traversant plusieurs territoires et dépendre d’un port situé dans un État membre de la CEDEAO.
Une négociation à portée économique
Pour l’AES comme pour la CEDEAO, le futur accord devra donc transformer une nouvelle réalité politique en règles économiques opérationnelles.
Les discussions pourraient notamment déterminer les conditions de circulation des marchandises, les mécanismes de coopération douanière et commerciale et les modalités permettant de préserver une partie des acquis de l’intégration ouest-africaine.
À ce stade, les autorités maliennes ont annoncé l’ouverture de nouvelles discussions, mais les détails du futur accord-cadre, son calendrier précis et son contenu définitif ne sont pas encore connus.
Une chose est toutefois claire : après la séparation institutionnelle, l’Afrique de l’Ouest entre dans une phase où il faut désormais organiser la coopération entre des espaces qui ont changé de forme sans cesser d’être économiquement interdépendants.
Pour les entreprises comme pour les populations, la réussite de ces négociations se mesurera finalement moins au nombre de communiqués signés qu’à une question très concrète : combien de temps, combien de coûts et combien de barrières faudra-t-il demain pour commercer entre l’AES et le reste de l’Afrique de l’Ouest ?
La Rédaction



