Mali : Près de 4 000 milliards FCFA de dépenses, mais un déficit qui dépasse désormais 620 milliards.
Le Conseil national de Transition (CNT) a adopté le 22 octobre 2026 la loi de finances rectificative du Mali pour l’exercice en cours. Les dépenses publiques atteignent désormais 3 993,319 milliards de FCFA, en hausse de 11,6 % par rapport aux prévisions initiales. Si les recettes progressent également, le déficit budgétaire se creuse de 100 milliards de FCFA, sur fond de dépenses supplémentaires consacrées à la sécurité, au soutien à la filière coton et à la modernisation des infrastructures sanitaires.
Le budget de l’État malien change d’échelle. En adoptant la loi de finances rectificative pour 2026, les membres du CNT ont validé une augmentation substantielle des ressources et des dépenses publiques. Selon le quotidien national L’Essor et l’Agence de presse africaine (APA), le texte a été approuvé à l’unanimité des 121 membres présents lors de la séance plénière du 22 octobre.
Cette révision prend en compte de nouvelles recettes, des besoins de financement supplémentaires et des ajustements dans la répartition des crédits. Elle intervient alors que les autorités doivent répondre à plusieurs priorités nationales, notamment la sécurisation du territoire, le soutien à l’économie agricole et le renforcement des infrastructures de santé.
Des dépenses en hausse de plus de 415 milliards FCFA
Les dépenses budgétaires passent de 3 578,217 milliards de FCFA dans la loi de finances initiale à 3 993,319 milliards dans le budget rectifié. L’augmentation atteint 415,103 milliards de FCFA, soit une progression de 11,6 %.
Du côté des recettes, les prévisions passent de 3 057,792 milliards à 3 372,895 milliards de FCFA. Le gain attendu s’élève à 315,103 milliards, correspondant à une hausse de 10,3 %.
Les recettes supplémentaires ne couvrent donc pas entièrement les nouvelles dépenses. La différence entre les deux évolutions explique l’aggravation du déficit prévisionnel, qui passe de 520,425 milliards à 620,425 milliards de FCFA.
Autrement dit, l’État prévoit de mobiliser davantage de ressources, mais aussi de dépenser plus rapidement que ses recettes ne progressent. Cette différence devra être financée dans le cadre de la stratégie de trésorerie et d’endettement public.
Mines, paris sportifs, les leviers de recettes supplémentaires
Pour accroître les ressources publiques, le gouvernement mise notamment sur une amélioration du rendement de la taxe ad valorem, un prélèvement calculé en fonction de la valeur des biens ou opérations concernés, ainsi que sur les contributions destinées aux fonds miniers constitués en comptes spéciaux du Trésor.
Selon L’Essor, les recettes supplémentaires intègrent également une taxe sur les gains issus des paris sportifs.
Ces mesures visent à élargir les ressources disponibles pour financer les dépenses de l’État. La progression attendue des recettes minières revêt une importance particulière dans une économie où l’exploitation des ressources naturelles constitue une source significative de revenus publics.
Toutefois, les prévisions budgétaires ne garantissent pas les encaissements effectifs. Leur réalisation dépendra notamment du rendement des prélèvements, de l’évolution des activités concernées et de la capacité de l’administration à collecter les sommes attendues.
Sécurité et CMDT, les dépenses supplémentaires
La hausse des dépenses tient notamment au renforcement des crédits consacrés aux opérations de sécurisation du territoire national. Le budget rectifié prévoit également une subvention exceptionnelle à la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT).
Cette aide intervient dans un secteur stratégique pour l’économie malienne. Le coton soutient les revenus de nombreux producteurs et contribue à l’activité économique dans plusieurs régions. Le soutien à la CMDT s’inscrit ainsi dans les mesures destinées à accompagner la filière et à stabiliser les conditions de rémunération des producteurs.
La révision budgétaire prévoit également des ajustements concernant les comptes spéciaux du Trésor, qui permettent d’affecter certaines ressources et dépenses à des opérations déterminées.
Ces engagements répondent à des priorités distinctes, mais ils ont un point commun : ils augmentent les besoins de financement de l’État au cours de l’exercice 2026.
Quinze infrastructures sanitaires à moderniser
La santé figure également parmi les priorités du budget rectifié. Selon l’Office de radiodiffusion et télévision du Mali (ORTM), le programme prévoit la construction ou la transformation de quinze infrastructures sanitaires financées sur le budget national.
À Bamako, les centres de santé de référence des six communes doivent être transformés en hôpitaux de district modernes. Deux nouveaux hôpitaux de district sont prévus à Kangaba et à Bla.
Sept hôpitaux régionaux sont également concernés à Koulikoro, San, Koutiala, Bougouni, Dioïla, Nioro et Bandiagara.
L’objectif annoncé est de moderniser l’offre de soins et de renforcer les capacités sanitaires dans plusieurs localités du pays. Cependant, les sources consultées ne précisent ni l’enveloppe globale réservée à ces quinze établissements ni leur calendrier détaillé de réalisation.
Pour mesurer l’effet réel de cette priorité budgétaire, il faudra donc suivre les crédits effectivement engagés, l’avancement des chantiers et la mise en service des infrastructures.
Le contrôle des dépenses au cœur des recommandations du CNT
La Commission des finances du CNT a également formulé des recommandations en matière de transparence budgétaire. Elle demande notamment au gouvernement d’informer rapidement le Parlement de toute ouverture de crédits supplémentaires par décret d’avance et de soumettre ces opérations à ratification dans les conditions prévues par la législation.
Elle recommande par ailleurs la publication périodique des ressources générées par la cession de bâtiments appartenant à l’État.
Ces demandes soulignent l’importance du suivi de l’exécution budgétaire. L’adoption d’une loi de finances fixe un cadre de dépenses et de recettes, mais le contrôle de leur réalisation reste essentiel pour apprécier l’utilisation des fonds publics.
Un déficit à financer, malgré la hausse des recettes
La révision budgétaire illustre le dilemme des finances publiques maliennes : augmenter les ressources pour répondre aux besoins nationaux, tout en maîtrisant les dépenses et les besoins de financement.
Le projet de budget 2027, adopté en Conseil des ministres le 18 septembre 2026, prévoit déjà 4 462,646 milliards de FCFA de dépenses et 3 866,635 milliards de recettes, pour un déficit prévisionnel de 596,011 milliards. Ces montants restent des prévisions du projet de loi de finances pour 2027.
Pour 2026, le défi immédiat est désormais de transformer les recettes attendues en ressources disponibles, tout en exécutant les dépenses prioritaires dans un cadre transparent.
Un budget proche de 4 000 milliards de FCFA traduit l’ampleur des besoins de l’État malien. Mais sa portée économique dépendra moins du volume des crédits votés que de trois résultats concrets : des recettes effectivement mobilisées, des dépenses correctement contrôlées et des investissements qui améliorent durablement la vie des populations.
La Rédaction



