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Niger : In Azaoua passe sous contrôle national, Niamey officialise l’exploitation de l’uranium par TSUMCO.

Le Niger vient de franchir une nouvelle étape dans la reprise en main de son industrie uranifère. Le Conseil des ministres a attribué le permis de grande exploitation du gisement « In Azaoua », à Arlit, à TSUMCO SA, société créée après la nationalisation de la SOMAÏR. Une décision qui transforme une reprise de contrôle en dispositif juridique d’exploitation et pose désormais la question de la capacité du Niger à maintenir la production et à capter davantage de valeur de son uranium.

Le changement de modèle se précise dans le secteur minier nigérien.

Réuni le 21 août 2026, le Conseil des ministres du Niger a adopté un décret attribuant à la Teloua Safeguarding Uranium Mining Company (TSUMCO SA) un permis de grande exploitation minière d’uranium dénommé « In Azaoua ». Le périmètre se trouve dans la commune et le département d’Arlit, dans la région d’Agadez, au nord du pays.

Cette décision est importante parce qu’elle donne désormais un cadre juridique à l’exploitation du périmètre qui était auparavant exploité par la Société des Mines de l’Aïr (SOMAÏR).

Mais contrairement à ce que pourrait laisser entendre la formule « l’État devient l’exploitant », le permis est attribué à TSUMCO SA, et non directement à l’État nigérien.

Cette nuance juridique est importante. Elle n’enlève rien à la portée économique de la décision : TSUMCO a été créée par les autorités nigériennes après la nationalisation de la SOMAÏR pour reprendre les activités sur l’ancien périmètre.

De la nationalisation à l’exploitation sous pavillon nigérien

La décision du 21 août constitue en réalité l’aboutissement d’un processus engagé après la nationalisation de la SOMAÏR.

Selon le gouvernement nigérien, après la nationalisation de cette société, TSUMCO SA a été créée « en lieu et place » de la SOMAÏR.

Son texte de création prévoyait déjà la poursuite des travaux sur le périmètre anciennement exploité par la société minière, dans l’attente de l’attribution officielle d’un permis de grande exploitation.

Le décret adopté cette semaine vient donc régulariser cette situation.

Le gouvernement précise que l’attribution du permis « In Azaoua » doit permettre la continuité de l’exploitation de l’uranium au Niger.

C’est un changement significatif dans la gouvernance d’une ressource stratégique du pays.

Pendant plusieurs décennies, l’exploitation industrielle de l’uranium dans la zone d’Arlit a été associée au groupe français Orano et à son prédécesseur Areva, à travers la SOMAÏR. La reprise du contrôle de cet actif marque donc une rupture avec ce modèle historique.

Arlit, cœur historique de l’uranium nigérien

Pour comprendre l’importance d’In Azaoua, il faut regarder vers Arlit.

La région d’Agadez concentre une grande partie des ressources uranifères historiquement exploitées au Niger. Le pays a commencé son exploitation commerciale de l’uranium au début des années 1970 et a longtemps compté parmi les principaux producteurs mondiaux.

L’uranium nigérien a notamment alimenté pendant des décennies les chaînes d’approvisionnement du nucléaire international.

Le secteur reste toutefois confronté à une réalité moins spectaculaire : la production nigérienne représente aujourd’hui une part relativement réduite de la production mondiale. Selon la World Nuclear Association, le Niger représentait environ 1,6 % de la production mondiale d’uranium en 2024.

Le potentiel reste néanmoins stratégique, notamment parce que l’uranium constitue une matière première essentielle pour la production d’électricité nucléaire.

Pour Niamey, l’enjeu n’est donc pas seulement de produire du minerai. Il s’agit également de déterminer qui contrôle l’exploitation, qui prend les décisions et quelle part de la valeur générée revient à l’économie nationale.

Un deuxième permis attribué dans la même zone

La décision du gouvernement nigérien ne concerne d’ailleurs pas uniquement In Azaoua.

Le Conseil des ministres a également adopté un décret portant réattribution du permis de grande exploitation d’uranium « Madaouela I » à la société Madaouela Mining Company (MAMICO).

