Mali : Après le gel, Bamako relance dix permis de recherche d’or.
Le gouvernement malien poursuit la réactivation progressive de son portefeuille minier. Réuni mercredi 30 septembre 2026, le Conseil des ministres a approuvé le renouvellement de dix permis de recherche d’or, dont neuf premiers renouvellements et un deuxième renouvellement. Une décision qui intervient après plus de deux années de suspension des renouvellements et alors que le secteur aurifère retrouve progressivement de la vigueur.
La mesure concerne plusieurs zones minières du pays, notamment les régions de Kayes, Sikasso, Bougouni et Koulikoro. Elle permet aux sociétés titulaires de reprendre ou de poursuivre leurs travaux d’exploration sur des périmètres où les premières recherches ont révélé des anomalies géologiques jugées suffisamment prometteuses.
Neuf permis prolongés pour trois ans
La première partie de la décision porte sur neuf permis bénéficiant d’un premier renouvellement.
Les autorisations concernent Company Mines and Career, Hongda Liujiu Mali, Ressources Robex Mali, Dansoko Gold Mine, Wagadou Explore et Yong Xin Mines, ainsi que plusieurs périmètres issus d’une cession de titre.
Les zones concernées sont notamment Dialafara-Khama dans le cercle de Kéniéba, Diata-Moussala-Nord à Kayes, Sanoula à Kéniéba, Bala à Kangaba, Gladié-Est à Sikasso, Mininko à Sikasso, Goualafara à Yanfolila, ainsi que Kinia et Kandjila-Ouest dans le cercle de Bougouni.
Ces permis avaient été attribués entre 2018 et 2022, selon les différents périmètres. Le gouvernement précise que leurs titulaires ont réalisé des travaux ayant mis en évidence plusieurs anomalies géologiques susceptibles de justifier la poursuite de l’exploration.
Le renouvellement leur accorde trois années supplémentaires de recherche, avec la possibilité d’un renouvellement supplémentaire conformément au Code minier.
Dandoko obtient un deuxième renouvellement
Le dixième permis concerne le périmètre de Dandoko, dans le cercle de Kéniéba.
Attribué en 2017 à Africa Mining SARL, ce permis avait déjà bénéficié d’un premier renouvellement en 2020. Le Conseil des ministres a cette fois approuvé son deuxième renouvellement.
Comme pour les autres titres, le gouvernement justifie cette décision par les résultats des travaux de recherche réalisés sur le terrain et la présence d’anomalies susceptibles de conduire à la découverte d’un gisement économiquement exploitable.
Dandoko constitue par ailleurs un périmètre suivi de près par l’industrie aurifère malienne. Le projet est présenté par B2Gold comme faisant partie de son ensemble régional lié à Fekola et Menankoto, ce qui lui confère une importance particulière dans l’exploration de la zone de Kéniéba.
Une reprise après plus de deux ans de suspension
Ces renouvellements prennent leur origine dans une décision administrative remontant à décembre 2022.
Le gouvernement avait alors suspendu le renouvellement de plusieurs permis de recherche. La suspension a couru jusqu’en mars 2025, période durant laquelle les procédures concernées ont été gelées.
Les autorités expliquaient cette période de suspension par la nécessité de réorganiser et d’assainir le secteur minier, dans le contexte de la réforme du cadre légal et réglementaire.
Le Mali a notamment adopté un nouveau Code minier en 2023, accompagné d’une loi sur le contenu local. Cette réforme vise notamment à accroître les retombées économiques du secteur minier pour l’État et les acteurs économiques maliens.
Les renouvellements approuvés en septembre s’inscrivent donc dans une reprise encadrée du traitement des anciens titres plutôt que dans une ouverture générale de nouveaux permis.
Le gouvernement privilégie la continuité des projets existants
Le mouvement de septembre n’est pas isolé.
En août 2026, le Conseil des ministres avait déjà approuvé dix autres renouvellements de permis miniers, dont huit concernant la recherche d’or et deux le lithium. Quatre autres permis aurifères avaient ensuite été renouvelés début septembre.
Ces décisions montrent une reprise progressive du traitement des dossiers ayant été affectés par le gel administratif.
