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Nigeria : 40 blocs pétroliers et gaziers sur le marché, Abuja veut relancer l’investissement.

Le Nigeria ouvre un nouveau front pour attirer les capitaux dans son secteur pétrolier. Le régulateur de l’amont vient de lancer le cycle d’attribution 2026 avec 40 blocs proposés aux investisseurs, sur terre, en eaux peu profondes et en eaux profondes. Alors que la production remonte et que plusieurs dizaines de milliards de dollars de projets sont déjà engagés, Abuja veut désormais transformer l’amélioration du cadre réglementaire en nouveaux investissements et en barils supplémentaires.

Le Nigeria remet ses actifs pétroliers et gaziers sur le marché. La Nigerian Upstream Petroleum Regulatory Commission (NUPRC) a officiellement lancé le cycle de licences 2026, avec 40 blocs proposés aux investisseurs nigérians et internationaux.

L’annonce a été faite le 6 octobre 2026 à Abuja par Oritsemeyiwa Eyesan, directrice générale de la NUPRC, à l’occasion du cinquième anniversaire de l’institution. Le processus bénéficie de l’approbation du président Bola Ahmed Tinubu, également ministre des Ressources pétrolières.

Les blocs proposés couvrent trois environnements : les zones terrestres, les eaux peu profondes et les eaux profondes. La NUPRC doit publier les détails des actifs, les conditions d’éligibilité et les modalités de participation sur son portail dédié.

Abuja veut remettre le capital au cœur de l’amont

Cette nouvelle opération intervient dans un secteur qui cherche à tourner la page de plusieurs années de sous-investissement.

Le régulateur estime que la concurrence pour les capitaux destinés à l’exploration et à la production devient de plus en plus forte à l’échelle mondiale. Pour convaincre les investisseurs, le Nigeria mise donc sur un principe devenu central : des règles plus claires, des procédures prévisibles et davantage de transparence.

Les investisseurs devront notamment démontrer leur capacité technique et financière à développer les actifs obtenus.

Mais Abuja veut surtout éviter que les licences restent immobilisées sans développement. Le message de la NUPRC aux futurs attributaires est particulièrement explicite : « Drill or Drop », autrement dit, forer ou abandonner la licence. Une concession pétrolière doit désormais être considérée comme un engagement d’investissement et non comme un simple actif à conserver.

788 000 barils par jour à remettre en production

Le nouveau cycle ne vise cependant pas uniquement la découverte de nouveaux gisements.

La NUPRC estime à plus de 788 000 barils par jour les volumes de production actuellement à l’arrêt chez 63 opérateurs. Le régulateur veut donc également remettre en service ces capacités existantes.

En parallèle, plusieurs grands projets offshore représentant entre 30 et 50 milliards de dollars d’investissements potentiels doivent encore franchir l’étape de la décision finale d’investissement.

Le Nigeria cherche ainsi à jouer sur deux leviers à la fois : accélérer la production des actifs existants et attirer de nouveaux capitaux vers l’exploration et le développement.

47,6 milliards de dollars déjà engagés

La dynamique d’investissement montre déjà des signes de redressement.

Depuis 2024, la NUPRC affirme avoir approuvé 120 plans de développement de champs pétroliers et gaziers, représentant environ 47,6 milliards de dollars de dépenses d’investissement.

Ces projets pourraient, à terme, ajouter jusqu’à 1,74 million de barils par jour aux capacités de production pétrolière et environ 13,9 milliards de pieds cubes de gaz par jour.

Le régulateur affirme également que le Nigeria a représenté 38 % des investissements amont approuvés en Afrique en 2025, contre une moyenne d’environ 4 % entre 2015 et 2023.

Pour Abuja, cette progression constitue un signal important : le marché nigérian peut redevenir compétitif dans la course aux capitaux pétroliers africains.

Une production remontée à 1,82 million de barils par jour

L’offensive intervient alors que la production nigériane connaît une amélioration.

Selon les données communiquées par la NUPRC, la production de pétrole et de condensats est passée d’environ 1,44 million de barils par jour en 2022 à 1,75 million de barils par jour en moyenne sur les sept premiers mois de 2026.

Le ministre d’État chargé du Pétrole, Heineken Lokpobiri, a toutefois communiqué un niveau plus récent de 1,821 million de barils par jour, condensats compris.

Le nombre de plateformes de forage actives aurait également fortement progressé, passant de moins d’une dizaine en 2023 à plus de 70 actuellement, selon le ministre.

Le gouvernement vise désormais beaucoup plus haut : 3 millions de barils de pétrole par jour et 12 milliards de pieds cubes de gaz par jour à l’horizon 2030.

La transparence devient un argument commercial

Pour cette nouvelle opération, la NUPRC veut également tirer les leçons des précédents cycles de licences.

Les nouvelles règles doivent prévoir la publication plus détaillée de la méthodologie d’évaluation, une publication plus complète des résultats et surtout la divulgation obligatoire des bénéficiaires effectifs de chaque entreprise candidate.

Cette dernière mesure vise à identifier clairement les véritables propriétaires des sociétés participantes et à réduire les risques liés aux structures opaques.

La NUPRC veut également publier le calendrier du processus dès le départ et s’engage à communiquer les mêmes clarifications à tous les candidats. L’objectif est de donner aux investisseurs suffisamment de visibilité pour obtenir les autorisations de leurs conseils d’administration, mobiliser leurs financements et préparer leurs offres.

Le gaz gagne aussi du terrain

L’offensive nigériane ne se limite pas au pétrole.

Le pays cherche parallèlement à augmenter la disponibilité du gaz pour les centrales électriques et les industries. Selon Reuters, l’approvisionnement domestique en gaz a récemment dépassé 2 milliards de pieds cubes par jour, dans le cadre des efforts du gouvernement pour réduire les contraintes d’approvisionnement énergétique.

Cette stratégie donne aux blocs gaziers une importance croissante dans un pays qui cherche à utiliser ses ressources naturelles pour soutenir son industrialisation.

Le gaz est notamment considéré comme un levier pour améliorer l’approvisionnement électrique, développer les industries et renforcer la transformation locale des ressources.

L’enjeu : transformer les licences en production

Le Nigeria dispose donc désormais d’un portefeuille de 40 blocs à proposer aux investisseurs, mais l’attribution des licences ne constitue que la première étape.

Le précédent cycle de 2025 avait attiré 200 offres déposées par 143 entreprises, avec 31 entreprises retenues pour 37 blocs. Le régulateur veut désormais poursuivre cette dynamique tout en renforçant la transparence du processus.

Le véritable indicateur de réussite sera toutefois ailleurs : dans les forages réalisés, les investissements effectivement mobilisés et les nouveaux barils et mètres cubes de gaz produits.

Car dans une industrie où les capitaux peuvent rapidement migrer vers d’autres bassins, l’annonce d’une licence ne suffit plus à séduire durablement les investisseurs.

Avec ces 40 blocs, Abuja remet ses ressources pétrolières sur la vitrine internationale. Mais le véritable pari du Nigeria commence après l’adjudication : transformer le sous-sol en investissements, les investissements en production et la production en croissance économique.

La Rédaction

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