Mali : 6 370 milliards de FCFA à emprunter en trois ans, le pari risqué du financement régional.
Le Mali prévoit de mobiliser près de 6 370 milliards de FCFA par l’emprunt entre 2027 et 2029. Cette trajectoire, inscrite dans la Stratégie d’endettement public à moyen terme du ministère de l’Économie et des Finances, confirme la place centrale du marché financier régional dans le financement de l’État. Mais derrière cette enveloppe se dessine un défi majeur : couvrir les besoins publics sans alourdir excessivement le coût de la dette.
Des besoins de financement qui dépasseraient 2 400 milliards en 2029
Les besoins d’emprunt de l’État malien sont estimés à 1 858,5 milliards de FCFA en 2027, puis à 2 044,1 milliards en 2028 et à 2 467,2 milliards en 2029. Sur trois ans, le montant cumulé atteint 6 369,8 milliards de FCFA, selon la stratégie élaborée par le ministère de l’Économie et des Finances et publiée le 12 octobre 2026.
La progression est notable. Entre 2027 et 2029, les besoins annuels d’emprunt augmenteraient d’environ 32,7 %. Cette trajectoire traduit l’importance des ressources nécessaires pour financer les engagements de l’État, tout en faisant face aux remboursements des emprunts arrivant à échéance.
Le besoin prévu pour 2027 reste toutefois inférieur de 7,4 % aux quelque 2 006 milliards de FCFA estimés pour 2026. Cette baisse s’explique notamment par la diminution attendue des remboursements sur la dette de marché, après un recours moins important aux bons du Trésor à courte maturité.
Le marché régional, principal pilier du financement
Pour couvrir ses besoins, Bamako entend continuer à privilégier les ressources mobilisées sur le marché financier régional de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), notamment à travers les émissions de bons et d’obligations du Trésor.
En 2027, le financement intérieur devrait représenter 1 768,5 milliards de FCFA, soit 95,2 % des besoins d’emprunt prévus. Les financements extérieurs contribueraient à hauteur de 90 milliards de FCFA, correspondant à 4,8 % du total.
Cette répartition devrait évoluer au cours de la période. La part des financements extérieurs est appelée à atteindre 12 % en 2029, avec une priorité accordée aux prêts concessionnels et semi-concessionnels proposés notamment par des institutions multilatérales.
Le recours au marché régional offre à l’État une source importante de liquidités, mais il le place également en concurrence avec les autres pays de l’Union pour attirer les ressources des banques et des investisseurs institutionnels. Les conditions de financement dépendront notamment des taux d’intérêt, de la liquidité disponible et de la confiance des souscripteurs.
Allonger les échéances pour limiter la pression des remboursements
Au-delà de la mobilisation des fonds, la stratégie malienne vise à améliorer la structure de la dette. L’un des objectifs consiste à allonger la durée moyenne des emprunts intérieurs afin de limiter les risques liés à leur renouvellement fréquent.
À fin 2026, la durée moyenne de maturité de la dette intérieure est estimée à 3,2 ans. Les autorités visent au moins quatre ans à l’horizon 2029. Pour l’ensemble de la dette publique, l’objectif est de faire passer cette durée moyenne de 6,6 à au moins sept ans.
L’État prévoit ainsi de recourir davantage à des titres de maturité supérieure à cinq ans, en complément des instruments de plus courte durée. Une telle orientation permettrait de mieux répartir les remboursements dans le temps et de réduire la pression immédiate sur la trésorerie publique.
Le défi sera toutefois de convaincre les investisseurs de souscrire à des échéances plus longues à des conditions acceptables. Lorsque les taux exigés augmentent, l’allongement de la maturité peut contribuer à sécuriser le financement, mais il ne garantit pas nécessairement une baisse du coût total de la dette.
Une dette publique estimée à 38,8 % du PIB
À fin 2026, l’encours de la dette publique du Mali est projeté à 7 447,3 milliards de FCFA, soit 38,8 % du produit intérieur brut (PIB). La dette intérieure représenterait 4 372,4 milliards de FCFA, contre 3 074,8 milliards pour la dette extérieure.
Ce ratio demeure inférieur au plafond communautaire de 70 % du PIB fixé dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Il ne suffit cependant pas, à lui seul, à mesurer la capacité de remboursement de l’État. La structure des échéances, le coût des intérêts, les recettes publiques et l’accès aux financements sont également déterminants.
Le coût moyen pondéré de la dette est estimé à 3,7 %, avec une différence importante entre la dette intérieure, évaluée à 5,7 %, et la dette extérieure. Cette dernière bénéficie notamment de conditions concessionnelles, c’est-à-dire de prêts assortis de modalités plus avantageuses que celles généralement proposées sur le marché.
Cette différence renforce l’intérêt d’une diversification prudente des sources de financement, sans pour autant rendre les ressources extérieures automatiquement disponibles : leur mobilisation dépend des conditions imposées par les bailleurs et de la réalisation des programmes convenus.
La mobilisation des recettes reste déterminante
Le gouvernement entend parallèlement renforcer les ressources propres de l’État. Pour 2027, la stratégie retient un objectif de pression fiscale de 15,8 %. L’amélioration des recettes fiscales constitue un levier essentiel pour réduire la dépendance aux emprunts et dégager davantage de marges budgétaires.
L’enjeu dépasse donc le volume des émissions de titres. Il concerne aussi la capacité de l’État à financer ses priorités, à honorer ses engagements et à préserver des ressources pour les dépenses de développement.
Il faut enfin rappeler que les 6 369,8 milliards de FCFA annoncés correspondent à des besoins d’emprunt cumulés, et non à une augmentation automatique de la dette publique de ce montant. Une partie des nouveaux financements peut servir à rembourser des emprunts antérieurs arrivant à échéance.
La réussite de cette stratégie se mesurera ainsi moins au montant levé qu’à la capacité du Mali à transformer ces ressources en financement soutenable. Car emprunter permet de gagner du temps ; seule une gestion rigoureuse des dépenses, des recettes et des échéances permet de le mettre durablement au service de l’économie.
La Rédaction



