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Mali : Le plan humanitaire 2026 reste financé à moins d’un quart des besoins.

Le Mali fait face à un important déficit de financement de sa réponse humanitaire. Selon les dernières données disponibles auprès du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), le Plan de réponse humanitaire 2026 n’est financé qu’à 21,73 %, soit à peine plus d’un dollar mobilisé sur quatre nécessaires.

Sur les 577,9 millions de dollars requis pour répondre aux besoins prioritaires, environ 125,6 millions de dollars ont été mobilisés. Il manque ainsi près de 452,3 millions de dollars pour couvrir intégralement les besoins identifiés.

Cette situation intervient alors que 5,1 millions de personnes sont considérées comme ayant besoin d’une assistance humanitaire au Mali en 2026. Le plan cible prioritairement 3,8 millions de personnes.

577,9 millions de dollars nécessaires

Lancé officiellement en février 2026 par le gouvernement malien et la communauté humanitaire, le plan prévoit de mobiliser 577,9 millions de dollars afin de répondre aux besoins les plus urgents.

Les interventions concernent notamment la sécurité alimentaire, la nutrition, la santé, l’eau, l’assainissement, la protection et l’assistance aux personnes déplacées et aux autres populations vulnérables.

Le dispositif vise particulièrement les zones du centre et du nord du pays, où les besoins humanitaires sont considérés comme les plus importants.

La logique du plan ne se limite toutefois pas à l’aide d’urgence. Lors de son lancement, la Coordonnatrice résidente des Nations unies au Mali, Hanaa Singer-Hamdy, avait insisté sur la nécessité de renforcer l’autonomie des communautés et de rapprocher l’action humanitaire du relèvement et du développement.

Un financement qui peine à suivre les besoins

Avec 21,73 % de financement, le déficit atteint donc environ 452,3 millions de dollars.

Autrement dit, près de 78 % des ressources nécessaires restent à mobiliser.

Ce décalage entre les besoins et les ressources disponibles limite mécaniquement la capacité des organisations humanitaires à déployer leurs programmes à l’échelle prévue.

La FAO estime elle aussi que le plan humanitaire 2026 n’est financé qu’à environ 22 % et souligne que les déficits financiers, combinés aux restrictions d’accès, continuent de fortement contraindre l’acheminement de l’aide.

Pour les populations concernées, le problème n’est donc pas seulement celui du montant annoncé par les bailleurs. Il porte aussi sur la capacité à convertir les financements effectivement disponibles en nourriture, soins, protection, eau et soutien aux moyens de subsistance dans les zones où les besoins sont les plus importants.

5,1 millions de personnes dans le besoin

Les chiffres donnent la mesure de la pression exercée sur le dispositif humanitaire.

OCHA estime à 5,1 millions le nombre de personnes ayant besoin d’une assistance au Mali en 2026. Le Plan de réponse humanitaire vise à en accompagner 3,8 millions.

Le chiffre des personnes ciblées est donc inférieur à celui de l’ensemble des personnes identifiées comme ayant besoin d’aide. Cette différence résulte notamment des priorités géographiques et sectorielles retenues dans le cadre du plan.

Le Mali connaît par ailleurs une situation humanitaire alimentée par plusieurs facteurs simultanés : insécurité, déplacements de populations, difficultés d’accès aux services essentiels et chocs climatiques.

OCHA décrit ainsi une crise complexe, principalement liée aux conflits, à l’insécurité et aux chocs climatiques.

L’insécurité renchérit aussi le coût de l’aide

Le sous-financement n’est pas la seule contrainte.

L’accès humanitaire demeure un enjeu majeur dans plusieurs régions. Les violences et les restrictions de circulation compliquent l’acheminement des secours et augmentent le coût des opérations.

La FAO relève notamment que l’insécurité perturbe les activités agricoles, l’accès aux terres, aux pâturages et aux points d’eau, tout en affectant les routes commerciales et les marchés. Les attaques sur certains corridors de transport ont également contribué à perturber l’approvisionnement en carburant et en denrées alimentaires et à augmenter les coûts de transport dans certaines zones.