La logique retenue par les autorités semble donc être celle d’une réactivation sélective des projets déjà engagés, avec un examen de leur conformité au nouveau cadre minier.
Pour les entreprises, le renouvellement constitue surtout une possibilité de poursuivre les travaux de terrain, mais il ne signifie pas qu’un gisement économiquement exploitable a déjà été découvert. La phase de recherche doit encore permettre de confirmer la qualité, le volume et la viabilité économique des ressources.
L’or revient au centre de la dynamique minière
Cette reprise administrative intervient dans un contexte plus favorable pour la production aurifère malienne.
Au premier semestre 2026, la production industrielle d’or a atteint 23,5 tonnes, soit environ 30 % de plus qu’à la même période de 2025. Le niveau dépasse également la prévision gouvernementale de 21,2 tonnes pour les six premiers mois de l’année.
Ce rebond intervient après une année 2025 difficile. La production industrielle avait alors reculé à 42,2 tonnes, contre 54,8 tonnes en 2024 et environ 66,5 tonnes en 2023.
La reprise de l’exploration constitue ainsi un enjeu de moyen terme : elle doit contribuer à alimenter le portefeuille de projets susceptibles de prendre le relais des mines actuellement en production.
De la recherche à l’exploitation, le chemin reste long
Pour les dix permis renouvelés, la prochaine étape reste la recherche.
Les sociétés devront poursuivre les travaux géologiques, géophysiques et, lorsque cela est pertinent, les campagnes de forage afin de déterminer si les anomalies identifiées correspondent effectivement à des concentrations minérales suffisamment importantes pour justifier une exploitation.
Cette distinction est essentielle pour comprendre la portée de la décision gouvernementale. Un permis de recherche n’est pas un permis d’exploitation et une anomalie géologique n’est pas encore une réserve minière.
Le renouvellement donne donc du temps et un cadre juridique aux opérateurs pour transformer des indices géologiques en données suffisamment solides pour envisager, éventuellement, un projet minier.
Un enjeu stratégique pour les recettes publiques
Pour Bamako, l’enjeu dépasse toutefois la seule activité d’exploration.
L’or demeure l’un des principaux piliers des exportations maliennes et une source importante de recettes publiques. La capacité du pays à renouveler son portefeuille de projets miniers est donc déterminante pour maintenir la production sur le long terme.
Le gouvernement cherche parallèlement à accroître la part de la valeur créée localement grâce au nouveau cadre minier et à la politique de contenu local. L’objectif est de ne plus considérer le secteur uniquement sous l’angle du volume d’or produit, mais également à travers les emplois, les fournisseurs locaux, les investissements et les recettes générées pour l’économie nationale.
La création annoncée, lors du même Conseil des ministres, d’une Agence pour la Recherche et le Développement des Ressources minérales va dans cette direction. Cette structure doit notamment contribuer à la recherche, à la valorisation et à la diffusion des connaissances géologiques, minières, pétrolières et gazières du Mali.
Le cadastre minier entre dans une nouvelle phase
Avec ces nouvelles autorisations, le Mali poursuit donc le réexamen de son portefeuille de titres miniers après la période de gel.
Le mouvement est significatif : après avoir suspendu les renouvellements pour réorganiser le secteur, l’État recommence désormais à accorder des prolongations lorsque les travaux réalisés et la conformité réglementaire justifient la poursuite des projets.
Mais le véritable test sera ailleurs : transformer ces permis renouvelés en découvertes, puis en projets économiquement viables et, à terme, en nouvelles mines.
Pour le Mali, la bataille minière ne se joue donc plus uniquement sous terre. Elle se joue également dans la capacité à mieux connaître son potentiel géologique, à sécuriser les investissements et à faire en sorte que chaque nouvelle découverte se traduise par davantage de valeur pour l’économie nationale.
Après le gel, le Mali rouvre progressivement son carnet d’exploration. Reste maintenant à savoir combien de ces permis finiront par révéler autre chose qu’une anomalie sur une carte : un véritable gisement capable d’alimenter la prochaine génération de mines du pays.
La Rédaction