Ce permis, situé lui aussi dans la zone d’Arlit, était revenu au domaine public de l’État en juillet 2024. MAMICO avait ensuite sollicité sa réattribution conformément à la réglementation minière en vigueur.

Les deux décisions traduisent donc une orientation plus large : Niamey cherche à reconstruire son industrie uranifère autour d’acteurs placés sous contrôle national.

Il ne s’agit plus seulement de retirer des actifs à des opérateurs historiques. L’étape suivante consiste à faire fonctionner ces actifs.

Le véritable test commence maintenant

C’est probablement là que se situe le principal enjeu économique.

Obtenir un permis constitue une étape juridique indispensable. Mais exploiter une mine d’uranium à grande échelle exige bien davantage.

Il faut maintenir les installations, financer les opérations, assurer la sécurité des sites, disposer de compétences techniques spécialisées, gérer les stocks et garantir la commercialisation du minerai.

Le Niger devra donc démontrer que la reprise du contrôle des actifs peut se traduire par une continuité industrielle réelle.

La World Nuclear Association rappelle que le Niger dispose encore d’une importante industrie uranifère historique, mais que les changements de contrôle et de permis intervenus depuis 2023 ont profondément modifié le secteur.

Le défi de TSUMCO sera ainsi de passer de la logique de reprise d’un actif à celle d’une entreprise minière pleinement opérationnelle et économiquement performante.

La question de la valeur ajoutée

Derrière la souveraineté minière se trouve une question plus terre-à-terre : combien l’uranium rapporte-t-il réellement au Niger ?

Le gouvernement nigérien cherche depuis plusieurs années à revoir les conditions d’exploitation de ses ressources naturelles afin d’accroître les retombées économiques nationales.

Le contrôle d’une société minière permet potentiellement à l’État de peser davantage sur les décisions stratégiques, les investissements, l’emploi local et l’utilisation des revenus.

Mais la nationalisation ou la création d’une société nationale ne garantit pas automatiquement une meilleure performance économique.

Une entreprise publique peut contrôler une ressource sans parvenir à maximiser sa rentabilité si elle manque de capitaux, de compétences techniques ou d’accès aux marchés.

Le véritable indicateur de réussite sera donc moins le changement de propriétaire que la capacité à produire, vendre et générer durablement des revenus.

Le contentieux avec Orano reste dans le décor

Cette nouvelle organisation intervient également dans un contexte de tensions persistantes entre Niamey et le groupe français Orano.

La reprise de la SOMAÏR s’inscrit dans un contentieux plus large entre le Niger et l’ancien opérateur français, avec plusieurs procédures engagées autour des actifs et des droits miniers.

Le changement de contrôle ne fait donc pas disparaître les enjeux juridiques et commerciaux liés à la transition.

Pour le Niger, la question est désormais de construire un modèle minier capable de fonctionner dans ce nouvel environnement tout en sécurisant ses relations avec les partenaires internationaux et les marchés.

Car l’uranium ne se vend pas uniquement dans les salles du Conseil des ministres : il doit trouver des acheteurs, respecter des normes internationales et s’insérer dans une chaîne nucléaire mondiale extrêmement réglementée.

Une nouvelle équation pour l’industrie uranifère nigérienne

Avec In Azaoua, Niamey franchit ainsi une nouvelle étape.

La première phase consistait à reprendre le contrôle des actifs stratégiques. La deuxième consiste désormais à faire fonctionner ces actifs sous contrôle national.

TSUMCO SA dispose maintenant du cadre juridique nécessaire pour poursuivre l’exploitation du périmètre d’In Azaoua. MAMICO, de son côté, reprend le chemin du développement de Madaouela I.

Pour le Niger, l’enjeu dépasse donc la seule question de souveraineté.

Il s’agit de démontrer qu’un changement de modèle de gouvernance peut aussi devenir un modèle économique plus performant, capable de créer davantage d’emplois, de revenus publics et de valeur locale.

La mine d’In Azaoua entre ainsi dans une nouvelle ère.

Le Niger a désormais le contrôle du permis. Le prochain verdict viendra du minerai extrait, des revenus générés et de la capacité de TSUMCO à prouver que souveraineté minière et performance économique peuvent avancer sur le même rail.

La Rédaction

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