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Uranium : Le Niger mise sur l’Algérie pour ouvrir une nouvelle route vers les marchés mondiaux.

Le projet d’uranium Dasa, développé par la canadienne Global Atomic au Niger, vient de franchir une étape financière majeure avec l’engagement pouvant atteindre 414,2 millions de dollars de la Development Finance Corporation américaine. Mais avant de transformer le minerai en recettes d’exportation, un problème demeure : comment faire sortir l’uranium d’un pays enclavé dans un environnement régional sous pression ? L’option d’un corridor passant par l’Algérie prend désormais une importance stratégique.

414 millions de dollars pour accélérer Dasa

Le 16 septembre 2026, la U.S. International Development Finance Corporation (DFC) a approuvé une facilité de dette pouvant atteindre 414,2 millions de dollars pour financer le projet d’uranium Dasa, situé dans la région d’Agadez.

Le projet est porté par Global Atomic Corporation, société minière canadienne qui détient 80 % de la Société minière de Dasa (SOMIDA), tandis que l’État nigérien détient les 20 % restants.

L’engagement américain constitue un soutien financier majeur pour un projet présenté par Global Atomic comme l’un des grands développements uranifères à haute teneur du continent. Reuters souligne également la dimension stratégique de cet investissement pour Washington, l’uranium figurant désormais parmi les minerais considérés comme critiques par les États-Unis.

Mais le financement ne règle pas toute l’équation.

Le minerai doit encore trouver sa route vers les marchés

Le Niger est riche en uranium, mais il est enclavé. Pour une exploitation minière destinée à l’exportation, la question du transport est donc aussi importante que celle de l’extraction.

Historiquement, l’uranium nigérien a notamment été exporté via le port béninois de Cotonou. Mais la fermeture de la frontière entre le Niger et le Bénin depuis 2023 a fortement perturbé les chaînes logistiques régionales.

Global Atomic indique avoir utilisé depuis 2023 d’autres itinéraires pour acheminer ses équipements et approvisionnements, notamment via le Togo et le Burkina Faso, puis via le Nigeria. En parallèle, le rapprochement entre Niamey et Alger ouvre désormais une autre perspective : un axe vers le nord, reliant le site de Dasa à la Méditerranée à travers l’Algérie.

L’Algérie entre dans l’équation

C’est ici que le corridor saharien prend toute son importance.

Global Atomic indique que des discussions ont avancé avec les autorités algériennes et nigériennes autour d’un nouveau corridor commercial reliant la Méditerranée au projet Dasa.

L’idée est relativement simple sur le papier : acheminer le minerai vers le nord du Niger, traverser le Sahara algérien et rejoindre les infrastructures méditerranéennes pour ensuite accéder aux marchés internationaux.

Reuters confirme que Global Atomic explore une route septentrionale à travers l’Algérie afin de réduire son exposition aux risques qui affectent les corridors vers les ports méridionaux.

Pour Alger, l’enjeu dépasse donc le simple transit d’un produit minier. Un corridor fonctionnel ferait de l’Algérie un maillon logistique majeur entre les ressources minières du Sahel et les marchés méditerranéens.

Une infrastructure existe déjà, mais elle doit encore être consolidée

L’option algérienne bénéficie d’un avantage géographique évident. La Route transsaharienne Alger-Lagos, longue d’environ 4 800 kilomètres, constitue déjà un axe majeur destiné à relier l’Afrique du Nord à l’Afrique de l’Ouest.

Mais transformer cette infrastructure en corridor industriel capable de transporter régulièrement une ressource stratégique comme l’uranium nécessite davantage qu’une route.

Il faut assurer la continuité des liaisons, les infrastructures de stockage et de contrôle, la sécurité des convois, les procédures douanières et la coordination entre plusieurs États.

Le tronçon reliant le Niger à la frontière algérienne demeure notamment un élément essentiel de cette équation. La Banque africaine de développement suit d’ailleurs les travaux liés au développement du corridor transsaharien.

La sécurité, première condition de viabilité

La question logistique est indissociable de la sécurité.

