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Ghana : Accra veut entrer dans les BRICS pour élargir ses options économiques.

Le gouvernement ghanéen a approuvé la préparation d’une candidature officielle aux BRICS. Accra veut diversifier ses partenariats, attirer davantage d’investissements et accélérer son industrialisation, sans pour autant tourner le dos au FMI, à la Banque mondiale ou à ses partenaires traditionnels. Une stratégie qui illustre le repositionnement économique d’un Ghana à la recherche de nouvelles marges de manœuvre.

Le Ghana veut élargir son cercle de partenaires économiques. Le gouvernement de John Dramani Mahama a approuvé la décision de déposer une candidature officielle pour rejoindre les BRICS, a annoncé le ministre des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, le 6 octobre 2026 à Accra.

L’annonce intervient lors de la visite au Ghana du ministre indien des Affaires extérieures, Subrahmanyam Jaishankar. Elle marque la première étape formelle d’un processus dont l’issue dépendra toutefois de l’ensemble des membres du bloc.

Pour Accra, l’objectif est clair : disposer de davantage d’options dans sa stratégie de développement.

Diversifier sans rompre avec les partenaires traditionnels

Le gouvernement ghanéen présente cette candidature moins comme un changement de camp que comme une politique de diversification.

Accra affirme qu’une éventuelle adhésion aux BRICS ne remettrait pas en cause ses relations avec le FMI, la Banque mondiale et les institutions financières multilatérales africaines.

« Nous ne voulons pas nous éloigner de nos partenaires traditionnels, mais nous devons avoir de nouveaux amis », a expliqué Samuel Okudzeto Ablakwa lors de l’annonce.

Cette position est importante pour comprendre la démarche ghanéenne. Le pays cherche à multiplier ses sources de financement, d’investissement, de technologie et de coopération plutôt qu’à remplacer ses partenaires actuels.

Dans cette logique, les BRICS peuvent constituer une plateforme supplémentaire pour renforcer les relations avec les grandes économies émergentes.

L’industrialisation au cœur de la démarche

Pour Accra, l’enjeu est avant tout économique.

Le gouvernement veut utiliser ses partenariats internationaux pour passer d’une économie encore fortement dépendante de l’exportation de matières premières à une économie davantage tournée vers la transformation locale, l’industrialisation et la création d’emplois.

Le ministre des Affaires étrangères a notamment mis en avant la volonté du Ghana de renforcer sa « souveraineté sur les ressources » et de donner davantage de valeur ajoutée aux matières premières produites dans le pays.

L’idée est simple : plutôt que d’exporter principalement des ressources brutes, Accra veut attirer les capitaux, les technologies et les compétences nécessaires pour développer des chaînes de valeur locales.

Une orientation qui correspond à l’agenda économique baptisé « New Economy » par le gouvernement Mahama.

L’Inde, un allié stratégique

La candidature ghanéenne intervient dans un contexte de rapprochement économique avec l’Inde.

Accra a déjà sollicité le soutien de New Delhi pour sa démarche. Le ministre indien des Affaires extérieures, Subrahmanyam Jaishankar, a indiqué que l’Inde était favorable aux aspirations du Ghana, tout en précisant que l’adhésion devra faire l’objet d’une décision collective des membres des BRICS.

L’Inde apparaît ainsi comme l’un des principaux relais de la stratégie ghanéenne.

Les deux pays cherchent parallèlement à approfondir leur coopération dans plusieurs secteurs : pharmaceutique, santé, mines, défense, chemins de fer, agriculture et technologies numériques.

Le président John Dramani Mahama a également appelé les entreprises indiennes à investir davantage au Ghana, notamment dans la production pharmaceutique et vaccinale.

Le commerce Ghana-Inde change d’échelle

L’argument commercial pèse également dans la stratégie d’Accra.

Selon Samuel Okudzeto Ablakwa, les échanges commerciaux entre le Ghana et l’Inde seraient passés d’environ 3 milliards de dollars en 2024 à près de 7 milliards de dollars actuellement.

Le gouvernement ghanéen veut donc transformer cette dynamique commerciale en investissements et en capacités productives locales.

Le secteur pharmaceutique constitue notamment une priorité. Accra cherche à développer la production locale de médicaments et de vaccins afin de réduire sa dépendance aux importations.

Le président Mahama estime par ailleurs que les investissements directs étrangers pourraient dépasser 3 milliards de dollars en 2026, contre 2,6 milliards en 2025.

L’adhésion aux BRICS serait donc envisagée comme un moyen supplémentaire de positionner le Ghana auprès de nouveaux investisseurs.

Une candidature, pas encore une adhésion

Il faudra toutefois distinguer l’annonce politique de la réalité institutionnelle.

Le Ghana n’est pas encore membre des BRICS. Le Cabinet a approuvé le principe de la candidature et le gouvernement doit désormais déposer officiellement sa demande et obtenir l’appui des membres du groupe.

L’Inde a déjà exprimé son soutien, mais New Delhi a également rappelé que la décision finale appartient collectivement aux BRICS.

Le bloc compte actuellement 11 membres à part entière, dont le Brésil, la Chine, l’Inde, la Russie, l’Afrique du Sud, l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran, l’Indonésie, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Il compte également plusieurs pays partenaires.

Le Ghana devra donc désormais convaincre l’ensemble du groupe de la pertinence de sa candidature.

Accra mise sur un monde plus multipolaire

Au-delà des investissements et du commerce, la candidature traduit également une évolution de la diplomatie économique ghanéenne.

Le gouvernement Mahama défend une vision d’un système international plus multipolaire, dans lequel les pays disposent de davantage de choix pour définir leur trajectoire de développement.

Pour Accra, la multiplication des partenaires doit permettre de renforcer sa capacité de négociation et de réduire sa dépendance à un nombre limité de sources de financement ou de coopération.

Cette logique intervient alors que plusieurs économies africaines cherchent elles aussi à diversifier leurs relations avec les puissances émergentes.

Le véritable test sera économique

Pour le Ghana, rejoindre les BRICS ne constituerait toutefois pas une fin en soi.

L’enjeu sera de transformer cette éventuelle appartenance en investissements productifs, transferts de technologies, infrastructures, industrialisation et emplois.

Car l’accès à un nouveau cercle diplomatique ne garantit ni capitaux ni croissance. Il faudra encore convertir les relations politiques en projets industriels et commerciaux concrets.

Accra vient d’ouvrir une nouvelle porte. Reste désormais à démontrer que derrière cette porte se trouvent des usines, des investissements et des emplois. Pour le Ghana, les BRICS ne seront véritablement utiles que s’ils deviennent un levier de transformation économique plutôt qu’un simple badge diplomatique.

La Rédaction

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