Mali : 19,74 milliards de FCFA supplémentaires pour renforcer le réseau électrique de Bamako.
Le gouvernement malien a engagé la ratification d’un financement additionnel de 19,74 milliards de FCFA accordé par l’Association internationale de développement (IDA), filiale de la Banque mondiale. Cette enveloppe doit contribuer à renforcer le réseau électrique de Bamako, notamment à travers la réhabilitation de lignes et de postes de distribution. Derrière cette nouvelle injection de capitaux se trouve toutefois une réalité moins confortable : le projet initial a accumulé des retards et ses besoins financiers ont fortement augmenté.
Le Mali remet de l’argent dans son réseau électrique, mais surtout dans les infrastructures qui doivent permettre à Bamako de mieux absorber sa demande croissante.
Réuni mercredi 12 août 2026, le Conseil des ministres a adopté les projets de textes relatifs à la ratification d’un accord de financement conclu le 30 juin 2026 avec l’IDA. Le crédit additionnel s’élève à 35 millions de dollars, soit environ 19,74 milliards de FCFA. La Banque mondiale confirme de son côté l’approbation de ce financement additionnel pour le Projet d’amélioration du secteur de l’électricité au Mali.
Un projet désormais doté de 185 millions de dollars
Le nouveau financement porte à 185 millions de dollars l’engagement total de la Banque mondiale en faveur du Projet d’amélioration du secteur de l’électricité au Mali, lancé en 2019 et devenu effectif en janvier 2020.
Son objectif est double : améliorer la fiabilité de l’approvisionnement électrique de Bamako et renforcer les performances techniques et commerciales d’Énergie du Mali (EDM-SA).
Le projet devait initialement s’achever en janvier 2025. Son calendrier a depuis été prolongé, avec une nouvelle échéance fixée au 30 juin 2027 selon les dernières informations communiquées sur le financement additionnel.
Une rallonge qui révèle surtout un problème de coûts
Le nouveau prêt intervient après une réévaluation importante des besoins du projet.
Les estimations initiales n’avaient pas suffisamment anticipé les coûts liés notamment à la construction et à la réhabilitation des lignes, à la modernisation des postes électriques et à l’extension du réseau de distribution.
Les besoins supplémentaires sont désormais évalués à 74 millions de dollars.
Le financement additionnel de 35 millions de dollars ne couvre donc même pas la moitié de ce besoin. Les travaux restant à financer doivent être réorientés vers un autre programme électrique en préparation.
Cette situation illustre une difficulté classique des grands projets d’infrastructures : entre les études initiales et leur réalisation sur le terrain, les coûts peuvent évoluer sous l’effet des modifications techniques, des contraintes contractuelles et des retards.
Où iront les 19,74 milliards de FCFA ?
Le financement additionnel sera principalement consacré au renforcement du réseau de Bamako et de ses environs.
Environ 12 millions de dollars doivent servir à acquérir un poste électrique mobile et à renforcer certaines installations existantes.
Une deuxième enveloppe de 13,5 millions de dollars sera destinée à la réhabilitation de plusieurs lignes, notamment celles reliant Balingué à Balkou, Dar Salam à Kati et Lafia à Kati.
Enfin, 9,5 millions de dollars seront consacrés au renforcement de 61 postes de distribution actuellement surchargés dans le district de Bamako et sa périphérie.
L’objectif est donc moins de construire un réseau entièrement nouveau que de renforcer les maillons qui arrivent à saturation.
Des infrastructures déjà réalisées
Le projet a néanmoins produit des résultats tangibles.
Selon les données de la Banque mondiale, 210 kilomètres de nouvelles lignes de distribution ont été construits et 43 postes de distribution installés. Plus de 83 000 personnes ont obtenu un premier accès au réseau électrique, tandis que plus de 262 000 autres ont bénéficié d’une amélioration du service.
Mais l’exécution reste incomplète.
La Banque mondiale signalait encore en début d’année 2026 des retards importants sur certains travaux de transmission et de postes électriques. Au 31 janvier 2026, le projet avait décaissé environ 95,96 millions de dollars, soit près de 64 % de son financement total révisé.
Bamako face à la pression de la demande
L’enjeu dépasse largement la question du confort des ménages.
Une alimentation électrique instable représente un coût économique direct pour les entreprises : recours aux groupes électrogènes, consommation supplémentaire de carburant, interruption de production, dégradation des équipements et difficultés de planification.
Pour une capitale qui concentre une part importante de l’activité économique du pays, la fiabilité du réseau constitue donc une infrastructure de compétitivité.
La Banque mondiale estime le taux national d’accès à l’électricité à environ 55 %, avec un écart important entre les zones urbaines, où il atteint environ 86 %, et les zones rurales, autour de 30 %.
Le véritable défi reste l’exécution
Le nouveau financement apporte une bouffée d’oxygène au projet, mais il ne règle pas automatiquement les difficultés structurelles du secteur.
Les retards constatés sur certains chantiers montrent que la mobilisation de financements doit aller de pair avec une meilleure maîtrise des projets, des contrats et des délais.
Pour le Mali, l’enjeu est désormais de transformer ces 19,74 milliards de FCFA supplémentaires en infrastructures effectivement opérationnelles.
Car dans le secteur électrique, une enveloppe budgétaire ne produit ni kilowattheure ni entreprise compétitive. Ce sont les lignes construites, les postes renforcés et les équipements effectivement mis en service qui font la différence.
Avec ce nouveau financement, Bamako gagne une marge de manœuvre pour renforcer son réseau. Mais le véritable test commencera sur les chantiers : après les retards et les surcoûts, le Mali devra démontrer qu’il peut désormais transformer les milliards mobilisés en électricité plus fiable. Pour l’économie, c’est là que se mesure la rentabilité réelle d’un prêt.
La Rédaction



