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Sénégal : 998 milliards de FCFA annoncés pour électrifier les dernières zones encore privées de courant.

Le Sénégal veut accélérer l’accès universel à l’électricité d’ici à 2029. Le 6 octobre 2026, à Dakar, les partenaires techniques et financiers ainsi que des entreprises privées ont annoncé 998 milliards de FCFA d’engagements d’investissement, alors que les besoins résiduels pour raccorder les localités encore non électrifiées sont estimés à près de 396 milliards de FCFA. Mais entre les promesses financières et l’arrivée effective du courant dans les foyers, plusieurs défis restent à relever : mobilisation des fonds, réalisation des infrastructures, réduction des inégalités territoriales et maîtrise des coûts.

Plus de 6 400 localités attendent encore l’électricité

Le Sénégal a réalisé des progrès importants dans l’électrification de son territoire. Selon le ministère de l’Énergie et du Pétrole, le taux national d’accès à l’électricité atteignait 86,2 % en 2024. Pourtant, cette moyenne masque des disparités persistantes entre les villes et les campagnes.

Au total, 6 471 localités restent à électrifier, selon les autorités sénégalaises. Pour les populations concernées, l’absence de courant limite les activités économiques, la conservation des produits agricoles, le fonctionnement des équipements de santé et les possibilités de transformation locale.

L’enjeu est donc autant social qu’économique. Dans les zones rurales, l’accès à une énergie fiable peut favoriser l’installation de petites unités de transformation, soutenir les activités commerciales et améliorer la productivité agricole. Il peut également renforcer l’attractivité des territoires pour les investisseurs.

L’objectif du gouvernement est de parvenir à un accès universel à l’électricité en 2029, dans le cadre de la Vision Sénégal 2050 et de la stratégie nationale de développement.

998 milliards de FCFA : des engagements qui dépassent les besoins

La table ronde organisée le 6 octobre à Dakar a permis d’annoncer 998 milliards de FCFA d’engagements d’investissement. Selon l’Agence de presse sénégalaise (APS), 181 milliards proviennent des partenaires techniques et financiers, tandis que le secteur privé représente 817 milliards de FCFA, soit près de 82 % du montant total.

En comparaison, le besoin résiduel du Plan d’investissement consolidé pour achever l’accès universel est évalué à 395,8 milliards de FCFA pour la période 2025-2029.

Sur le papier, les engagements annoncés représentent donc environ deux fois et demie les besoins estimés pour l’électrification des localités restantes.

Cette différence doit toutefois être interprétée avec prudence. Les 998 milliards constituent des engagements annoncés lors de la table ronde, et non la preuve que la totalité des fonds a déjà été décaissée ou affectée à des chantiers précis. Les autorités n’ont pas détaillé publiquement, dans les informations consultées, l’identité de tous les investisseurs, les instruments financiers retenus et le calendrier complet de mobilisation des ressources.

Le ministre sénégalais de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a d’ailleurs appelé à accélérer l’exécution des financements déjà disponibles avant de multiplier les nouveaux engagements. Il a également insisté sur la nécessité de préserver la soutenabilité de la dette publique.

Réseaux électriques, mini-centrales solaires : un plan adapté aux territoires

Le programme d’achèvement de l’électrification repose sur plusieurs solutions techniques. Selon le plan d’investissement consolidé publié par les autorités, l’extension des réseaux de moyenne et basse tension doit permettre de desservir 3 978 localités, pour un coût estimé à 231,9 milliards de FCFA.

Les mini-réseaux solaires photovoltaïques doivent couvrir 844 localités, avec un investissement évalué à 92,1 milliards de FCFA. Des systèmes solaires domestiques sont également prévus pour 1 649 localités, pour un coût estimé à 5,9 milliards de FCFA.

Le budget global de 395,8 milliards comprend aussi les frais d’études et de gestion, le soutien aux usages productifs de l’électricité et une provision pour les imprévus.

Cette combinaison vise à adapter les investissements aux réalités géographiques. Dans les zones proches des infrastructures existantes, l’extension du réseau peut être privilégiée. Pour les villages plus isolés, les solutions solaires décentralisées peuvent se révéler plus appropriées.

Mais le choix technologique ne suffira pas. La maintenance des équipements, la disponibilité des pièces de rechange et la capacité des ménages à payer leur consommation seront déterminantes pour assurer la pérennité des installations.

Le secteur privé appelé à prendre davantage de risques

La forte proportion des engagements annoncés par les entreprises privées traduit la volonté des autorités de faire évoluer le financement du secteur énergétique.

L’État souhaite notamment renforcer la participation des entreprises sénégalaises aux concessions d’électrification rurale, aux mini-réseaux et aux systèmes solaires individuels. Ces dispositifs pourraient permettre de répartir le financement, la construction et l’exploitation des infrastructures entre plusieurs acteurs.

Cette ouverture suppose cependant un cadre contractuel clair. Les projets doivent offrir une rentabilité suffisante aux investisseurs sans faire peser des risques excessifs sur les finances publiques ni rendre l’électricité inaccessible aux populations rurales.

Les garanties, les financements mixtes et les prêts concessionnels — c’est-à-dire proposés à des conditions plus favorables que les crédits commerciaux — pourraient contribuer à rendre certains projets finançables.

Pour le gouvernement, la priorité est désormais de transformer les intentions en accords opérationnels, puis en investissements réellement exécutés.

L’électricité, un levier de compétitivité économique

L’accès universel ne se limite pas au raccordement des ménages. Le Sénégal doit également améliorer la disponibilité de l’électricité et réduire durablement son coût de production.

Le ministre de l’Énergie et du Pétrole, El Hadji Abdourahmane Diouf, a évoqué le renforcement des capacités de production de la Senelec, la modernisation des réseaux de distribution, le développement du stockage et l’accélération du recours aux énergies renouvelables et au gaz naturel.

Ces orientations répondent à un enjeu central : disposer d’une énergie suffisamment fiable et compétitive pour accompagner l’industrialisation. Une entreprise qui subit des interruptions de courant ou doit supporter des coûts énergétiques élevés voit sa productivité et sa compétitivité diminuer.

Le défi est donc double : raccorder les territoires encore exclus et garantir un service électrique durable, à un coût compatible avec les revenus des ménages et les besoins des entreprises.

De l’annonce financière à l’impact sur le terrain

Le Sénégal dispose d’une feuille de route chiffrée, d’un objectif fixé à 2029 et d’engagements financiers annoncés à grande échelle. La prochaine étape sera de vérifier le rythme des décaissements, l’avancement des travaux et le nombre de localités effectivement raccordées.

Le gouvernement devra également s’assurer que les projets bénéficient aux zones les plus éloignées et que les installations restent fonctionnelles après leur mise en service.

Les 998 milliards de FCFA annoncés donnent une ampleur nouvelle à l’ambition sénégalaise. Mais la réussite ne se mesurera ni aux promesses ni aux montants affichés : elle se mesurera au nombre de villages raccordés, aux activités économiques rendues possibles et à la capacité des populations à disposer durablement d’une électricité fiable et abordable.

La Rédaction

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