Commerce Afrique-Chine : Pourquoi la CEMAC affiche-t-elle une meilleure résilience que l’UEMOA face à l’influence commerciale chinoise ?
Quatre pays de la CEMAC affichent un excédent commercial avec Pékin contre un seul dans l’UEMOA. Derrière cette différence, une réalité économique : les pays riches en hydrocarbures et minerais exportent davantage vers la Chine, tandis que l’Afrique de l’Ouest reste fortement dépendante des importations de produits manufacturés chinois.
La Chine est devenue en quelques décennies un partenaire commercial incontournable de l’Afrique. Premier partenaire commercial du continent depuis plusieurs années, Pékin représente à la fois un immense marché pour les exportations africaines et une source majeure d’approvisionnement en équipements, machines et biens de consommation.
Mais derrière cette relation commerciale se cache une réalité contrastée selon les régions.
En Afrique centrale, plusieurs pays parviennent à vendre davantage à la Chine qu’ils n’achètent auprès d’elle. Dans l’espace de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), quatre pays affichent un solde commercial excédentaire grâce principalement à leurs exportations de matières premières.
À l’inverse, dans l’espace de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), un seul pays réussit à maintenir un excédent commercial avec Pékin, révélant une dépendance plus importante aux importations chinoises.
Cette différence illustre un défi majeur pour les économies africaines : transformer leurs ressources naturelles en véritable puissance industrielle.
La CEMAC profite de son avantage pétrolier et minier
La meilleure performance commerciale de plusieurs pays d’Afrique centrale s’explique d’abord par leur profil économique.
La CEMAC regroupe six États :
- Cameroun ;
- République centrafricaine ;
- République du Congo ;
- Gabon ;
- Guinée équatoriale ;
- Tchad.
Plusieurs de ces pays disposent de ressources naturelles fortement recherchées par l’industrie chinoise.
Le pétrole constitue le principal moteur de cette relation commerciale. La Chine, premier importateur mondial d’hydrocarbures, achète d’importantes quantités de pétrole brut auprès de producteurs africains.
Le Congo, le Gabon et la Guinée équatoriale figurent parmi les pays qui bénéficient de cette demande énergétique.
À cela s’ajoutent d’autres ressources exportées vers la Chine :
- bois ;
- minerais ;
- produits agricoles ;
- matières premières industrielles.
Cette spécialisation permet à plusieurs économies d’Afrique centrale d’obtenir des recettes d’exportation importantes et de compenser leurs achats de produits chinois.
L’UEMOA face au poids des importations chinoises
La situation est différente en Afrique de l’Ouest.
L’UEMOA rassemble huit pays :
- Bénin ;
- Burkina Faso ;
- Côte d’Ivoire ;
- Guinée-Bissau ;
- Mali ;
- Niger ;
- Sénégal ;
- Togo.
Ces économies entretiennent également des relations commerciales importantes avec la Chine, mais leur modèle d’échanges reste largement déséquilibré.
Les importations en provenance de Chine concernent principalement :
- équipements industriels ;
- machines ;
- véhicules ;
- produits électroniques ;
- textiles ;
- biens de consommation.
À l’inverse, les exportations ouest-africaines vers la Chine restent concentrées sur quelques produits primaires.
La Côte d’Ivoire exporte notamment du cacao et des produits agricoles transformés ou semi-transformés. Le Mali et le Burkina Faso disposent d’un potentiel minier important, notamment dans l’or, mais la transformation locale reste encore limitée.
Cette situation réduit la capacité de plusieurs pays de l’Union à équilibrer leurs échanges avec Pékin.
Une relation commerciale encore dominée par les matières premières
Le commerce Afrique-Chine repose encore largement sur un modèle classique :
L’Afrique vend principalement des ressources naturelles.
La Chine vend principalement des produits manufacturés.
Ce déséquilibre explique pourquoi les pays disposant d’importantes ressources énergétiques ou minières affichent plus facilement un excédent commercial.
Mais cet avantage comporte également une fragilité.
Lorsque les prix du pétrole, du gaz ou des minerais baissent sur les marchés internationaux, les recettes d’exportation peuvent rapidement diminuer.
L’excédent commercial ne garantit donc pas automatiquement un développement durable.
La véritable question devient celle de la transformation économique.
La bataille de la valeur ajoutée
Pour les économies africaines, l’enjeu n’est plus seulement d’exporter davantage vers la Chine.
Il s’agit surtout d’exporter des produits ayant davantage de valeur ajoutée.
Un pays qui exporte du cacao brut gagne moins qu’un pays qui exporte du chocolat transformé.
Une économie qui vend du minerai brut génère moins de richesse qu’une industrie capable de transformer ce minerai localement.
Cette problématique concerne particulièrement les pays de l’UEMOA qui cherchent à renforcer leur industrialisation.
La transformation locale permettrait de réduire les déficits commerciaux tout en créant davantage d’emplois.
Pékin veut renforcer ses échanges avec l’Afrique
De son côté, la Chine cherche également à approfondir ses relations commerciales avec le continent africain.
Pékin a multiplié ces dernières années les initiatives visant à faciliter l’accès des produits africains à son marché.
L’objectif affiché est de réduire progressivement le déséquilibre commercial en encourageant davantage d’importations africaines.
Mais les économistes soulignent que l’accès au marché chinois ne suffit pas.
Encore faut-il que les pays africains disposent d’une offre compétitive, de capacités industrielles suffisantes et d’infrastructures adaptées.
Le défi commun de la CEMAC et de l’UEMOA
La comparaison entre les deux régions révèle une même réalité : l’Afrique dispose d’atouts considérables, mais doit encore renforcer sa capacité de transformation.
La CEMAC bénéficie d’un avantage lié aux ressources naturelles, mais doit éviter une dépendance excessive aux hydrocarbures et aux minerais.
L’UEMOA possède un potentiel agricole, minier et humain important, mais doit accélérer son industrialisation pour mieux profiter du commerce mondial.
Dans les deux cas, le défi est identique : passer d’une économie d’exportation de matières premières à une économie de production.
Derrière les chiffres commerciaux, la question de la souveraineté économique
Les balances commerciales avec la Chine racontent une histoire plus profonde.
Elles ne mesurent pas seulement les exportations et les importations. Elles révèlent la place occupée par chaque région dans l’économie mondiale.
Aujourd’hui, certains pays africains vendent leurs ressources pour acheter les produits transformés dont ils ont besoin.
Demain, l’objectif sera de produire davantage sur le continent et d’exporter des biens à plus forte valeur ajoutée.
Car le véritable avantage économique ne sera pas seulement d’avoir quelque chose à vendre à la Chine. Il sera de savoir quoi vendre, comment le transformer et combien de richesse conserver sur place.
La Rédaction



