Burkina Faso : 840 milliards FCFA pour transformer l’agriculture et faire de l’offensive agropastorale un moteur de croissance.
Après une première phase jugée concluante, le Burkina Faso passe à la vitesse supérieure dans sa stratégie de souveraineté alimentaire. Le gouvernement a annoncé un investissement de près de 840 milliards de FCFA pour financer la deuxième phase de l’Offensive agropastorale, hydraulique et halieutique (OAPH), couvrant la période 2026-2028.
Le Burkina Faso veut faire de l’agriculture un pilier central de sa transformation économique. Réuni en Conseil des ministres le jeudi 30 juillet 2026, le gouvernement a adopté la deuxième phase de l’Offensive agropastorale, hydraulique et halieutique (OAPH), avec une enveloppe globale de 839,99 milliards de FCFA.
Ce financement, annoncé comme entièrement couvert par les ressources propres de l’État, marque une nouvelle étape dans la politique agricole engagée par les autorités burkinabè depuis 2023.
L’objectif affiché est clair : renforcer la capacité productive nationale, améliorer la sécurité alimentaire et faire du secteur rural un véritable moteur de création de richesses et d’emplois.
Une deuxième phase plus ambitieuse après des résultats jugés historiques
La nouvelle phase de l’OAPH intervient après un premier cycle couvrant la période 2023-2025, dont le gouvernement dresse un bilan positif.
Selon les données présentées en Conseil des ministres, cette première étape avait bénéficié d’un financement de 273,99 milliards de FCFA et permis d’obtenir plusieurs résultats importants.
La production céréalière aurait dépassé 7 millions de tonnes, permettant au pays d’atteindre un taux de couverture des besoins alimentaires de 124 %.
Dans le détail, plusieurs filières ont enregistré des performances supérieures aux objectifs initiaux :
- la production de riz a atteint 1 000 737 tonnes, soit 101 % de la cible fixée ;
- le maïs a atteint 2 686 531 tonnes, représentant 134 % de l’objectif prévu ;
- la production de pommes de terre s’est établie à 51 818 tonnes ;
- la production halieutique a atteint 58 476 tonnes de poisson.
Ces résultats constituent, selon les autorités, une avancée significative dans la stratégie visant à réduire la vulnérabilité alimentaire du pays.
L’agriculture au cœur de la bataille pour la souveraineté alimentaire
Avec la deuxième phase de l’OAPH, le gouvernement entend franchir un nouveau cap.
Le programme prévoit de concentrer les investissements sur plusieurs chaînes de valeur considérées comme stratégiques pour l’économie nationale.
Huit filières prioritaires ont été retenues :
- le riz ;
- le lait ;
- le soja ;
- le sésame ;
- l’arachide ;
- le blé ;
- le manioc ;
- le karité.
À ces filières s’ajoutent six secteurs à consolider :
- le maïs ;
- la pomme de terre ;
- la mangue ;
- le bétail-viande ;
- le poisson ;
- la volaille.
Le programme prévoit également d’accompagner des filières émergentes comme la banane plantain, le tournesol, l’ananas, le lapin, le palmier à huile et le cacao.
Cette diversification vise à réduire la dépendance à quelques cultures traditionnelles et à créer de nouvelles sources de revenus pour les producteurs.
L’eau et l’élevage, nouveaux leviers de production
Comme son nom l’indique, l’Offensive agropastorale, hydraulique et halieutique ne se limite pas à l’agriculture.
La question de l’accès à l’eau occupe une place centrale dans cette stratégie.
Dans un pays confronté aux effets du changement climatique et à une forte variabilité des précipitations, le développement des infrastructures hydrauliques constitue un enjeu majeur pour sécuriser les productions agricoles.
Le volet élevage bénéficie également d’une attention particulière.
Au cours de la première phase, le gouvernement affirme avoir distribué 30 631 kits de noyaux reproducteurs de petits ruminants et aménagé 25 062 hectares de zones pastorales modernes.
Ces actions visent à améliorer la productivité animale, renforcer les revenus des éleveurs et mieux organiser la gestion des espaces pastoraux.
Plus de 91 000 emplois générés lors de la première phase
Au-delà des volumes de production, le gouvernement met également en avant l’impact social du programme.
La première phase de l’OAPH aurait permis de générer 91 027 emplois, dont :
- 26 202 emplois permanents ;
- 32 009 emplois pour les femmes ;
- 4 724 emplois pour les personnes déplacées internes (PDI) ;
- 289 emplois pour les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP).
Pour la période 2026-2028, l’ambition est encore plus élevée avec un objectif de 125 000 nouveaux emplois.
Cette dimension sociale place l’agriculture au-delà de son rôle traditionnel de production alimentaire : elle devient un outil de lutte contre le chômage et de stabilisation économique des territoires ruraux.
Un pari économique pour accélérer la croissance rurale
Le gouvernement estime que la première phase du programme a contribué à une croissance annuelle moyenne de 12,13 % du PIB agricole entre 2023 et 2025.
Les revenus des ménages ruraux auraient également progressé de 4,3 % sur la même période.
Avec près de 840 milliards de FCFA d’investissement supplémentaire, la deuxième phase vise à amplifier cette dynamique.
L’enjeu économique est majeur : le secteur agricole représente une part importante de l’économie burkinabè et constitue la principale source de revenus pour une grande partie de la population active.
Une agriculture plus productive pourrait stimuler plusieurs secteurs connexes :
- l’agro-industrie ;
- le transport ;
- le commerce ;
- la transformation alimentaire ;
- les services financiers ruraux.
Un financement national qui traduit une nouvelle orientation économique
Le choix d’un financement assuré par les ressources internes de l’État constitue également un élément important de cette annonce.
Dans un contexte régional marqué par des contraintes budgétaires et un accès plus difficile aux financements internationaux, le Burkina Faso affiche une volonté de renforcer son autonomie financière.
Cette orientation rejoint la stratégie globale portée par les autorités à travers le Plan RELANCE 2026-2030, qui mise sur la mobilisation des ressources nationales et le développement des secteurs productifs.
Le défi, transformer les investissements en résultats durables
Si les ambitions affichées sont importantes, le succès de cette deuxième phase dépendra de plusieurs facteurs : la capacité d’exécution des projets, la qualité des infrastructures, l’accès des producteurs aux financements, ainsi que l’efficacité des mécanismes d’accompagnement.
Car produire davantage ne suffit pas. Il faudra également garantir la transformation, le stockage, la commercialisation et l’accès aux marchés.
Avec cette enveloppe de près de 840 milliards de FCFA, le Burkina Faso joue donc une partie importante de son avenir économique.
L’agriculture n’est plus seulement considérée comme un secteur de survie, mais comme un véritable instrument de souveraineté, d’emploi et de croissance.
Le défi sera désormais de transformer les milliards annoncés en récoltes, en revenus et en opportunités concrètes pour les millions de Burkinabè qui vivent du monde rural.
La Rédaction



