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OMPI : Le Mali, soutenu par le Burkina Faso et le Niger, s’oppose à un rapport sur l’Ukraine au nom de la neutralité des institutions internationales.

Lors des Assemblées des États membres de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), tenues à Genève du 7 au 15 juillet 2026, le Mali a contesté l’examen d’un rapport consacré à l’assistance apportée à l’Ukraine par l’organisation onusienne. Soutenue par le Burkina Faso et le Niger, cette position relance le débat sur la place des questions géopolitiques dans les institutions techniques internationales.

La scène diplomatique internationale a connu un nouvel épisode de tension autour de la question ukrainienne. Cette fois, le débat ne s’est pas déroulé au Conseil de sécurité des Nations unies ou dans une enceinte politique classique, mais au sein d’une institution spécialisée : l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI).

Réunis à Genève pour leurs assemblées annuelles, les États membres de l’organisation ont examiné plusieurs sujets liés à la propriété intellectuelle, à l’innovation et au développement technologique. Parmi les documents soumis aux discussions figurait un rapport portant sur l’assistance technique apportée par l’OMPI à l’Ukraine dans le contexte de la guerre.

Le Mali a alors exprimé son opposition à l’examen de ce document, une position appuyée par le Burkina Faso et le Niger, les deux autres membres de l’Alliance des États du Sahel (AES).


Un débat sur le rôle et le mandat de l’OMPI

Au cœur de la contestation malienne se trouve une question de principe : jusqu’où une organisation technique doit-elle intervenir sur des sujets à forte dimension politique ?

La délégation malienne a estimé que l’examen d’un rapport consacré à un conflit international risquait d’éloigner l’OMPI de sa mission première.

Créée pour favoriser la coopération mondiale en matière de propriété intellectuelle, l’organisation a notamment pour rôle de :

  • protéger les brevets, marques et créations ;
  • soutenir les politiques nationales d’innovation ;
  • accompagner les pays dans le développement de leurs systèmes de propriété intellectuelle ;
  • favoriser le transfert de technologies.

Pour Bamako et ses alliés, les travaux de l’OMPI doivent rester concentrés sur ces objectifs techniques et éviter de devenir un espace où s’expriment des positions politiques liées aux conflits internationaux.


Le soutien du Burkina Faso et du Niger confirme une position commune

La prise de position du Mali n’est pas restée isolée.

Le Burkina Faso et le Niger ont apporté leur soutien à cette démarche, confirmant une coordination diplomatique croissante entre les trois pays membres de l’AES.

Depuis la création de cette alliance régionale, les trois États affichent régulièrement des positions communes dans plusieurs forums internationaux, notamment sur les questions liées à la souveraineté, à la coopération internationale et au fonctionnement des organisations multilatérales.

Cette intervention commune à Genève illustre une nouvelle fois la volonté des pays de l’AES de défendre une approche coordonnée sur la scène diplomatique.


Un rapport lié aux conséquences de la guerre en Ukraine

Le document contesté concernait l’assistance fournie par l’OMPI à l’Ukraine dans le cadre des conséquences du conflit.

Depuis le début de la guerre, plusieurs institutions internationales ont mis en place des programmes d’accompagnement destinés à soutenir les États affectés dans différents domaines : infrastructures, économie, administration publique ou encore innovation.

Dans le cas de l’OMPI, les actions concernent notamment l’accompagnement des institutions ukrainiennes de propriété intellectuelle et la continuité des services liés aux brevets, marques et droits d’auteur.

Certains États membres considèrent que ces initiatives relèvent pleinement du mandat de l’organisation, estimant que les conflits peuvent avoir un impact direct sur les systèmes nationaux de propriété intellectuelle.

D’autres, comme le Mali et ses partenaires, craignent que ces dossiers introduisent des considérations politiques dans des organisations initialement conçues pour des missions techniques.


Une nouvelle illustration des fractures diplomatiques internationales

Cette controverse intervient dans un contexte international marqué par des divisions croissantes autour de la guerre en Ukraine.

Depuis 2022, plusieurs organisations internationales sont confrontées à des débats similaires : faut-il limiter les discussions aux missions strictement techniques ou intégrer les conséquences humanitaires, économiques et institutionnelles des grands conflits mondiaux ?

Cette question traverse de nombreuses agences spécialisées des Nations unies.

À travers cette intervention, le Mali, le Burkina Faso et le Niger défendent une vision selon laquelle les institutions techniques doivent préserver leur neutralité et éviter de devenir des espaces de confrontation diplomatique.


La propriété intellectuelle, un enjeu économique stratégique pour l’Afrique

Au-delà de la controverse diplomatique, les travaux de l’OMPI revêtent une importance particulière pour les pays africains.

La propriété intellectuelle est aujourd’hui considérée comme un levier essentiel de développement économique.

Elle joue un rôle dans :

  • la protection des innovations locales ;
  • le développement des entreprises technologiques ;
  • la valorisation des savoir-faire traditionnels ;
  • la création d’industries à forte valeur ajoutée.

Pour les économies africaines, renforcer les systèmes de propriété intellectuelle constitue un enjeu majeur afin de transformer davantage les ressources locales en richesses économiques.

Dans ce contexte, plusieurs pays africains cherchent à renforcer leurs capacités en matière de recherche, d’innovation et de protection des créations locales.


Un signal diplomatique au-delà de Genève

La contestation portée par le Mali à l’OMPI dépasse donc le seul cadre d’un débat administratif sur un rapport.

Elle traduit une volonté plus large des pays de l’AES d’affirmer leur vision du multilatéralisme : une coopération internationale centrée sur les missions fondamentales des organisations et respectueuse, selon eux, du principe de souveraineté des États.

Alors que les institutions internationales deviennent progressivement des terrains d’expression des rivalités géopolitiques, la question posée à Genève reste entière : comment préserver l’efficacité des organisations techniques tout en répondant aux crises qui façonnent le monde actuel ?

À l’OMPI comme ailleurs, l’équilibre entre expertise technique et réalités géopolitiques apparaît désormais comme l’un des grands défis du multilatéralisme du XXIᵉ siècle.

La Rédaction

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