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Mali : Le HCR privé de 78 % de ses financements, l’aide aux déplacés sous pression.

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) n’a mobilisé que 22 % des 90,4 millions de dollars nécessaires à ses opérations au Mali en 2026. À quelques semaines de la fin de l’année, le déficit de financement atteint 78 %, alors que le pays compte plus de 414 000 personnes déplacées internes et accueille plus de 322 000 réfugiés. Au-delà de l’urgence humanitaire, cette insuffisance de ressources menace la continuité de services essentiels et accentue la pression sur les communautés d’accueil.

Un manque à financer de plus de 70 millions de dollars

Selon la mise à jour opérationnelle du HCR relayée le 21 octobre 2026 par l’Agence de presse africaine (APA), les besoins de financement de l’agence pour le Mali s’élèvent à 90,4 millions de dollars cette année. Avec seulement 22 % des ressources mobilisées, le montant obtenu représente environ 19,9 millions de dollars.

Il reste donc près de 70,5 millions de dollars à mobiliser, soit environ 78 % de l’enveloppe recherchée. Ce déficit limite la capacité de l’agence à répondre aux besoins de protection, d’hébergement, d’éducation et d’accompagnement des populations contraintes de fuir leur domicile.

Le problème ne concerne pas uniquement l’aide d’urgence. Le HCR intervient également dans l’enregistrement des réfugiés, la délivrance de documents, la protection juridique et le soutien aux moyens de subsistance. Ces dispositifs permettent aux personnes déplacées d’accéder plus facilement aux services essentiels et de reconstruire progressivement leur autonomie.

Des centaines de milliers de personnes concernées

Les chiffres disponibles illustrent l’ampleur des besoins. D’après les données du HCR relayées par APA, le Mali compte 414 524 personnes déplacées internes et accueille 322 584 réfugiés. À ces populations s’ajoutent 343 091 Maliens réfugiés à l’étranger et 22 417 réfugiés non enregistrés sur le territoire malien.

Ces déplacements prolongés pèsent sur les ressources des ménages, les infrastructures locales et les services publics, notamment dans les zones d’accueil. Dans la région de Bandiagara, en particulier à Koro, l’afflux de réfugiés burkinabè exerce une pression supplémentaire sur les terres agricoles, les ressources en eau et les services de santé, selon le HCR.

Éducation et logement : des interventions sous contrainte

Malgré les difficultés financières, le HCR poursuit plusieurs actions concrètes. L’agence indique avoir distribué 13 000 kits scolaires dans les régions de Tombouctou, Bandiagara, Ménaka, Gao et Kayes, en préparation de l’année scolaire 2026-2027.

Dans le domaine du logement, 487 ménages réfugiés, représentant 1 874 personnes, ont reçu une aide de 167 000 FCFA par ménage pour couvrir une caution et trois mois de loyer. Par ailleurs, 849 ménages, soit 2 166 personnes, ont bénéficié d’une assistance pour la construction d’abris.

Ces résultats témoignent de l’utilité des interventions, mais ils ne permettent pas, à eux seuls, de mesurer l’ensemble des besoins encore non couverts. Avec moins d’un quart du budget annuel mobilisé, le maintien et l’extension de ces dispositifs dépendent de la disponibilité de financements supplémentaires.

Le déficit du HCR s’inscrit dans une crise humanitaire plus large

La situation financière de l’agence reflète les difficultés rencontrées par l’ensemble du secteur humanitaire au Mali. Au 28 septembre 2026, le Plan des besoins et de la réponse humanitaire du pays n’était financé qu’à hauteur de 23 %, avec 135,6 millions de dollars mobilisés sur les 577,9 millions recherchés pour répondre aux besoins de 5,1 millions de personnes, selon les données d’OCHA relayées par APA.

Cette enveloppe nationale couvre plusieurs secteurs et organisations. Elle doit donc être distinguée du budget propre au HCR, consacré notamment aux réfugiés, aux personnes déplacées internes et aux activités de protection relevant de son mandat.

Le sous-financement s’inscrit aussi dans une tendance régionale. Le 9 octobre 2026, le HCR alertait sur l’aggravation des déplacements au Sahel central et indiquait que sa réponse régionale n’était financée qu’à hauteur de 27 % des 329,6 millions de dollars nécessaires. L’agence soulignait les conséquences possibles sur l’enregistrement, l’hébergement, l’accès aux services essentiels et le soutien aux moyens de subsistance.

Au-delà de l’urgence, un enjeu de développement

Le financement de l’aide aux réfugiés et aux déplacés ne relève pas uniquement de la solidarité internationale. Il touche également à la stabilité économique des communautés d’accueil, à l’accès à l’éducation et à la capacité des ménages à retrouver des revenus.

Lorsque l’assistance se réduit, les familles déplacées disposent de moins de moyens pour se loger, scolariser leurs enfants ou développer une activité économique. Les communautés qui les accueillent peuvent également subir une pression accrue sur des ressources déjà limitées.

Pour le Mali, l’enjeu consiste donc à préserver les services de protection tout en développant des solutions plus durables : accès à l’emploi, activités génératrices de revenus, renforcement des services locaux et intégration économique lorsque les conditions le permettent.

À la fin, le déficit de 70,5 millions de dollars du HCR ne se résume pas à une ligne budgétaire manquante. Il pose une question concrète : combien de familles pourront encore accéder à un abri, à des documents et à une protection suffisante si les financements ne suivent pas les besoins ?

La Rédaction

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