Skip links

Sécurité alimentaire : La CEDEAO veut muscler sa réserve régionale face à 41,8 millions de personnes en difficulté.

Confrontée à la persistance de l’insécurité alimentaire, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) veut rendre sa Réserve régionale de sécurité alimentaire plus réactive et mieux financée. Réunis à Dakar, les responsables régionaux examinent les moyens de sécuriser les approvisionnements, d’accélérer les interventions d’urgence et de garantir le renouvellement des stocks. Un chantier stratégique alors que 41,8 millions de personnes étaient confrontées à une insécurité alimentaire aiguë en Afrique de l’Ouest et au Sahel, selon les données de décembre 2025.

Une réforme pour mieux répondre aux crises

La CEDEAO veut revoir les mécanismes de fonctionnement de sa Réserve régionale de sécurité alimentaire (RRSA). Le 20 octobre 2026, à Dakar, au Sénégal, l’organisation a ouvert la troisième réunion du comité de pilotage chargé de réviser la Stratégie régionale de stockage de sécurité alimentaire. Les travaux, poursuivis les 20 et 21 octobre, ont notamment porté sur le financement du dispositif et les prochaines étapes de la réforme.

Une seconde rencontre, organisée les 22 et 23 octobre, est consacrée à la gestion de la réserve, au bilan des opérations menées depuis mars 2025 et à la préparation du programme d’activités et du budget de 2027.

L’objectif est de renforcer la capacité de la région à répondre rapidement aux crises alimentaires, nutritionnelles et pastorales, aggravées par les conflits, les chocs climatiques et les difficultés économiques qui fragilisent les ménages.

Pour Dehpue Yenpea Zuo, commissaire aux Affaires économiques et à l’Agriculture de la Commission de la CEDEAO, la réforme doit permettre de disposer d’un mécanisme de solidarité plus efficace, prévisible et durable. Il s’agit notamment de clarifier les responsabilités des différents niveaux de stockage et de définir des critères précis pour déclencher une intervention régionale.

41,8 millions de personnes confrontées à l’insécurité alimentaire

L’urgence est considérable. Selon les données du Cadre harmonisé de décembre 2025 citées par les institutions régionales, 41,8 millions de personnes étaient en situation d’insécurité alimentaire aiguë en Afrique de l’Ouest et au Sahel. Parmi elles, plus de 1,4 million se trouvaient en phase d’urgence.

Cette situation souligne la nécessité de disposer de stocks mobilisables rapidement, notamment lorsque les récoltes sont insuffisantes, que les déplacements de populations perturbent les moyens de subsistance ou que les difficultés d’approvisionnement renchérissent les denrées de première nécessité.

Créée en 2013 et opérationnelle depuis 2016, la RRSA complète les stocks de proximité détenus notamment par les organisations de producteurs et les réserves nationales des États. Sa gestion technique est assurée par l’Agence régionale pour l’agriculture et l’alimentation (ARAA).

Selon Dehpue Yenpea Zuo, la réserve est intervenue à 27 reprises au bénéfice de plus de quatre millions de personnes dans sept pays. Ce bilan témoigne de son utilité, mais aussi de l’importance de renforcer ses capacités pour répondre à des besoins qui demeurent élevés.

Le financement, principal défi du dispositif

Disposer d’une réserve alimentaire ne suffit pas : encore faut-il pouvoir acheter les denrées, les conserver dans de bonnes conditions et les acheminer au moment opportun.

La CEDEAO examine ainsi un mécanisme global de financement destiné à couvrir plusieurs besoins : constitution et préservation des stocks, assistance d’urgence et reconstitution des réserves après leur utilisation. La prévisibilité des ressources est essentielle pour éviter que les interventions dépendent uniquement de financements mobilisés dans l’urgence.

Les participants doivent également examiner le programme d’activités et le budget prévisionnel de 2027, ainsi que le plan de mobilisation des ressources financières. Les achats de denrées, les rotations techniques des stocks et la recherche de nouveaux espaces de stockage figurent parmi les sujets de travail.

Au-delà des montants disponibles, la gouvernance du dispositif constitue un autre enjeu. La CEDEAO veut améliorer les procédures d’approvisionnement, les mécanismes de contrôle et la transparence des décisions afin de rendre les interventions plus efficaces.

Acheter local pour soutenir les producteurs

La réforme ne concerne pas uniquement l’aide alimentaire. Elle doit aussi renforcer les liens entre les réserves de sécurité et les économies agricoles de la région.

Le secrétaire exécutif du Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS), Abdoulaye Mohamadou, a plaidé pour une meilleure articulation entre les stocks régionaux, nationaux et locaux, ainsi qu’avec les plans nationaux de réponse aux crises.

Les achats locaux et régionaux peuvent contribuer à offrir des débouchés aux producteurs et aux éleveurs, à limiter les pertes après récolte et à soutenir les revenus agricoles. Cette approche permet, lorsque les disponibilités le permettent et que les prix sont adaptés, de concilier assistance alimentaire et développement des marchés locaux.

Le défi consiste à trouver le bon équilibre : acheter suffisamment pour soutenir les producteurs sans provoquer de tensions sur les marchés ni réduire l’accès des ménages aux denrées.

Une stratégie à adapter aux réalités de 2035

Le processus de révision est conduit depuis 2025 par la CEDEAO, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et le CILSS. Il doit permettre d’aligner la stratégie régionale sur les orientations de la politique agricole de la CEDEAO, connue sous le nom d’ECOWAP, à l’horizon 2035.

Les travaux réunissent les États membres, les institutions régionales, les organisations de producteurs agricoles et pastoraux ainsi que les partenaires techniques et financiers.

La prochaine étape consiste à transformer les recommandations en règles opérationnelles, en mécanismes de financement et en décisions applicables sur le terrain. Le calendrier de validation définitive de la stratégie révisée reste à préciser.

Au-delà des stocks, une question de résilience économique

Pour l’Afrique de l’Ouest, la sécurité alimentaire ne se résume pas à la disponibilité des céréales dans les entrepôts. Elle dépend aussi du pouvoir d’achat des ménages, du fonctionnement des marchés, de la capacité des producteurs à maintenir leur activité et de la rapidité avec laquelle les autorités peuvent répondre aux chocs.

La réforme engagée par la CEDEAO pourrait améliorer la coordination régionale et limiter les retards dans l’assistance aux populations vulnérables. Mais son efficacité dépendra des ressources réellement mobilisées, de la qualité de la gestion et de la capacité à acheminer les denrées là où elles sont nécessaires.

Une réserve alimentaire performante ne se juge pas au volume de céréales qu’elle peut annoncer, mais à sa capacité à nourrir les populations au moment où elles en ont le plus besoin. Pour la CEDEAO, le véritable test sera de transformer la solidarité régionale en une réponse rapide, financée et durable.

La Rédaction

Accueil
Recherche
Top
Découvrir
Drag