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Burkina Faso : La mine de Karma au cœur d’une bataille juridique à plusieurs milliards de FCFA.

La justice burkinabè annule un contrat d’achat d’or de 40 ans liant Riverstone Karma à deux groupes canadiens. Une décision qui relance le débat sur les contrats miniers internationaux et la souveraineté économique des pays producteurs d’or.

Le secteur minier burkinabè connaît un nouveau rebondissement majeur. Le Tribunal de commerce de Ouagadougou a donné raison à Riverstone Karma SA, l’exploitant de la mine d’or de Karma, dans un litige qui l’opposait à deux groupes nord-américains spécialisés dans le financement minier.

La juridiction burkinabè a annulé un contrat d’achat d’or à long terme signé en 2014 avec Franco-Nevada (Barbados) Corporation et Sandstorm Gold Ltd, aujourd’hui connue sous le nom d’International Royalty Corporation. Les deux sociétés ont également été condamnées à verser plus de 5,2 milliards de FCFA à Riverstone Karma.

Au-delà du montant financier, cette décision ouvre une nouvelle page dans la gestion des partenariats miniers en Afrique de l’Ouest, où plusieurs États cherchent à obtenir davantage de retombées économiques de leurs ressources naturelles.

Un contrat vieux de plus d’une décennie au centre du conflit

L’affaire trouve son origine en 2014, lorsque les anciens propriétaires du projet Karma ont conclu un accord financier avec Franco-Nevada et Sandstorm Gold.

Ce type de contrat, appelé dans l’industrie minière « streaming agreement » ou accord d’achat anticipé de production, est un mécanisme courant dans le secteur extractif. Il permet à une société minière d’obtenir des financements pour développer une mine en échange de la vente future d’une partie de sa production à des conditions fixées à l’avance.

Dans le cas de Karma, l’accord avait été conclu alors que le projet était porté par True Gold Mining, avant son intégration dans le portefeuille d’Endeavour Mining.

Le financement obtenu devait contribuer au développement de la mine, mais les conditions économiques du contrat sont devenues progressivement source de désaccord entre les différents acteurs après les changements intervenus dans la propriété du site.

La justice burkinabè donne raison à Riverstone Karma

Dans sa décision rendue en juin 2026, le Tribunal de commerce de Ouagadougou a considéré que les demandes formulées par Riverstone Karma étaient fondées.

La juridiction a notamment :

  • annulé le contrat d’achat d’or signé en 2014 ;
  • rejeté les arguments de procédure présentés par les sociétés défenderesses ;
  • condamné Franco-Nevada et Sandstorm Gold/International Royalty Corporation à payer environ 5,218 milliards de FCFA à Riverstone Karma.

Pour l’entreprise burkinabè, cette décision représente une étape importante dans la réorganisation économique de la mine de Karma et dans la défense de ses intérêts contractuels.

Karma, une mine stratégique dans le paysage aurifère burkinabè

Située dans la région du Nord du Burkina Faso, la mine d’or de Karma constitue l’un des actifs importants du secteur extractif national.

Le Burkina Faso figure parmi les principaux producteurs d’or d’Afrique de l’Ouest. Le métal jaune représente une source majeure de recettes d’exportation et de revenus pour l’État.

Mais depuis plusieurs années, le pays cherche à renforcer les bénéfices économiques tirés de ses ressources naturelles. La question n’est plus uniquement de produire davantage d’or, mais aussi de garantir que cette richesse contribue davantage au financement du développement national.

La mine de Karma s’inscrit donc dans un contexte plus large de transformation du modèle minier burkinabè, marqué par une volonté accrue de participation nationale et de contrôle des retombées économiques.

Une contestation venue du Canada

La décision du tribunal burkinabè n’a toutefois pas mis fin au différend.

Franco-Nevada a annoncé contester le jugement rendu à Ouagadougou. Le groupe estime que l’accord signé en 2014 reste valable et rappelle que certaines dispositions contractuelles prévoyaient l’application du droit ontarien.

L’entreprise considère également que la juridiction burkinabè n’était pas compétente pour modifier les obligations issues de cet accord international.

Cette position laisse entrevoir une possible nouvelle étape judiciaire, qui pourrait déplacer le dossier sur le terrain de l’arbitrage international.

Un signal envoyé aux investisseurs miniers internationaux

L’affaire Karma dépasse désormais le simple conflit commercial entre entreprises.

Elle intervient dans une période où plusieurs pays africains producteurs d’or cherchent à rééquilibrer leurs relations avec les grandes compagnies minières internationales.

Les gouvernements africains réclament davantage de valeur ajoutée locale, une meilleure redistribution des revenus miniers et une implication plus importante des acteurs nationaux dans l’exploitation des ressources.

Pour les investisseurs étrangers, cette évolution traduit une transformation du cadre économique africain : les contrats miniers ne sont plus seulement évalués sous l’angle de la rentabilité financière, mais aussi selon leur impact sur le développement des pays producteurs.

Le nouveau visage de la gouvernance minière en Afrique de l’Ouest

La décision concernant Karma pourrait devenir un cas d’école.

Elle illustre la tension croissante entre deux impératifs : d’un côté, la nécessité pour les pays africains d’attirer les capitaux et les expertises internationales ; de l’autre, leur volonté de mieux contrôler la valeur créée par leurs ressources naturelles.

Pour le Burkina Faso, comme pour plusieurs pays voisins, l’enjeu est de construire un modèle minier capable d’attirer les investisseurs tout en garantissant des bénéfices économiques durables pour les populations.

La bataille autour de la mine de Karma ne porte donc pas seulement sur un contrat d’or. Elle révèle une question plus profonde : dans un continent riche en ressources naturelles, qui doit réellement profiter de la richesse extraite du sous-sol ?

À Karma, la réponse se joue désormais autant dans les salles d’audience que dans les profondeurs de la mine.

La Rédaction

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