Mali-Ghana : Accra veut faire de ses ports un corridor stratégique vers le Sahel.
Le Ghana veut renforcer la place de ses ports dans l’approvisionnement du Mali. À travers les infrastructures de Tema et de Takoradi, Accra entend attirer davantage de marchandises destinées au marché malien et consolider ses échanges avec les pays sahéliens. Pour Bamako, pays sans accès direct à la mer, l’enjeu est de diversifier les corridors d’approvisionnement et de réduire les coûts logistiques qui pèsent sur les entreprises.
Cette ambition a été réaffirmée le 26 octobre 2026 à Bamako, lors d’une audience entre le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, et le nouvel ambassadeur du Ghana au Mali, le lieutenant-colonel Sanda Ahmed. Les discussions ont notamment porté sur le renforcement de la coopération économique et sécuritaire entre les deux pays.
Tema et Takoradi, des portes maritimes pour le Mali
Enclavé, le Mali dépend des ports des pays côtiers pour une grande partie de ses importations et pour l’acheminement de marchandises vers les marchés internationaux. Le choix d’un corridor peut avoir des conséquences directes sur les délais de livraison, les frais de transport et, au bout de la chaîne, les coûts supportés par les importateurs et les consommateurs.
Le port de Tema, près d’Accra, constitue déjà une plateforme de transit pour les marchandises à destination du Sahel. Il dispose notamment d’un bureau des Douanes maliennes chargé du suivi des cargaisons en transit. Le port de Takoradi représente une autre infrastructure maritime susceptible de contribuer à ces échanges.
Pour les autorités ghanéennes, attirer davantage de flux maliens permettrait de renforcer l’activité de leurs infrastructures portuaires et des services associés : manutention, transport routier, transit douanier et logistique. Pour les opérateurs maliens, la diversification des itinéraires peut offrir davantage de possibilités pour sécuriser leurs approvisionnements, sous réserve de tarifs et de délais compétitifs.
Un accord pour fluidifier le corridor Ghana-Mali
Cette ambition s’appuie sur un partenariat déjà formalisé. Le 21 avril 2026, le Conseil malien des chargeurs (CMC) et la Ghana Shippers’ Authority (GSA) ont signé à Bamako un protocole d’accord destiné à améliorer le transport et le commerce entre les deux pays.
Le document prévoit le partage d’informations commerciales, la réalisation d’études conjointes, l’accompagnement des opérateurs et le suivi des marchandises le long du corridor. Il doit également contribuer à réduire les lenteurs administratives et à améliorer la coordination entre les différents intervenants.
Les chargeurs maliens ont notamment signalé plusieurs obstacles : frais maritimes élevés, multiplication des contrôles routiers, frais de surestaries facturés lorsque les marchandises restent trop longtemps au port et pratiques illicites. Ces contraintes peuvent alourdir le coût final des importations et réduire la compétitivité des entreprises.
La congestion de Tema met la compétitivité à l’épreuve
L’attractivité d’un port ne dépend pas uniquement de sa capacité à accueillir les navires. Elle repose aussi sur la rapidité du dédouanement, la disponibilité des équipements et la fluidité du transport terrestre jusqu’à destination.
Or, en septembre 2026, la Ghana Shippers’ Authority a reconnu que la congestion du port de Tema entraînait des retards dans le traitement des cargaisons destinées au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Une mission réunissant des représentants des pays sahéliens a alors sollicité des mesures correctives auprès des acteurs portuaires ghanéens.
Le port de Takoradi fait lui aussi l’objet d’initiatives destinées à améliorer le transit. Le 22 octobre 2026, selon le service officiel d’information du Ghana, ses responsables ont échangé avec des représentants de la Chambre de commerce du Burkina Faso et du Conseil burkinabè des chargeurs, ainsi qu’avec les services routiers et de sécurité, pour faciliter les mouvements de marchandises vers le Sahel.
Pour le Mali, cette situation rappelle qu’un corridor réellement compétitif doit offrir davantage qu’un accès maritime : il doit garantir des délais prévisibles et des coûts maîtrisés du port jusqu’à Bamako.
Boankra, un projet logistique à suivre
Le Ghana mise également sur le terminal logistique intégré de Boankra, conçu pour faciliter les échanges entre l’intérieur du pays et les marchés sahéliens. Selon les informations relayées par APA lors de la signature du protocole d’avril, les économies potentielles pourraient atteindre 14 % pour les marchandises transitant par Tema et 48 % par Takoradi. Ces chiffres correspondent à des estimations annoncées, et non à des économies déjà constatées pour l’ensemble des importateurs maliens.
Pour Accra, le développement de ces infrastructures représente une possibilité de renforcer les activités portuaires et les services de transport, de manutention et de suivi des marchandises. Une analyse de la Direction générale du Trésor français indique que les services logistiques liés au transit vers les pays enclavés génèrent plus de 34 millions de dollars par an pour le Ghana.
La coopération entre les deux pays s’inscrit ainsi dans une concurrence régionale pour attirer les flux commerciaux des économies sahéliennes. Le Ghana cherche à valoriser ses ports, tandis que le Mali a intérêt à disposer de plusieurs itinéraires fiables pour limiter sa dépendance à un seul corridor.
Pour NafoloNews, l’enjeu économique est clair : le Ghana pourra renforcer sa place dans le commerce sahélien si ses ports transforment leurs capacités logistiques en un avantage mesurable pour les importateurs maliens — moins de retards, moins de frais et des marchandises livrées dans les délais.
La Rédaction



