PI-SPI : La BCEAO homologue 24 API Business pour accélérer les paiements des entreprises dans l’UEMOA.
La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) franchit une nouvelle étape dans la digitalisation des paiements dans l’UEMOA. Vingt-quatre API Business viennent d’être homologuées pour être utilisées sur la Plateforme interopérable du Système de paiement instantané, PI-SPI. Derrière cette validation technique se joue un enjeu plus large : permettre aux entreprises de connecter leurs outils de gestion directement à une infrastructure de paiement instantané commune aux huit pays de l’Union.
Une homologation qui ouvre la porte aux entreprises
Dans un communiqué publié en septembre 2026, la BCEAO annonce l’homologation de 24 API Business développées par des participants à PI-SPI.
Une API, ou interface de programmation d’application, permet à deux systèmes informatiques de communiquer entre eux. Dans le cas de PI-SPI, elle constitue en quelque sorte la passerelle entre les logiciels d’une entreprise et l’infrastructure de paiement instantané de la BCEAO.
L’homologation signifie que les interfaces concernées ont satisfait aux exigences fonctionnelles, techniques, de performance et de sécurité définies par la Banque centrale.
Cette étape est importante pour les entreprises, car elle permet de passer d’un paiement effectué manuellement à des flux pouvant être directement intégrés dans les systèmes comptables, commerciaux ou financiers.
Paiements, règlements de masse et trésorerie
Concrètement, les API homologuées doivent permettre aux entreprises d’émettre et de recevoir des paiements, de transmettre des demandes de règlement de masse et d’automatiser certaines opérations de paiement.
Elles permettent également de suivre les transactions en temps réel et d’améliorer le pilotage de la trésorerie. Pour une entreprise qui doit payer régulièrement des fournisseurs, verser des salaires ou encaisser un grand nombre de clients, l’enjeu est de réduire les opérations manuelles et de mieux contrôler les mouvements de fonds.
La BCEAO présente ainsi l’API Business comme un outil destiné à favoriser une utilisation plus intégrée du paiement instantané par les acteurs économiques.
Une seule intégration pour accéder à l’écosystème
L’un des principaux changements apportés par PI-SPI concerne la fragmentation des systèmes de paiement.
Avant l’interopérabilité, une entreprise souhaitant connecter plusieurs banques ou prestataires devait souvent développer et maintenir plusieurs interfaces différentes. La documentation technique de la BCEAO souligne que cette multiplication des intégrations augmentait les coûts et ralentissait le déploiement de nouveaux services numériques.
L’API Business standardisée vise à simplifier cette architecture. Une seule intégration doit permettre à une entreprise de communiquer avec l’ensemble des participants raccordés à PI-SPI, selon des formats et des protocoles harmonisés.
Pour les entreprises disposant d’équipes informatiques limitées, cette standardisation peut donc réduire la complexité technique et faciliter le développement de nouveaux services.
Une couverture qui commence à s’élargir
Les 24 API homologuées sont réparties entre les huit pays de l’UEMOA. Le Sénégal compte neuf interfaces homologuées et la Côte d’Ivoire huit. Le Niger en compte deux, tandis que le Bénin, le Burkina Faso, la Guinée-Bissau, le Mali et le Togo en comptent chacun une.
Pour le Mali, cette première homologation constitue un début encore limité par rapport au nombre d’acteurs déjà autorisés à participer à PI-SPI.
La BCEAO précise toutefois que la liste des API homologuées sera régulièrement actualisée à mesure que de nouveaux participants achèveront avec succès leur processus d’homologation.
Le Mali : une première API homologuée
Le cas malien mérite une attention particulière.
Alors que plusieurs établissements maliens figurent parmi les participants autorisés à ouvrir des services PI-SPI au public, une seule API Business apparaît actuellement dans la liste des interfaces homologuées : celle d’Ecobank.
Cela ne signifie pas que les autres acteurs maliens sont absents de PI-SPI. La BCEAO recensait déjà douze participants maliens autorisés à ouvrir les services de la plateforme au public en avril 2026, parmi lesquels BCI Mali, BDM, BIM, BMS, BNDA, Coris Bank, Ecobank, Orabank, UBA, Orange Finances Mobiles Mali, Baobab et Cofina.
La distinction est importante : être participant à PI-SPI et disposer d’une API Business homologuée sont deux niveaux différents d’intégration.
Une infrastructure régionale pour les entreprises
L’intérêt de PI-SPI dépasse les frontières nationales. Les services intégrés via les API Business sont accessibles dans l’ensemble de l’UEMOA, indépendamment du prestataire utilisé par le payeur ou le bénéficiaire.
Une entreprise malienne peut ainsi, à terme, intégrer des flux de paiement régionaux dans ses outils sans devoir reproduire une architecture différente pour chaque pays ou chaque prestataire.
Cette interopérabilité peut notamment intéresser les entreprises qui travaillent avec des fournisseurs ou des clients dans plusieurs pays de l’Union.
Pour les PME, l’enjeu est également celui de la simplification. Une meilleure intégration des paiements peut faciliter la facturation, le recouvrement, le règlement des fournisseurs et le suivi de trésorerie.
PI-SPI entre dans une nouvelle phase
Lancé en septembre 2025, PI-SPI constitue l’une des principales infrastructures de modernisation des paiements de l’UEMOA. La BCEAO poursuit parallèlement l’élargissement du nombre d’établissements connectés et l’ouverture progressive des services au public.
Avec l’homologation des 24 API Business, le dispositif franchit désormais une nouvelle étape : celle de l’intégration des paiements dans les systèmes informatiques des entreprises.
La prochaine bataille ne sera donc plus uniquement celle de la connexion des banques, établissements de paiement et émetteurs de monnaie électronique. Elle concernera aussi l’usage réel de ces outils par les entreprises.
Car l’interopérabilité ne prendra toute sa valeur économique que lorsqu’elle permettra de réduire les coûts, accélérer les règlements et fluidifier les échanges au quotidien. Dans l’UEMOA, le paiement instantané commence ainsi à quitter le simple écran du téléphone pour entrer directement dans les systèmes qui font tourner les entreprises.
La Rédaction



