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Sénégal : Le riz local cherche son marché, l’État vole au secours des producteurs face à l’urgence des stocks invendus.

Après la mobilisation des riziculteurs de Ross-Béthio, le gouvernement sénégalais déploie un nouveau dispositif pour accélérer l’écoulement de la production nationale. Entre subvention, engagement des commerçants et fixation d’un prix de référence, Dakar tente de résoudre une équation devenue stratégique : produire plus, mais surtout vendre mieux.


La crise des stocks met la filière rizicole sous pression

Dans la vallée du fleuve Sénégal, l’un des principaux poumons agricoles du pays, l’inquiétude grandit depuis plusieurs mois chez les producteurs de riz.

Malgré les efforts consentis pour augmenter la production nationale, une partie importante des récoltes peine à trouver preneur. Les stocks s’accumulent dans les rizeries, immobilisant des ressources financières indispensables au financement des prochaines campagnes agricoles.

C’est ce blocage commercial qui a poussé les producteurs à descendre dans la rue à Ross-Béthio, dans la région de Saint-Louis. À travers cette mobilisation, les acteurs de la filière ont alerté sur une situation devenue préoccupante : un riz produit localement disponible, mais difficile à écouler sur le marché.

Pour les producteurs, le problème n’est plus seulement agricole. Il est devenu économique.

Un stock invendu signifie une trésorerie bloquée, des crédits difficiles à rembourser et des moyens limités pour préparer les prochaines campagnes.


Le paradoxe du riz sénégalais, produire davantage sans réussir à vendre

Depuis plusieurs années, le Sénégal fait de l’autosuffisance alimentaire une priorité stratégique.

La vallée du fleuve Sénégal concentre une grande partie des investissements publics destinés au développement de la riziculture irriguée. L’objectif est clair : réduire la dépendance du pays aux importations et renforcer la souveraineté alimentaire.

Mais l’augmentation de la production a révélé une autre réalité : la bataille ne se joue plus uniquement dans les champs.

Elle se joue désormais dans les circuits de commercialisation.

Produire du riz ne suffit pas. Il faut également :

  • organiser la collecte ;
  • garantir un accès au marché ;
  • assurer la compétitivité du riz local face au riz importé ;
  • développer une distribution efficace jusque dans les zones urbaines.

C’est précisément cette étape qui reste aujourd’hui le principal défi de la filière.


Ross-Béthio, le signal d’alerte envoyé par les producteurs

La manifestation organisée à Ross-Béthio a servi de révélateur.

Les producteurs réunis autour des organisations professionnelles de la filière ont dénoncé la mévente de leur production et demandé une intervention rapide des autorités.

Selon les acteurs de la filière, l’absence d’un mécanisme efficace d’écoulement menace l’équilibre économique de toute la chaîne : producteurs, transformateurs, transporteurs et commerçants.

Le Comité interprofessionnel du riz (CIRIZ) a notamment appelé l’État à prendre des mesures urgentes pour éviter que les difficultés actuelles ne perturbent la prochaine campagne agricole.

Le message envoyé aux autorités est simple : une agriculture performante a besoin d’un marché capable d’absorber sa production.


Le gouvernement déploie un plan pour débloquer la commercialisation

Face à la pression des producteurs, le gouvernement sénégalais a annoncé une série de mesures destinées à accélérer la vente du riz local.

Le dispositif repose notamment sur un accord entre l’État et les commerçants afin d’organiser l’achat et la distribution des stocks disponibles.

Parmi les principales mesures annoncées figurent :

  • un engagement des commerçants sur les volumes de riz local à acheter ;
  • la fixation d’un prix de référence de 280 FCFA par kilogramme ;
  • une subvention publique de 50 FCFA par kilogramme accordée aux riziers afin d’améliorer leur compétitivité ;
  • un mécanisme visant à renforcer la présence du riz local dans les circuits commerciaux.

À travers ce dispositif, Dakar veut rapprocher deux maillons essentiels de la chaîne : les producteurs qui cherchent à vendre et les consommateurs qui doivent pouvoir accéder davantage au riz national.


Une intervention qui coûte, mais qui répond à un enjeu stratégique

Le soutien public à la filière rizicole représente un effort budgétaire pour l’État.

Mais pour les autorités, l’enjeu dépasse la simple gestion d’un stock temporairement invendu.

Le riz est un produit stratégique dans l’alimentation sénégalaise. La dépendance aux importations expose le pays aux fluctuations des marchés internationaux, aux coûts du transport maritime et aux crises d’approvisionnement.

Soutenir la production locale revient donc à investir dans une forme de sécurité économique.

Toutefois, les subventions ne peuvent constituer qu’une réponse temporaire.

À long terme, la filière devra renforcer sa compétitivité par :

  • une meilleure organisation des producteurs ;
  • une amélioration de la qualité du riz local ;
  • une modernisation des unités de transformation ;
  • une stratégie commerciale plus offensive.

Le vrai défi, passer de la souveraineté alimentaire à la souveraineté commerciale

Le cas du riz sénégalais illustre une difficulté rencontrée par plusieurs pays africains : réussir à produire localement sans dépendre durablement du soutien public pour vendre.

Pendant longtemps, l’objectif principal était d’augmenter les volumes de production.

Aujourd’hui, une nouvelle étape commence : créer un véritable marché pour cette production.

Le consommateur sénégalais doit être convaincu que le riz local peut rivaliser en qualité, en disponibilité et en prix avec les produits importés.

Car une agriculture souveraine n’est pas seulement une agriculture qui remplit les silos. C’est une agriculture capable de générer des revenus durables pour ceux qui la font vivre.


L’intervention du gouvernement sénégalais apporte une réponse immédiate à une urgence économique : permettre aux producteurs d’écouler leurs stocks et préparer la prochaine campagne.

Mais derrière cette crise du riz se cache une question plus profonde : un pays peut-il atteindre la souveraineté alimentaire sans construire une véritable économie autour de ses producteurs ?

Pour le Sénégal, la prochaine bataille ne sera peut-être plus seulement celle des hectares cultivés, mais celle des marchés conquis. Car dans l’agriculture moderne, la récolte la plus difficile reste souvent celle qui transforme une production en prospérité.

La Rédaction

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