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Mali-Maroc : 1 000 tonnes d’engrais pour amorcer une coopération agricole plus ambitieuse.

Le Maroc vient de renforcer son soutien au secteur agricole malien avec un don de 1 000 tonnes d’engrais DAP. Remise officiellement le 2 septembre 2026 à Bamako, cette cargaison doit contribuer à soutenir les producteurs durant la campagne agricole. Mais derrière ce geste, les deux pays affichent surtout leur volonté d’élargir leur coopération à la fertilité des sols, aux semences, à l’irrigation, à la mécanisation et à la transformation agroalimentaire.

Un don destiné à renforcer les disponibilités en intrants

Le Mali dispose désormais de 1 000 tonnes supplémentaires d’engrais DAP, offertes par le Royaume du Maroc. La remise symbolique a été effectuée le 2 septembre à l’Office des produits agricoles du Mali (OPAM), par l’ambassadeur du Maroc au Mali, Driss Isbayène, au ministre malien de l’Agriculture, Dr Ibrahima Samaké.

Selon le gouvernement malien, cette donation doit contribuer aux efforts déjà engagés pour couvrir les besoins des producteurs en intrants agricoles. Les autorités ont par ailleurs insisté sur la nécessité d’une gestion « rigoureuse, équitable et transparente » de cette dotation.

Le DAP, ou phosphate diammonique, est un engrais particulièrement riche en phosphore et contenant également de l’azote. Il est généralement utilisé au moment des semis pour favoriser le développement des racines et la croissance initiale des cultures. Dans un pays où la productivité agricole reste fortement dépendante de l’accès aux intrants, son arrivée constitue donc un appui concret pour les exploitants.

Le geste marocain intervient également dans un contexte où l’agriculture malienne doit composer avec la dégradation des sols, le manque d’eau et les effets du changement climatique. Ces contraintes pèsent directement sur les rendements et, par conséquent, sur les revenus des producteurs et la sécurité alimentaire.

Un volume modeste face aux besoins du pays

Si le don constitue une aide appréciable pour les producteurs qui en bénéficieront, son poids doit toutefois être replacé dans les besoins globaux du Mali.

Les autorités maliennes ont évoqué des besoins annuels d’environ 600 000 tonnes d’engrais, toutes catégories confondues. Les 1 000 tonnes offertes par le Maroc représentent donc une fraction très limitée de cette demande.

L’enjeu ne réside par conséquent pas dans la capacité de cette cargaison à résoudre le problème des intrants au Mali. Il est ailleurs : dans la possibilité de transformer ce geste ponctuel en coopération agricole de long terme.

C’est précisément la direction affichée par Bamako.

De l’engrais à toute la chaîne agricole

À l’occasion de la cérémonie, le ministre de l’Agriculture a réaffirmé la disponibilité du Mali à approfondir sa coopération avec le Maroc dans le domaine agrosylvopastoral.

Les discussions pourraient ainsi dépasser la seule question des fertilisants pour toucher plusieurs maillons essentiels de la chaîne agricole : amélioration de la fertilité des sols, amendements, production et certification des semences, mécanisation agricole, irrigation, transformation agroalimentaire, valorisation des chaînes de valeur, formation des producteurs et transfert de technologies.

Cette orientation est économiquement plus significative que le seul volume de fertilisant livré.

Pour le Mali, l’objectif est en effet de parvenir à produire davantage, mais aussi à réduire les pertes, améliorer la qualité des produits et surtout créer davantage de valeur localement. Une tonne de céréales produite avec de meilleurs rendements constitue un gain pour le producteur. Mais une partie supplémentaire de cette production transformée localement peut générer davantage de revenus, d’emplois et d’activités industrielles.

L’enjeu se déplace donc progressivement du champ vers l’ensemble de la chaîne de valeur.

Une première concrétisation des engagements de juillet

Le don marocain intervient quelques semaines après la 4e Grande Commission mixte de coopération Mali-Maroc, tenue à Bamako en juillet 2026.

Cette rencontre avait permis aux deux pays de renforcer leur cadre de coopération dans plusieurs secteurs. Le don d’engrais apparaît ainsi comme l’une des concrétisations de cette dynamique bilatérale.

Pour Rabat, le soutien au secteur agricole malien s’inscrit dans une approche plus large de coopération avec les pays africains. Le Groupe OCP, acteur majeur mondial des engrais phosphatés, développe notamment des solutions de nutrition des plantes adaptées aux caractéristiques des sols et des cultures. Le groupe indique disposer actuellement d’une capacité de production de 15 millions de tonnes de solutions de nutrition des plantes, avec un objectif de 20 millions de tonnes à l’horizon 2027.

Cette expertise pourrait constituer un point d’appui pour une coopération plus structurée entre les deux pays.

Le véritable défi : passer de l’intrant à la productivité

Pour le Mali, la question fondamentale ne sera toutefois pas uniquement de disposer de davantage d’engrais. Il faudra également s’assurer que ces intrants sont utilisés au bon moment, dans les bonnes quantités et sur des sols présentant les caractéristiques appropriées.

La fertilité des sols, l’accès à l’eau, la disponibilité des semences, l’équipement des exploitations et les capacités de stockage et de transformation sont étroitement liés.

Une politique agricole efficace ne peut donc pas reposer sur un seul levier.

Le Maroc dispose justement d’une expérience intéressante dans l’approche intégrée de la nutrition des sols. OCP met notamment en avant l’utilisation de données sur les sols et le climat afin d’adapter les solutions de fertilisation aux besoins des cultures et des terres.

Pour Bamako, l’intérêt d’une coopération de cette nature serait de passer progressivement d’une logique d’approvisionnement en engrais à une logique d’amélioration durable de la productivité agricole.

Un secteur stratégique pour l’économie malienne

L’agriculture occupe une place centrale dans l’économie du Mali. Selon les données avancées lors de la cérémonie, le secteur représente entre 35 % et 40 % du PIB et fait vivre directement ou indirectement une grande partie de la population active.

Toute amélioration durable de la productivité agricole peut donc avoir des effets bien au-delà des exploitations.

Davantage de rendement signifie potentiellement davantage de revenus pour les producteurs. Une production plus importante peut alimenter les industries de transformation. Une meilleure transformation peut réduire certaines importations de produits alimentaires et créer de nouveaux débouchés commerciaux.

C’est cette chaîne de transmission économique qui donne tout son intérêt à la coopération annoncée entre Bamako et Rabat.

Le prochain test sera celui de la concrétisation

Le don de 1 000 tonnes de DAP constitue une réponse immédiate à un besoin réel. Mais il ne représente qu’une petite pièce du puzzle agricole malien.

La véritable mesure de cette coopération sera donc ailleurs : dans la capacité des deux pays à transformer les intentions annoncées en projets concrets d’irrigation, de mécanisation, de production de semences, de fertilisation raisonnée et de transformation agroalimentaire.

Pour l’heure, 1 000 tonnes d’engrais ne changeront pas à elles seules la trajectoire de l’agriculture malienne. Mais si elles ouvrent la voie à des investissements, à des transferts de technologies et à une meilleure structuration des chaînes de valeur, leur portée pourrait largement dépasser leur poids physique.

Au Mali, le défi agricole n’est plus seulement de produire davantage. Il est désormais de produire mieux, de transformer davantage et de faire en sorte qu’une plus grande part de la richesse créée reste dans les territoires. Le véritable enjeu de la coopération Mali-Maroc commence donc bien après le dernier sac d’engrais.

La Rédaction

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