Le Niger reste confronté à des attaques de groupes armés dans plusieurs régions. Reuters souligne que ces risques constituent l’une des principales préoccupations autour du développement de Dasa et expliquent en partie la recherche de nouvelles routes d’exportation.

Pour un produit aussi stratégique que l’uranium, le transport impose par ailleurs des exigences particulières en matière de sûreté, de traçabilité et de contrôle.

Le corridor algérien devra donc convaincre sur trois fronts : la sécurité, la fiabilité logistique et la compétitivité économique.

Un projet minier déjà largement engagé

Sur le terrain, Dasa n’est plus seulement une promesse géologique.

Selon Global Atomic, les travaux souterrains se poursuivent depuis novembre 2022. Le développement minier a atteint le quatrième niveau du gisement, tandis que les travaux de terrassement de la première phase de l’usine de traitement étaient réalisés à plus de 95 % au premier semestre 2026.

L’étude de faisabilité actualisée du projet prévoit un plan minier de près de 24 ans, avec une production totale estimée à 68,1 millions de livres d’U3O8 sur la durée du projet.

La société a également déjà conclu plusieurs accords de vente à long terme avec des acheteurs internationaux. Fin 2024, elle indiquait avoir contractualisé 43 % de sa production projetée au cours des cinq premières années d’exploitation.

La question n’est donc plus seulement de savoir si Dasa peut produire. Elle est aussi de savoir comment cette production sera acheminée vers les clients internationaux.

Pour Niamey, un nouvel axe de désenclavement

Le corridor algérien pourrait offrir au Niger une nouvelle porte de sortie commerciale.

La coopération entre Niamey et Alger s’est renforcée en 2026, notamment autour des secteurs énergétique et commercial. Global Atomic indique qu’une visite de haut niveau d’une délégation nigérienne en Algérie au deuxième trimestre a contribué aux discussions sur l’ouverture d’un corridor reliant la Méditerranée au projet Dasa.

Pour le Niger, l’intérêt économique est évident : disposer de plusieurs corridors permettrait de réduire la dépendance à une seule route d’exportation et de limiter l’impact d’une crise politique, sécuritaire ou logistique sur ses exportations minières.

Pour l’Algérie, le gain potentiel est également stratégique : capter une partie des flux commerciaux générés par les ressources du Sahel renforcerait la vocation de ses infrastructures méridionales et son rôle de plateforme régionale.

Washington entre aussi dans l’équation

Le financement américain donne à cette question logistique une dimension supplémentaire.

Washington cherche à sécuriser ses approvisionnements en uranium, alors que la demande mondiale pour cette ressource augmente avec le développement de nouvelles capacités nucléaires.

Le soutien à Dasa constitue ainsi à la fois une opération de financement minier et un pari sur une future chaîne d’approvisionnement internationale.

Pour Niamey, l’arrivée de capitaux américains dans un projet stratégique montre également que la diversification des partenariats économiques ne se limite pas aux acteurs traditionnellement présents dans le secteur. Le projet intervient notamment dans un contexte de profond changement des relations entre le Niger et l’ancien opérateur historique français Orano.

Le corridor reste à construire

Le financement de Dasa est désormais beaucoup plus concret. La mine avance, les acheteurs internationaux sont identifiés et le soutien financier américain est sur la table.

Mais le corridor algérien, lui, reste encore à transformer en réalité opérationnelle.

C’est précisément là que se jouera une partie de la valeur économique du projet. Un gisement d’uranium ne devient une source durable de recettes que lorsque le minerai peut être extrait, traité, sécurisé et livré à ses clients dans des conditions compétitives.

Pour l’Algérie comme pour le Niger, le pari est donc plus large qu’une simple route saharienne. Il s’agit de construire un nouvel axe économique entre le Sahel et la Méditerranée.

Si ce corridor voit effectivement le jour, l’uranium de Dasa pourrait être l’un des premiers grands flux miniers à lui donner une véritable portée commerciale. Et dans ce cas, la géographie saharienne, longtemps perçue comme une contrainte, pourrait devenir une infrastructure économique à part entière.

La Rédaction

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