UEMOA : Le marché secondaire des titres publics bondit de plus de 60 % en 2026, un signal fort pour le financement des États.
Les investisseurs reviennent en force sur la dette souveraine régionale
Le marché secondaire des titres publics de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) connaît un regain d’activité remarquable. Depuis le début de l’année 2026, les volumes de titres échangés ont progressé de plus de 60 % par rapport à la même période de 2025, traduisant une amélioration sensible de la liquidité du marché régional.
Cette dynamique a été mise en avant lors de la 8ᵉ édition des Rencontres du Marché des Titres Publics (REMTP), organisée par UMOA-Titres et la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Elle intervient alors que les États de l’Union prévoient de mobiliser un niveau record de financements sur le marché régional afin de soutenir leurs budgets et leurs investissements.
Au-delà de la progression des volumes, cette évolution reflète une confiance accrue des investisseurs dans les obligations souveraines de l’espace UEMOA.
Un marché secondaire devenu plus dynamique
Contrairement au marché primaire, où les États émettent directement leurs obligations pour emprunter, le marché secondaire permet aux investisseurs d’acheter et de revendre ces titres entre eux après leur émission.
Son développement est essentiel, car il offre davantage de liquidité aux investisseurs. Plus un marché secondaire est actif, plus il devient facile de céder rapidement un titre sans devoir attendre son échéance.
Selon les données présentées par UMOA-Titres, les transactions cumulées sur le marché secondaire dépassaient déjà 3 000 milliards de FCFA à la mi-mai 2026. Pour la seule semaine du 11 au 15 mai, près de 160 milliards de FCFA de titres ont changé de mains.
Cette progression de plus de 60 % par rapport à 2025 confirme que les investisseurs utilisent désormais beaucoup plus activement ce marché pour gérer leurs portefeuilles.
Une liquidité qui s’améliore nettement
L’un des indicateurs les plus révélateurs de cette évolution est le taux annuel de rotation de l’encours de la dette publique, qui mesure la fréquence à laquelle les titres sont échangés.
Selon le gouverneur de la BCEAO, Jean-Claude Kassi Brou, ce taux dépasse désormais 25 %, contre seulement 5 % en 2016.
En une décennie, le marché secondaire est ainsi devenu cinq fois plus liquide, signe d’une maturation progressive du marché régional des capitaux.
Cette évolution constitue une avancée majeure pour les investisseurs institutionnels, tels que les banques, compagnies d’assurance et fonds de pension, qui disposent désormais d’une plus grande flexibilité dans la gestion de leurs placements.
Pourquoi les échanges progressent-ils aussi rapidement ?
Plusieurs facteurs expliquent cette accélération.
D’abord, les États membres de l’UEMOA ont considérablement accru leurs émissions obligataires afin de financer leurs besoins budgétaires.
Ensuite, les réformes engagées par UMOA-Titres et la BCEAO ont renforcé l’organisation du marché, notamment à travers le développement du réseau des Spécialistes en Valeurs du Trésor (SVT), chargés d’animer les échanges et d’assurer une meilleure circulation des titres.
Par ailleurs, la montée en puissance des investisseurs institutionnels régionaux contribue également à soutenir les volumes de transactions.
Enfin, malgré un environnement international marqué par des taux d’intérêt élevés et une forte volatilité financière, les obligations souveraines de l’UEMOA continuent d’attirer les investisseurs en quête de rendements et de diversification.
Un levier stratégique pour le financement des États
L’amélioration du marché secondaire dépasse le simple cadre financier.
Un marché plus liquide permet généralement de réduire les coûts de financement des États, car les investisseurs sont davantage disposés à acheter des obligations qu’ils pourront revendre facilement si nécessaire.
Cette évolution revêt une importance particulière en 2026, année durant laquelle les huit États membres de l’Union ambitionnent de lever 12 700 milliards de FCFA sur le marché régional des titres publics.
Ces ressources serviront à financer des investissements dans les infrastructures, l’énergie, les transports, la santé, l’éducation et les programmes de développement économique.
Des défis encore présents
Malgré cette progression encourageante, les responsables du marché estiment que plusieurs défis demeurent.
Ils plaident notamment pour :
- un élargissement de la base des investisseurs ;
- une participation accrue des investisseurs internationaux ;
- une amélioration continue de la transparence des prix ;
- un renforcement de la profondeur du marché afin d’accompagner l’augmentation des besoins de financement des États.
L’objectif est de faire du marché régional des titres publics un véritable moteur du financement des économies de l’Union.
Une maturité croissante du marché régional
La progression de plus de 60 % des échanges sur le marché secondaire illustre la montée en puissance progressive des marchés financiers de l’UEMOA.
Au-delà des chiffres, cette évolution témoigne d’une confiance renforcée dans les instruments de dette régionaux et d’une meilleure capacité du marché à financer durablement les politiques publiques.
Dans un contexte où les États recherchent des ressources de plus en plus importantes pour accompagner leur développement, la vitalité du marché secondaire constitue un indicateur essentiel de la solidité financière de l’Union. Plus les investisseurs peuvent acheter et revendre facilement les titres publics, plus les États disposent d’un accès durable et compétitif au financement, condition indispensable pour soutenir la croissance économique de la région.
La Rédaction



