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Sénégal : La LFR 2026 toujours absente des bancs de l’Assemblée nationale.

Le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, affirme que le Parlement n’a jamais reçu officiellement un projet complet de loi de finances rectificative pour 2026. Une situation qui intervient alors que le gouvernement doit réviser son cadre budgétaire dans le contexte du redressement des finances publiques et de l’accord technique conclu avec le FMI.

Un texte qui n’est toujours pas officiellement enregistré

La loi de finances rectificative (LFR) 2026 devait permettre au Sénégal d’actualiser son budget en fonction de l’évolution de la situation économique et financière du pays. Mais, au 18 septembre, le texte n’a toujours pas été régulièrement réceptionné par l’Assemblée nationale.

À l’ouverture de la troisième session extraordinaire de l’année, vendredi 18 septembre, le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, a apporté une clarification sur ce dossier qui suscite depuis plusieurs semaines des interrogations.

Selon lui, l’institution parlementaire n’a jamais été officiellement saisie d’un projet complet de LFR 2026. Il a ainsi contesté l’idée selon laquelle l’Assemblée aurait empêché ou retardé volontairement l’examen du collectif budgétaire.

Cette mise au point renvoie à un premier épisode intervenu dès le mois de juin.

Le dossier de juin ne contenait pas le projet de loi

Le 29 juin 2026, les services législatifs de l’Assemblée nationale avaient reçu un courrier du Secrétariat général du Gouvernement transmettant le décret présidentiel ordonnant la présentation du projet de LFR.

Mais, selon les explications données par l’Assemblée nationale, le courrier n’était pas accompagné du texte du projet de loi lui-même. Les services parlementaires avaient donc retourné le dossier au Secrétariat général du Gouvernement afin qu’il soit complété avant son inscription et sa numérotation au rôle général.

À la date du communiqué parlementaire du 16 juillet, l’Assemblée indiquait ne pas avoir reçu de nouveau dossier complet.

Le point est essentiel sur le plan institutionnel : transmettre un décret autorisant la présentation d’un projet de loi ne revient pas à transmettre le projet de loi lui-même. Sans texte formellement reçu, les députés ne peuvent pas engager la procédure normale d’examen parlementaire.

Une échéance gouvernementale désormais dépassée

La question prend une nouvelle dimension après les instructions données par le gouvernement en septembre.

Lors du Conseil des ministres du 2 septembre, le Premier ministre avait demandé au ministre chargé des Finances de veiller au dépôt, dans les meilleurs délais, de la LFR 2026 à l’Assemblée nationale, en tenant compte de l’accord technique conclu avec les services du Fonds monétaire international. Le même Conseil des ministres avait fixé au 30 septembre la finalisation et l’examen en Conseil des ministres du projet de loi de finances initiale pour 2027.

Des instructions plus récentes ont ensuite fixé au 15 septembre l’échéance de dépôt du collectif budgétaire. Au 18 septembre, soit trois jours après cette échéance, l’Assemblée affirme toujours ne pas avoir reçu le texte complet.

Cette différence entre l’instruction de dépôt et la réception effective du projet constitue désormais l’un des principaux points de tension autour du dossier.

Une LFR attendue dans un contexte de redressement budgétaire

Au-delà de la procédure parlementaire, l’enjeu est d’abord économique.

Le Sénégal cherche actuellement à réviser son cadre de finances publiques après la révélation de déséquilibres budgétaires et l’engagement d’un processus de redressement avec ses partenaires financiers.

Le 1er septembre, le FMI avait annoncé un accord au niveau des services avec les autorités sénégalaises sur les principales politiques économiques susceptibles de soutenir un nouvel accord de 36 mois au titre de la Facilité élargie de crédit. Le programme envisagé représente environ 2,2 milliards de dollars, soit 1 537,1 millions de DTS, sous réserve de l’approbation du Conseil d’administration du Fonds.

Le programme vise notamment à rétablir la stabilité macroéconomique et la viabilité de la dette, réduire les vulnérabilités budgétaires et extérieures, renforcer les finances publiques et améliorer la transparence budgétaire.

Dans ce contexte, la LFR doit notamment permettre d’actualiser les prévisions de recettes et de dépenses et d’intégrer les nouveaux paramètres issus du processus de réajustement des comptes publics.

Le Parlement poursuit ses travaux sur d’autres textes

L’absence de la LFR ne signifie toutefois pas que l’Assemblée nationale est à l’arrêt.

La troisième session extraordinaire ouverte le 18 septembre comprend plusieurs autres dossiers. Les députés doivent notamment examiner un texte portant sur la carte d’identité biométrique de la CEDEAO, une proposition de modification du Code pétrolier, une proposition de loi organique relative aux lois de finances ainsi qu’un texte sur la santé en milieu carcéral.

Le rapport d’une mission d’information parlementaire consacrée à la commercialisation des produits de la marque Softcare figure également au programme.

La LFR 2026 reste donc un dossier distinct, dont l’examen dépend d’abord de la transmission régulière du texte au Parlement.

Le prochain enjeu, remettre le calendrier budgétaire sur les rails

La séquence intervient à un moment particulièrement sensible pour les finances publiques sénégalaises. Le gouvernement doit à la fois actualiser le budget 2026, mettre en œuvre les mesures liées au programme économique et financier négocié avec le FMI et préparer le budget 2027.

L’enjeu dépasse ainsi la polémique institutionnelle. Pour les acteurs économiques, le véritable indicateur sera désormais la capacité des autorités à rétablir un calendrier budgétaire clair, à publier les documents nécessaires et à donner de la visibilité sur les recettes, les dépenses, la dette et les priorités d’investissement.

Au Sénégal, la LFR 2026 n’est donc pas seulement un texte attendu par les députés. Elle constitue l’un des prochains tests de la capacité de l’État à transformer les annonces de redressement budgétaire en cadre financier lisible, contrôlable et opérationnel.

La Rédaction

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