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Togo : Lomé ouvre davantage son secteur électrique aux investisseurs.

Le gouvernement togolais veut accélérer la transformation de son secteur électrique pour répondre à la hausse de la demande, améliorer la qualité du service et surtout attirer davantage de capitaux privés. Un projet de loi adopté le 6 octobre introduit de nouveaux mécanismes pour ouvrir le marché, encourager les producteurs indépendants et permettre aux entreprises de diversifier leur approvisionnement. Une réforme qui place l’électricité au cœur de la stratégie d’industrialisation du pays.

Au Togo, la réforme du secteur de l’électricité prend une nouvelle dimension. Réuni le 6 octobre 2026 à Lomé, le Conseil des ministres a adopté un projet de loi destiné à moderniser le cadre juridique du secteur et à créer de meilleures conditions pour les investissements dans les infrastructures électriques.

Pour le gouvernement, l’enjeu dépasse la seule fourniture d’électricité aux ménages. L’objectif est également de disposer d’un système énergétique capable d’accompagner la croissance des entreprises, les zones industrielles et l’industrialisation du pays.

Un marché appelé à s’ouvrir davantage

Le projet de loi introduit plusieurs mécanismes destinés à faire évoluer le fonctionnement du marché électrique.

Parmi les principales innovations figurent la reconnaissance du stockage de l’électricité, la création du statut de client éligible, l’accès des tiers aux réseaux et le renforcement du rôle des producteurs indépendants.

Concrètement, ces dispositions doivent permettre à davantage d’acteurs privés d’intervenir dans la production et, progressivement, dans la fourniture d’électricité.

Le texte ouvre également davantage la voie à l’autoproduction et à l’autoconsommation. Les producteurs d’énergies renouvelables pourront, sous certaines conditions, injecter leurs excédents dans le réseau.

Cette évolution peut notamment intéresser les entreprises qui souhaitent produire une partie de leur propre électricité afin de réduire leur dépendance au réseau.

Les zones économiques spéciales au premier plan

L’un des aspects les plus directement liés à l’investissement concerne les zones économiques spéciales.

Le projet de loi leur permettrait de diversifier leurs sources d’approvisionnement, notamment grâce à l’autoproduction ou à des contrats directs avec des producteurs nationaux ou régionaux.

Pour les industriels, la question énergétique est stratégique. Une électricité disponible, prévisible et compétitive réduit les coûts de production et améliore la capacité des entreprises à investir.

Le gouvernement veut ainsi faire de l’énergie un facteur d’attractivité pour les activités industrielles plutôt qu’une contrainte pour les investisseurs.

Un marché régional pour sécuriser l’approvisionnement

La réforme ne s’arrête pas aux frontières nationales.

Le Togo veut également renforcer les échanges sur le marché régional de l’électricité, afin de diversifier ses sources d’approvisionnement et d’améliorer la sécurité énergétique. Le raccordement progressif des réseaux isolés au réseau national figure également parmi les orientations retenues.

Le Pacte national de l’énergie du Togo, élaboré dans le cadre de l’initiative Mission 300, mise justement sur une intégration régionale accrue, le développement des énergies renouvelables et une plus grande participation du secteur privé.

Cette dimension régionale est importante dans un contexte où les pays ouest-africains cherchent à développer davantage leurs interconnexions électriques et à mutualiser leurs capacités de production.

3 milliards de dollars à mobiliser

La réforme intervient alors que Lomé cherche déjà à mobiliser des montants importants pour transformer son système énergétique.

Le Pacte national de l’énergie prévoit environ 3 milliards de dollars d’investissements sur cinq ans, dont 1,68 milliard de dollars attendus du secteur privé. Plus de la moitié des investissements doit être consacrée à la production d’électricité.

Le gouvernement entend notamment réhabiliter et développer les infrastructures de production, de transport et de distribution, tout en accélérant le déploiement des énergies renouvelables.

La Banque mondiale souligne elle aussi la nécessité de renforcer la participation privée et la viabilité financière du secteur togolais. En décembre 2025, elle avait approuvé une opération de 150 millions de dollars destinée notamment à soutenir des réformes structurelles et à créer un environnement plus favorable à l’investissement privé. La réforme de la gouvernance de la Compagnie énergie électrique du Togo (CEET) faisait partie des mesures retenues.

La demande électrique augmente rapidement

Cette transformation répond aussi à une pression croissante sur le système.

Selon la Banque mondiale, la demande de pointe au Togo était estimée à environ 360 MW au premier trimestre 2026, avec une progression d’environ 10 % par an. Un projet de centrale thermique de 120 MW est notamment envisagé à Lomé pour renforcer les capacités pilotables du réseau.

Cette hausse est directement liée au développement de l’activité économique, mais également à l’électrification progressive du pays.

Le défi consiste donc à augmenter les capacités de production tout en maintenant des coûts compatibles avec les besoins des ménages et des entreprises.

Les compteurs intelligents et la cybersécurité arrivent

La modernisation sera également numérique.

Le projet de loi prévoit le déploiement progressif de compteurs intelligents et intègre des exigences de cybersécurité pour les réseaux électriques.

Ces dispositifs doivent notamment permettre une meilleure gestion de la consommation et contribuer à améliorer la relation entre opérateurs et consommateurs.

La réforme prévoit parallèlement une meilleure protection des usagers, alors que la fiabilité et la continuité du service restent des éléments déterminants pour l’économie.

Un enjeu pour l’industrialisation

Le choix du gouvernement togolais est cohérent avec une stratégie plus large de mobilisation du secteur privé.

La Banque mondiale estime que les réformes énergétiques font partie des leviers susceptibles d’améliorer l’environnement des affaires au Togo. Elle souligne notamment que la restructuration du secteur énergétique doit permettre d’assurer un accès plus fiable et durable à l’électricité, tout en favorisant les investissements privés.

L’enjeu est donc double : produire davantage d’électricité et créer les conditions économiques permettant au secteur de financer durablement cette expansion.

Car construire des centrales et des réseaux ne suffit pas. Encore faut-il disposer d’un cadre réglementaire clair, d’opérateurs viables financièrement et de règles suffisamment prévisibles pour rassurer les investisseurs.

Lomé veut transformer l’électricité en avantage compétitif

Le Togo cherche ainsi à changer progressivement la place de l’électricité dans son économie.

D’une infrastructure essentiellement destinée à alimenter les ménages, le secteur doit devenir un véritable levier de compétitivité industrielle, d’investissement et d’intégration régionale.

Le pari est important : attirer les capitaux privés tout en garantissant un service abordable, fiable et accessible.

Pour Lomé, la prochaine bataille énergétique ne se jouera donc pas seulement dans les centrales électriques. Elle se jouera aussi dans les contrats, les réseaux, les investissements et la capacité du pays à transformer chaque kilowatt supplémentaire en activité économique.

La Rédaction

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