Mali-Libye : Le pari du tourisme et de l’artisanat pour transformer le patrimoine culturel en moteur économique.
En marge de la 12ᵉ Conférence des ministres de l’Organisation pour le Développement et la Promotion de l’Artisanat Africain (ODEPA), tenue à Bamako, le Mali et la Libye ont affiché leur ambition de renforcer leur coopération dans le tourisme, les industries traditionnelles et les métiers artisanaux. Derrière cette volonté politique se dessine un enjeu économique majeur : faire du patrimoine culturel un véritable secteur créateur de valeur, d’emplois et d’opportunités commerciales.
Bamako, carrefour africain de la réflexion sur l’artisanat
La capitale malienne a accueilli, du 2 au 4 juillet 2026, la 12ᵉ Conférence des ministres chargés de l’Artisanat des pays membres de l’ODEPA. Cette rencontre continentale a réuni des délégations de plusieurs États africains autour d’une question centrale : comment repositionner l’artisanat dans les stratégies nationales de développement ?
Les travaux ont rassemblé notamment des représentants du Mali, de la Libye, du Congo, du Bénin, du Burkina Faso, du Niger, de la Mauritanie, de Madagascar et de la République centrafricaine. Les participants ont examiné des pistes destinées à renforcer la compétitivité du secteur, améliorer l’accompagnement des artisans et mieux valoriser les savoir-faire africains.
Pour les autorités maliennes, cette conférence représente une opportunité de replacer l’artisanat au cœur des politiques économiques, au-delà de sa seule dimension culturelle.
Mali-Libye : une nouvelle dynamique autour du tourisme et des savoir-faire traditionnels
En marge de cette rencontre, les responsables maliens et libyens ont engagé des discussions sur le renforcement de leur coopération dans les domaines du tourisme et des industries traditionnelles.
Le ministre libyen du Tourisme et de l’Artisanat, Nassereddine Milad Al-Fazzani, et son homologue malien chargé de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé, ont évoqué les possibilités d’approfondir les échanges, notamment à travers le partage d’expériences et le développement de mécanismes communs de coopération.
Les discussions portent notamment sur :
- la promotion du tourisme culturel ;
- l’échange d’expertise dans l’artisanat ;
- la valorisation des produits traditionnels ;
- la transmission des savoir-faire entre générations.
Cette orientation traduit une volonté de rapprocher deux pays disposant d’un patrimoine historique riche mais confrontés à la nécessité de mieux convertir ce patrimoine en opportunités économiques.
L’artisanat africain : un secteur économique longtemps sous-estimé
Pendant longtemps, l’artisanat a été considéré comme un secteur essentiellement culturel ou social.
Cette perception évolue progressivement.
Aujourd’hui, de nombreux pays africains considèrent les métiers artisanaux comme un véritable levier économique capable de contribuer :
- à la création d’emplois ;
- au développement des petites entreprises ;
- à l’autonomisation des jeunes et des femmes ;
- à la diversification des économies nationales.
L’ODEPA elle-même inscrit ses travaux dans cette logique de repositionnement stratégique de l’artisanat comme secteur contribuant au développement économique des États membres.
Au Mali, ce potentiel est particulièrement important.
Le pays possède une longue tradition artisanale dans plusieurs domaines :
- le textile traditionnel ;
- la maroquinerie ;
- la bijouterie ;
- la sculpture ;
- la poterie ;
- les objets d’art et de décoration.
Ces filières représentent une source de revenus pour de nombreuses communautés, mais restent confrontées à plusieurs défis : accès limité au financement, faible structuration commerciale, difficultés d’exportation et concurrence des produits industriels importés.
Le tourisme culturel, un marché à reconstruire
Le rapprochement avec la Libye ouvre également une réflexion autour du tourisme culturel.
Le Mali dispose d’un patrimoine mondialement reconnu, notamment à travers des villes historiques comme Tombouctou ou Djenné, ainsi que des traditions culturelles issues de plusieurs siècles d’histoire.
La Libye possède également un héritage historique majeur, marqué par des sites antiques, des traditions artisanales et une position géographique stratégique entre Afrique du Nord et Afrique subsaharienne.
Une coopération renforcée pourrait favoriser :
- des circuits touristiques conjoints ;
- des échanges entre professionnels du secteur ;
- la promotion croisée des destinations ;
- des programmes de formation.
Dans un contexte où plusieurs pays africains cherchent à développer davantage le tourisme intra-africain, ces partenariats peuvent constituer une nouvelle source de croissance.
Au-delà des déclarations, l’enjeu sera économique
Si les annonces politiques constituent un signal positif, leur impact dépendra désormais de leur traduction en projets concrets.
Pour produire des résultats économiques, la coopération Mali-Libye devra passer par des actions structurantes :
- accords entre chambres de métiers ;
- programmes de formation professionnelle ;
- création de plateformes commerciales ;
- participation commune à des foires et salons ;
- accompagnement financier des artisans.
Sans ces outils, les partenariats risquent de rester limités à des échanges institutionnels.
L’objectif est donc clair : transformer les savoir-faire traditionnels en chaînes de valeur capables de générer des revenus.
Une stratégie de diversification économique pour le Mali
Pour le Mali, la mise en avant du tourisme et de l’artisanat intervient dans une logique plus large de diversification économique.
L’économie malienne repose encore fortement sur quelques secteurs majeurs, notamment l’or et l’agriculture. Le développement des industries culturelles pourrait offrir un nouveau relais de croissance, particulièrement pour les petites entreprises et les acteurs locaux.
L’artisanat présente un avantage particulier : il mobilise une main-d’œuvre importante, nécessite moins de capitaux lourds que certains secteurs industriels et s’appuie sur des ressources culturelles déjà existantes.
Bien organisé, il peut devenir un secteur d’exportation, notamment vers les marchés africains et internationaux.
La culture comme nouvel actif économique africain
Le rapprochement entre Bamako et Tripoli illustre une évolution plus large sur le continent : la culture n’est plus seulement perçue comme un héritage à préserver, mais comme un actif économique à développer.
L’Afrique possède une richesse culturelle considérable, mais le défi consiste désormais à créer les infrastructures économiques capables de transformer cette richesse en valeur.
Pour le Mali et la Libye, la prochaine étape sera donc de passer du symbole à l’investissement, de la coopération diplomatique à la création d’opportunités concrètes pour les artisans, les entrepreneurs culturels et les acteurs du tourisme.
Car derrière les objets fabriqués à la main, les traditions transmises et les sites historiques se trouve une véritable question économique : comment faire du patrimoine africain non seulement une mémoire du passé, mais aussi une source de prospérité pour les générations futures ?
La Rédaction



