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Sénégal : Dakar vise un accord avec ses créanciers d’ici décembre pour desserrer l’étau de la dette.

Le Sénégal veut franchir une étape décisive dans le traitement de sa dette extérieure. Après une première réunion avec ses créanciers le 6 octobre, Dakar vise des accords de principe d’ici décembre 2026 avec les créanciers officiels et les détenteurs d’obligations. Une échéance ambitieuse, alors que le pays cherche à restaurer la soutenabilité de ses finances publiques et à retrouver des marges pour financer son économie.

Le Sénégal accélère les discussions autour de sa dette extérieure. Le gouvernement a présenté, le 6 octobre 2026, aux créanciers internationaux les grandes lignes de son Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS), avec l’appui du Fonds monétaire international (FMI).

L’objectif affiché est désormais précis : parvenir à des accords de principe avec les créanciers officiels et les détenteurs d’obligations d’ici décembre 2026, avant une mise en œuvre des accords envisagée au début de 2027.

Il s’agit toutefois d’un calendrier de négociation, et non d’un accord déjà acquis.

Une dette extérieure de près de 18 400 milliards FCFA

L’urgence financière est liée à l’ampleur de l’endettement extérieur du pays.

Selon les données présentées lors des discussions, la dette extérieure du Sénégal atteignait environ 18 394 milliards de FCFA à fin 2025, selon l’Agence de presse sénégalaise.

Cette situation découle notamment des déséquilibres budgétaires révélés par l’audit des finances publiques. Le gouvernement rappelle que le déficit budgétaire, qui atteignait 13,4 % du PIB en 2024, a été ramené à 6,4 % en 2025.

Dakar estime cependant nécessaire d’aller plus loin afin de réduire durablement le poids du service de la dette et de restaurer sa capacité à financer ses priorités.

Le Cadre commun du G20 comme dispositif de traitement

Le Sénégal a choisi de recourir au Cadre commun du G20, mais dans une version dite « renforcée ».

L’objectif est d’éviter que les discussions avec les différents groupes de créanciers ne se déroulent successivement, comme cela a notamment été le cas dans les restructurations de la dette du Ghana et de la Zambie.

Dakar veut au contraire mener des consultations parallèles avec les créanciers officiels et privés, tout en améliorant le partage d’informations entre les différentes parties.

Le gouvernement a officiellement lancé son PTDS le 1er septembre. Selon le ministère sénégalais des Finances, ce plan doit améliorer durablement le profil de la dette, ramener son service à un niveau soutenable et libérer progressivement des marges budgétaires pour les investissements prioritaires et les secteurs sociaux.

Les détenteurs d’obligations dans le jeu

Le secteur privé sera un acteur incontournable de la restructuration.

Selon Reuters, le groupe représentant une partie des détenteurs d’obligations sénégalaises déclarait détenir environ 2,2 milliards de dollars de valeur nominale, sur un encours obligataire total estimé à 5,2 milliards de dollars.

Dakar a également indiqué vouloir obtenir une contribution des détenteurs de Total Return Swaps (TRS), des instruments financiers adossés à des titres souverains sénégalais.

L’encours concerné est évalué à environ 1 000 milliards de FCFA, soit près de 1,72 milliard de dollars. Les contreparties identifiées comprennent First Abu Dhabi Bank, Africa Finance Corporation et Société Générale.

Le traitement de ces instruments constitue un dossier particulièrement sensible, leur intégration dans une restructuration souveraine étant encore peu courante.

La dette en francs CFA reste hors périmètre

Dakar entend parallèlement préserver le marché financier régional.

La dette libellée en franc CFA ne fait pas partie du périmètre du traitement, une décision que le gouvernement justifie notamment par le rôle essentiel du marché régional de l’UEMOA dans le financement de l’État et de l’économie sénégalaise.

Cette distinction est stratégique. Une restructuration mal calibrée pourrait fragiliser non seulement les finances publiques sénégalaises, mais également les conditions de financement sur le marché régional.

Le FMI au cœur du dispositif

Le FMI joue un rôle central dans cette nouvelle phase.

Le 1er septembre 2026, l’institution et les autorités sénégalaises sont parvenues à un accord au niveau des services pouvant soutenir un nouveau programme de 36 mois au titre de la Facilité élargie de crédit, pour une enveloppe d’environ 2,2 milliards de dollars.

Cet accord reste toutefois soumis à l’approbation du Conseil d’administration du FMI et à certaines conditions, notamment des mesures correctives et l’obtention des assurances de financement nécessaires.

Le futur programme doit notamment contribuer au rétablissement de la stabilité macroéconomique, à la soutenabilité de la dette et au renforcement de la gouvernance des finances publiques.

Libérer de l’espace pour l’économie

Derrière la restructuration se trouve un objectif plus large : retrouver de l’espace budgétaire.

Le gouvernement sénégalais veut réduire la pression du service de la dette afin de pouvoir réorienter progressivement davantage de ressources vers les infrastructures, les secteurs sociaux et le règlement des arriérés envers le secteur privé.

Selon le ministère des Finances, la réduction du service de la dette doit notamment contribuer à améliorer la liquidité des entreprises et à préserver leur capacité d’investissement et d’emploi.

Le contexte reste néanmoins difficile. Le ministère prévoit pour 2026 une croissance réelle de 2,7 %, après une progression de 6,7 % en 2025, année marquée par la montée en puissance de la production d’hydrocarbures.

Décembre, premier grand test

La prochaine étape sera donc déterminante.

Le Sénégal doit désormais convaincre simultanément ses créanciers officiels, ses obligataires et les autres créanciers concernés de parvenir à une solution permettant de réduire la pression sur les finances publiques sans déstabiliser le financement de l’économie.

Décembre 2026 apparaît ainsi comme un premier rendez-vous majeur pour Dakar. Le véritable succès ne sera pas simplement de signer des accords, mais de transformer la restructuration de la dette en marges financières nouvelles pour l’investissement, les entreprises et les ménages. Pour le Sénégal, l’enjeu est désormais de faire de la gestion de la dette non plus un problème à repousser, mais un levier pour retrouver de l’oxygène économique.

La Rédaction

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