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Sénégal : Al Aminou Lô face à l’équation économique la plus délicate de son mandat.

Dette, FMI, pouvoir d’achat et transformation économique : nommé Premier ministre en mai, Ahmadou Al Aminou Lô présente ce mardi 8 septembre sa Déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale. Un discours qui intervient à un moment où le Sénégal doit réconcilier ambition de transformation et impératif de redressement des finances publiques.

À 10 heures ce mardi 8 septembre, l’Assemblée nationale sénégalaise sera au centre de l’attention économique et politique du pays. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô doit y présenter sa Déclaration de politique générale (DPG), près de quatre mois après sa nomination à la tête du gouvernement, le 25 mai 2026.

La date, confirmée par les services de la Primature et par l’Assemblée nationale, intervient après le report de la séance initialement prévue le 1er septembre.

Mais cette DPG ne sera pas une simple présentation de programme gouvernemental. Elle intervient au moment où le Sénégal se trouve à la croisée de deux impératifs : poursuivre le projet de transformation économique porté par le référentiel Sénégal 2050 et, dans le même temps, remettre les finances publiques sur une trajectoire jugée soutenable.

Pour Al Aminou Lô, l’enjeu sera donc de transformer une situation financière particulièrement contrainte en une feuille de route crédible.

Une DPG sous le poids de la dette

Le principal dossier qui devrait peser sur le discours du Premier ministre est celui de la dette publique.

Après la découverte d’importantes anomalies dans les comptes publics des années précédentes, la dette du secteur public sénégalais a été fortement réévaluée. Le FMI l’estimait à environ 132 % du PIB à fin 2024 lorsque l’ensemble du périmètre du secteur public et des arriérés est pris en compte.

Cette situation a profondément modifié l’équation économique de Dakar.

L’État doit désormais consacrer davantage de ressources au service de la dette, alors même qu’il doit continuer à financer les infrastructures, les services publics, l’emploi et les politiques sociales.

La question n’est donc plus uniquement de savoir combien le Sénégal peut emprunter. Elle est devenue celle de savoir comment le pays peut retrouver suffisamment de crédibilité financière pour financer son développement à un coût supportable.

Le FMI revient au cœur de l’équation

La DPG intervient quelques jours seulement après une annonce majeure.

Le 1er septembre, le Sénégal et le Fonds monétaire international sont parvenus à un accord au niveau des services pour un nouveau programme d’environ 2,2 milliards de dollars sur 36 mois. L’accord doit encore franchir les étapes institutionnelles nécessaires avant son approbation définitive.

Ce financement représente environ 1 240 milliards de francs CFA.

Mais derrière ce montant se trouve surtout une condition : le retour à la viabilité de la dette et la mise en œuvre de mesures correctives destinées à renforcer la transparence, la gestion budgétaire et la crédibilité des comptes publics.

Pour le nouveau Premier ministre, le sujet est donc particulièrement sensible. La DPG devra expliquer comment le gouvernement compte articuler les engagements pris auprès du FMI avec les priorités nationales affichées dans le programme de transformation du Sénégal.

Autrement dit : comment réformer sans étouffer l’économie, réduire les déficits sans aggraver la pression sur les ménages et continuer à investir alors que les marges budgétaires sont fortement réduites ?

Le pouvoir d’achat, l’autre urgence

Derrière les indicateurs de dette et de déficit se trouve une préoccupation beaucoup plus concrète pour les Sénégalais : le coût de la vie.

Le gouvernement devra répondre à des attentes portant notamment sur les prix des produits de première nécessité, l’emploi, les revenus et l’accès aux services essentiels.

Cette dimension sociale sera déterminante. Une politique de redressement budgétaire peut améliorer progressivement les finances publiques, mais elle risque aussi d’être difficilement acceptée si elle se traduit à court terme par davantage de pression sur les ménages.

L’équation est donc délicate : restaurer les comptes publics tout en maintenant un niveau de protection sociale et de soutien au pouvoir d’achat compatible avec les attentes de la population.

Sénégal 2050 face à la réalité des finances publiques

Le deuxième grand défi d’Al Aminou Lô sera de donner une traduction concrète au référentiel Sénégal 2050.

Le projet entend transformer en profondeur l’économie sénégalaise, notamment à travers l’industrialisation, la création d’emplois, la souveraineté économique, la transformation locale des ressources et le développement du secteur privé.

Mais une stratégie de transformation nécessite des financements.

Or, le Sénégal entre dans cette nouvelle phase avec des marges budgétaires beaucoup plus étroites qu’espéré.

Le Premier ministre devra donc probablement répondre à une question centrale : quelles priorités doivent être financées en premier lorsque les ressources publiques sont limitées ?

La réponse permettra de mesurer la véritable orientation économique de son gouvernement.

Le secteur privé appelé à prendre davantage de place

Dans ce contexte, le secteur privé pourrait occuper une place croissante dans la stratégie économique du gouvernement.