Le financement disponible doit donc couvrir non seulement les biens et services distribués aux populations, mais aussi les conditions opérationnelles nécessaires pour atteindre les bénéficiaires.

Les moyens de subsistance sous pression

La crise humanitaire possède également une dimension économique.

Lorsque l’insécurité empêche les agriculteurs d’accéder aux terres ou perturbe les mouvements de troupeaux, elle réduit directement les capacités de production des ménages.

La FAO rapporte que la production agricole et animale est fortement contrainte dans plusieurs zones, notamment à cause des restrictions d’accès aux terres, aux pâturages et aux points d’eau. Les perturbations des marchés et les coûts élevés du transport réduisent parallèlement le pouvoir d’achat des ménages.

Cette situation crée un cercle difficile à briser : la baisse des revenus accroît les besoins d’assistance, tandis que le manque de financement réduit les capacités de réponse.

Les enfants particulièrement exposés

Le déficit de financement concerne également les interventions destinées aux enfants.

Dans son appel humanitaire 2026 pour le Mali, l’UNICEF estime à 5,9 millions le nombre de personnes prises en compte dans son propre appel, dont environ 3,2 millions d’enfants. Cette estimation comprend les 5,1 millions de personnes couvertes par le plan humanitaire inter-agences ainsi que des populations situées dans des districts supplémentaires.

L’agence prévoit notamment des interventions dans les domaines de la nutrition, de la santé, de la protection de l’enfance, de l’eau et de l’assainissement.

Ces chiffres illustrent l’écart entre les besoins globaux et les ressources mobilisées pour y répondre.

Une situation qui prolonge les difficultés de 2025

Le faible niveau de financement n’est pas nouveau.

Selon OCHA, le plan humanitaire du Mali pour 2025 n’avait reçu qu’un peu plus de 21 % des 771 millions de dollars demandés, ce qui constituait alors le taux de financement le plus faible des dix dernières années.

Le problème est donc structurel : le Mali entre dans une nouvelle année avec un niveau de besoins important, alors que les ressources internationales disponibles pour les opérations humanitaires restent très inférieures aux montants sollicités.

Cette situation pose la question de la soutenabilité du modèle actuel de réponse, particulièrement lorsque les crises se prolongent et que les mêmes communautés restent exposées pendant plusieurs années.

Au-delà de l’urgence, financer la résilience

Le Plan 2026 cherche justement à dépasser une approche limitée à l’urgence.

Lors de son lancement, les Nations unies ont insisté sur la nécessité de rapprocher l’action humanitaire du relèvement et du développement. L’objectif est de permettre aux communautés vulnérables de retrouver progressivement leurs moyens de subsistance et de réduire leur dépendance à l’assistance.

Cette orientation est particulièrement importante dans un contexte où les chocs sécuritaires, climatiques et économiques peuvent se succéder.

Pour l’économie malienne, l’enjeu est également significatif. Une population privée durablement de ses moyens de production, de revenus ou d’accès aux services essentiels voit sa capacité de consommation et d’investissement se réduire. À l’inverse, les programmes de résilience peuvent contribuer à préserver les activités agricoles, les revenus locaux et le capital humain.

Le défi des prochains mois

Avec seulement 21,73 % des besoins financiers couverts, le Mali doit encore mobiliser près de 452,3 millions de dollars pour atteindre le montant prévu par le plan humanitaire 2026.

Le défi est donc double : obtenir davantage de financements et garantir que les ressources puissent effectivement parvenir aux populations ciblées malgré les contraintes d’accès.

Pour les acteurs humanitaires, chaque mois de retard peut se traduire par des besoins supplémentaires, notamment lorsque les ménages épuisent leurs réserves alimentaires, leurs revenus ou leurs moyens de production.

Au Mali, le problème humanitaire de 2026 ne tient donc pas seulement à l’ampleur des besoins. Il réside dans l’écart croissant entre ce qu’il faut financer et ce qui est effectivement disponible. Avec près de quatre dollars sur cinq encore à trouver, la réponse humanitaire reste, elle aussi, suspendue à une question très concrète : qui financera le déficit ?

La Rédaction

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