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Mali : 13 dossiers transmis à la justice par l’OCLEI, mais seulement 25 % des recommandations appliquées.

L’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite (OCLEI) a transmis 13 dossiers à la justice malienne en 2024, sur 48 dossiers examinés. Si l’institution poursuit ses investigations et ses actions de sensibilisation, elle pointe une faiblesse majeure : seuls 25,49 % de ses recommandations formulées entre 2017 et 2023 ont été entièrement mises en œuvre. Un constat qui place la question du suivi des contrôles au cœur des enjeux de gouvernance et de gestion des ressources publiques.

La lutte contre l’enrichissement illicite au Mali progresse dans les investigations, mais reste confrontée à des obstacles dans l’application de ses recommandations. Le 22 octobre 2026, le président de la Transition, Assimi Goïta, a reçu au palais de Koulouba les rapports annuels 2021 et 2024 de l’OCLEI, remis par le président de l’institution, Modibo Sacko.

Le rapport relatif à 2024 fait état de 48 dossiers examinés, dont 22 ont fait l’objet d’investigations approfondies. Treize ont été transmis à la justice. Ces chiffres témoignent de l’activité de l’Office, chargé notamment de prévenir et de contribuer à la répression de l’enrichissement illicite dans l’administration publique.

Treize dossiers transmis à la justice

Sur les 48 dossiers examinés en 2024, 13 ont été transmis aux autorités judiciaires, selon les données présentées par l’OCLEI et rapportées par l’Agence malienne de presse et de publicité (AMAP).

Cette transmission constitue une étape importante dans le traitement des soupçons d’enrichissement illicite. Elle ne signifie toutefois pas que les personnes éventuellement concernées ont été reconnues coupables. La qualification des faits et les décisions judiciaires relèvent des autorités compétentes.

Le rapport de 2021, également remis au chef de l’État, faisait état de 12 dossiers transmis à la justice. Cette année-là, l’Office avait aussi contrôlé les 968 déclarations de biens communiquées par la Cour suprême.

La comparaison de ces chiffres montre que les transmissions judiciaires restent un indicateur important de l’activité de l’OCLEI. Pour apprécier l’efficacité globale du dispositif, il reste néanmoins nécessaire de connaître les suites données aux dossiers et les décisions rendues par la justice.

Un suivi insuffisant des recommandations

Le principal point de vigilance concerne l’application des recommandations de l’Office. Selon les informations publiées par le quotidien national L’Essor et l’AMAP, seuls 25,49 % des recommandations formulées entre 2017 et 2023 avaient été entièrement mises en œuvre.

Ce résultat met en évidence un écart entre le travail de contrôle et les changements effectivement réalisés dans la gestion publique.

Les recommandations d’un organe de contrôle peuvent viser à corriger des pratiques administratives, renforcer les procédures, améliorer la transparence ou réduire les risques de mauvaise gestion. Lorsqu’elles ne sont pas appliquées, les irrégularités identifiées risquent de persister.

Pour les finances publiques, l’enjeu dépasse donc le nombre de dossiers examinés ou transmis à la justice. Il s’agit également de transformer les constats en mesures correctives, avec un suivi permettant de vérifier leur mise en œuvre.

Le foncier, un obstacle aux investigations

L’accès aux informations foncières et domaniales figure parmi les difficultés soulevées par le président de l’OCLEI. Ces données peuvent être déterminantes pour vérifier la cohérence entre les revenus déclarés et le patrimoine détenu par les personnes soumises aux obligations de déclaration.

Les difficultés d’accès à ces documents peuvent compliquer les investigations patrimoniales, notamment lorsqu’il faut établir la propriété de biens immobiliers ou retracer certaines acquisitions.

Face à cette situation, Assimi Goïta a rappelé la création récente d’un pôle spécialisé en matière foncière. Il a également appelé à accélérer la numérisation des procédures administratives et à moderniser les outils de contrôle.

L’OCLEI a par ailleurs signalé des contraintes matérielles et l’absence d’un siège propre. Ces difficultés interviennent dans un contexte où les moyens techniques, l’accès aux données et la coopération entre administrations jouent un rôle déterminant dans la conduite des enquêtes.

La prévention mobilise plus de 2 000 personnes

L’action de l’OCLEI ne se limite pas aux investigations. En 2024, l’institution a organisé 21 activités de prévention qui ont touché 2 025 personnes, dont 761 femmes.

Son numéro vert a enregistré 168 appels, permettant de recueillir 34 dénonciations citoyennes. Ces signalements constituent des informations susceptibles d’alimenter le travail de vérification de l’Office, mais ne valent pas, à eux seuls, preuve d’une infraction.

L’institution a également renforcé sa coopération avec des structures nationales et étrangères, notamment l’Autorité de protection des données à caractère personnel du Mali et le Bureau indépendant anti-corruption de Madagascar.

Ces activités contribuent à la sensibilisation du public et au renforcement des capacités de détection. Leur impact dépend cependant de la capacité des institutions à traiter les informations recueillies et à donner des suites appropriées aux faits établis.

Le gouvernement appelé à renforcer les mécanismes de contrôle

À la réception des rapports, le président de la Transition a insisté sur la nécessité de lutter contre la corruption, l’enrichissement illicite et l’impunité. Il a appelé à une modernisation des mécanismes de contrôle et à la mise en place d’un dispositif national fiable pour mesurer les résultats de cette lutte.

Cette orientation rejoint l’une des principales difficultés signalées par l’OCLEI : la nécessité de disposer d’indicateurs permettant de suivre les recommandations et d’évaluer les effets des mesures prises.

Un tel dispositif pourrait faciliter le suivi des dossiers, la mesure du taux d’application des recommandations et l’identification des blocages administratifs. Pour produire des résultats, il devra toutefois s’appuyer sur des données fiables, une coordination entre les structures concernées et une obligation de rendre compte.

De l’enquête aux résultats concrets

Le bilan de 2024 montre que l’OCLEI poursuit ses activités d’investigation et de prévention. Mais les 13 dossiers transmis à la justice ne constituent qu’une partie de l’équation. Le faible taux d’application des recommandations rappelle que la lutte contre l’enrichissement illicite ne se mesure pas uniquement aux contrôles réalisés.

Elle se mesure aussi à la capacité des administrations à corriger leurs pratiques, à celle de la justice à traiter les dossiers relevant de sa compétence et à la possibilité pour les citoyens de constater une amélioration de la gestion des ressources publiques.

Dans un pays où chaque ressource publique compte pour financer les services essentiels et soutenir le développement, l’efficacité de la lutte contre l’enrichissement illicite se jouera autant dans les dossiers transmis que dans les recommandations effectivement appliquées. Détecter les dérives est nécessaire ; empêcher qu’elles se reproduisent est le véritable test de la gouvernance.

La Rédaction

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