L’État ne peut pas, à lui seul, porter l’ensemble des investissements nécessaires à la transformation du pays. L’enjeu sera donc de créer les conditions permettant aux entreprises sénégalaises et aux investisseurs étrangers de prendre davantage le relais.

Cela passe notamment par l’accès au financement, la stabilité réglementaire, l’amélioration du climat des affaires et la capacité de l’État à honorer ses engagements envers les entreprises.

Le redressement des finances publiques pourrait d’ailleurs avoir un effet déterminant sur cet écosystème. Une meilleure maîtrise des comptes publics doit, à terme, permettre de réduire les tensions de trésorerie et de restaurer la confiance des investisseurs.

Les PME face à un enjeu immédiat

La question des finances publiques ne concerne pas seulement l’État.

Les retards de paiement et les difficultés de trésorerie publique peuvent directement affecter les entreprises qui travaillent avec l’administration.

Le gouvernement doit donc également trouver un équilibre entre l’assainissement budgétaire et l’apurement des engagements de l’État envers ses fournisseurs.

C’est un point particulièrement important pour les PME, qui disposent de moins de capacités financières pour absorber des retards de paiement prolongés.

Le redressement des finances publiques devra ainsi éviter de transformer les difficultés de l’État en difficultés supplémentaires pour le secteur privé.

La dette extérieure au centre des négociations

La question du financement ne s’arrêtera toutefois pas au programme du FMI.

Le Sénégal cherche également à obtenir un traitement de sa dette extérieure afin de rétablir sa soutenabilité. Le nouveau cadre envisagé implique des discussions avec différents créanciers, alors que Dakar cherche à préserver autant que possible le fonctionnement du marché financier régional en francs CFA.

Cette situation place le gouvernement devant un exercice particulièrement complexe.

Il doit obtenir un allègement suffisant de la charge financière pour retrouver de l’oxygène budgétaire, sans provoquer une perte durable de confiance des investisseurs.

La manière dont cette restructuration sera conduite sera donc aussi importante que son résultat financier.

Une croissance à reconstruire sur des bases plus solides

Autre enjeu : la croissance.

Le Sénégal dispose d’atouts considérables, notamment avec le démarrage de la production d’hydrocarbures. Mais les revenus du pétrole et du gaz ne peuvent à eux seuls résoudre les déséquilibres budgétaires.

La question fondamentale sera celle de la transformation de ces ressources en développement durable : infrastructures, industrialisation, emplois, chaînes de valeur locales et amélioration du niveau de vie.

Le gouvernement devra donc montrer comment il compte utiliser les recettes liées aux hydrocarbures sans reproduire une dépendance excessive aux revenus extractifs.

Une épreuve politique autant qu’économique

La DPG est également un exercice politique.

Ahmadou Al Aminou Lô s’exprimera devant une Assemblée nationale où les rapports de force politiques peuvent compliquer la mise en œuvre des réformes économiques. La présence d’Ousmane Sonko, ancien Premier ministre et désormais président de l’Assemblée nationale, ajoute une dimension particulière à ce rendez-vous.

Le Premier ministre devra donc convaincre au-delà de la présentation de chiffres et d’objectifs.

Il devra démontrer que son gouvernement dispose d’un calendrier, de moyens et d’une méthode pour passer de la stabilisation à la relance.

Le vrai indicateur sera l’exécution

Pour les marchés comme pour les ménages, la DPG ne sera finalement qu’un point de départ.

Les investisseurs regarderont la trajectoire du déficit, la gestion de la dette et la capacité du gouvernement à rétablir la confiance. Les entreprises surveilleront les paiements de l’État, l’accès au financement et l’environnement réglementaire. Les ménages, eux, jugeront le gouvernement sur une réalité beaucoup plus immédiate : le coût de la vie et les perspectives d’emploi.

C’est pourquoi le discours d’Al Aminou Lô devra être évalué moins à l’aune de la longueur de ses annonces qu’à celle de leur faisabilité.

Le Sénégal ne manque pas de projets. Ce qui lui fait désormais défaut, ce sont des marges financières suffisantes pour tous les financer simultanément.

Une feuille de route sous surveillance

La DPG du 8 septembre marque ainsi le véritable début de l’épreuve économique d’Ahmadou Al Aminou Lô.

Après plusieurs années de fortes ambitions, le Sénégal entre dans une période où la discipline financière devient une condition de la transformation économique. Le nouveau programme du FMI peut apporter des ressources et contribuer à restaurer la confiance, mais il ne remplacera pas les choix politiques du gouvernement.

Le Premier ministre devra donc expliquer quelles dépenses seront prioritaires, quelles réformes seront accélérées, comment la dette sera maîtrisée et surtout comment le pays entend protéger son économie réelle pendant cette période de redressement.

Car pour Dakar, le défi n’est plus simplement de trouver de l’argent pour financer le développement. Il est désormais de démontrer que chaque franc mobilisé peut contribuer à reconstruire la confiance, soutenir l’investissement et préparer une croissance capable de durer.

La DPG sera donc jugée non seulement sur ce qu’elle promet, mais sur ce qu’elle permettra réellement d’exécuter.

La Rédaction

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