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Bénin : Le Capital Reach Forum veut convertir l’épargne africaine en financements pour les entreprises.

À Cotonou, les acteurs de la finance cherchent des solutions pour rapprocher les capitaux disponibles des besoins des entreprises. Au cœur des échanges : l’accès des PME au financement, la diversification des instruments financiers et la mobilisation de l’épargne africaine au service de l’économie réelle.

La question n’est plus seulement de savoir où trouver de l’argent pour financer le développement de l’Afrique, mais comment orienter les ressources disponibles vers les entreprises et les projets capables de créer de la valeur. C’est autour de cet enjeu que s’est ouverte, le 26 octobre 2026 à Cotonou, la première édition du Capital Reach Forum, organisée par la Société de gestion et d’intermédiation Africaine de Gestion et d’Intermédiation (SGI-AGI).

Prévue sur deux jours, cette rencontre réunit des représentants des pouvoirs publics, des institutions financières, des investisseurs et des chefs d’entreprise. Son ambition est de rendre le marché financier régional plus accessible, plus utile et davantage orienté vers la conclusion d’opérations concrètes de financement.

Un marché financier qui doit davantage financer les entreprises

Placée sous le thème « Finance africaine de proximité : rendre le marché plus accessible, plus utile et plus transactionnel », la rencontre part d’un constat : l’existence de ressources financières et d’instruments de financement ne garantit pas automatiquement leur accès aux entreprises.

Pour Théodore Ganflè, directeur général de la SGI-AGI, les projets et les capitaux ne parviennent pas toujours à se rencontrer. Les entreprises recherchent des financements adaptés à leurs besoins, tandis que les investisseurs veulent des projets suffisamment structurés, une gouvernance crédible et des informations financières fiables avant d’engager leurs ressources.

Le défi consiste donc à renforcer les passerelles entre ces deux univers. Cela suppose d’accompagner les entreprises dans la préparation de leurs projets, de faciliter leur mise en relation avec les investisseurs et de rendre les mécanismes financiers plus compréhensibles.

Le crédit bancaire reste une solution essentielle, mais il n’est pas le seul outil disponible. Les garanties, le capital-investissement, la titrisation et les émissions obligataires peuvent également contribuer au financement des activités économiques, selon la taille des entreprises et leur capacité à accéder aux marchés.

Le Bénin mise sur la diversification des ressources

Le gouvernement béninois entend, de son côté, diversifier les sources de financement de l’économie. Lors de l’ouverture du forum, le ministre de l’Économie et des Finances chargé de la Coopération, Aristide Médénou, a insisté sur la mobilisation des ressources intérieures, la diversification des instruments financiers et une utilisation plus stratégique de la coopération internationale.

Selon les chiffres présentés par le ministre et rapportés par La Nation, les ressources intérieures du Bénin sont passées de 9 % du produit intérieur brut (PIB) en 2016 à 14 % en 2025. Cette évolution traduit un effort de mobilisation des recettes nationales, qui demeure un levier important pour financer les politiques publiques et renforcer la crédibilité du pays auprès des investisseurs.

Le pays cherche également à élargir ses possibilités de financement sur les marchés. Après une première obligation liée à des objectifs de développement durable en 2021, le Bénin a émis en janvier 2026 un soukouk international à sept ans. Ce type de titre, structuré selon les principes de la finance islamique, permet de diversifier les instruments de financement et les catégories d’investisseurs sollicités.

Autre piste défendue par les autorités : utiliser les garanties accordées par des partenaires financiers pour attirer davantage de capitaux privés. Le principe consiste à partager une partie du risque avec les prêteurs afin de faciliter le financement de projets qui, sans cette protection, pourraient être jugés trop risqués.

Les PME, au centre de l’équation financière

Les petites et moyennes entreprises constituent l’un des principaux enjeux du forum. Elles jouent un rôle majeur dans l’activité économique et l’emploi, mais rencontrent souvent des difficultés pour obtenir des financements adaptés à leur développement.

L’insuffisance de garanties, la faiblesse de la structuration financière ou l’absence d’informations comptables suffisamment fiables peuvent limiter leur accès au crédit. Pour les investisseurs, ces éléments compliquent l’évaluation des risques et la décision de financer un projet.

Dans ce contexte, le ministre Aristide Médénou a annoncé que le Fonds d’investissement et de garantie des PME du Bénin avait obtenu l’agrément de la Banque centrale et devait bientôt devenir opérationnel. Créé en 2024, ce mécanisme vise à faciliter l’accès au financement en partageant le risque avec les établissements prêteurs.

Toutefois, l’effet de ce dispositif dépendra de ses conditions d’intervention, de la capacité des banques et des institutions de microfinance à l’utiliser et de l’éligibilité des entreprises. Une garantie peut faciliter l’octroi d’un prêt, mais elle ne remplace ni la viabilité économique du projet ni la capacité de remboursement de l’entreprise.

De l’épargne aux investissements : le défi régional

Au-delà du cas béninois, les échanges portent sur la capacité du marché financier de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) à mieux répondre aux besoins des économies de la région.

Le marché régional dispose notamment d’un compartiment consacré aux titres publics, qui permet aux États de mobiliser des ressources auprès des investisseurs. Selon les données présentées par le site officiel du Capital Reach Forum, le marché des titres publics a enregistré 15 105,2 milliards de FCFA d’émissions brutes en 2025, pour un encours de 31 308,5 milliards de FCFA à la fin de l’année. Ces chiffres concernent les titres publics et ne doivent pas être confondus avec les financements levés directement par les entreprises.

L’enjeu est désormais de renforcer les liens entre cette dynamique financière, le financement des entreprises et les investissements productifs. Cela implique également d’élargir la base des investisseurs en mobilisant davantage les particuliers, les investisseurs institutionnels et la diaspora africaine.

La Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), évoquée lors des discussions, s’inscrit dans cette logique de coordination entre les acteurs financiers. L’objectif est de mieux articuler les ressources disponibles et les mécanismes existants pour soutenir des projets susceptibles de stimuler l’activité et l’emploi.

La réussite se mesurera aux financements effectivement réalisés

Le Capital Reach Forum entend favoriser les rencontres entre porteurs de projets, investisseurs et institutions, mais aussi faire émerger des opérations concrètes. C’est là que se jouera sa portée économique : une mise en relation ne devient un résultat que lorsqu’elle débouche sur un financement effectif.

Pour les PME, l’accès au capital suppose un environnement financier plus lisible, des instruments adaptés et un accompagnement permettant de présenter des projets crédibles. Pour les investisseurs, il faut des garanties suffisantes, une information fiable et des perspectives de rendement cohérentes avec les risques pris.

Le véritable indicateur de réussite ne sera donc pas le volume des capitaux évoqués dans les salles de conférence, mais la part de ces ressources qui atteindra effectivement les entreprises, financera leur croissance et contribuera à créer des emplois.

La Rédaction

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