Sénégal : 43 structures désormais autorisées à ouvrir les services de la PI-SPI de la BCEAO.
Le Sénégal franchit une nouvelle étape dans la digitalisation de ses paiements. Au 30 septembre 2026, 43 structures financières sénégalaises figurent sur la liste des participants autorisés à ouvrir les services de la Plateforme interopérable du système de paiement instantané (PI-SPI) de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).
La publication de cette liste intervient au terme de l’échéance fixée par la Banque centrale pour les banques, établissements de monnaie électronique et établissements de paiement. La PI-SPI doit progressivement permettre aux utilisateurs de transférer et de recevoir des fonds entre différents prestataires financiers de l’UEMOA, en continu.
Pour le Sénégal, le chiffre de 43 participants marque surtout l’élargissement d’un écosystème qui ne repose plus uniquement sur les banques. Banques, acteurs de la microfinance et opérateurs de monnaie électronique sont désormais appelés à évoluer sur une infrastructure de paiement commune.
43 acteurs dans l’écosystème sénégalais
La liste publiée par la BCEAO comprend des acteurs majeurs du système financier sénégalais.
Dans le secteur bancaire figurent notamment CBAO, Société Générale Sénégal, la Banque islamique du Sénégal, la BNDE, Ecobank Sénégal et Coris Bank International, selon le recensement publié par Sika Finance à partir de la liste de la BCEAO.
Le mouvement concerne également la microfinance, avec notamment Baobab, COFINA, UM-ACEP et UM-PAMECAS.
Du côté de la monnaie électronique, Orange Finances Mobiles Sénégal et Wave Sénégal figurent également dans la liste au 30 septembre.
Cette diversité est importante. Elle signifie que l’interopérabilité recherchée par la BCEAO ne se limite pas à connecter les banques entre elles. Elle vise également à rapprocher différents types de comptes et de prestataires financiers.
La fin progressive des « silos » de paiement
La PI-SPI a été officiellement lancée par la BCEAO le 30 septembre 2025 à Dakar.
La plateforme est conçue comme un système de paiement instantané et interopérable, accessible en continu dans les huit pays de l’UEMOA. Son objectif est de permettre des transactions rapides et sécurisées entre les différents prestataires de services de paiement.
Jusqu’ici, l’utilisateur pouvait se retrouver confronté à une difficulté très concrète : les différents acteurs du paiement numérique ne communiquaient pas nécessairement entre eux de manière fluide.
Un compte bancaire, un portefeuille de monnaie électronique ou un compte détenu auprès d’une institution financière pouvait fonctionner efficacement dans son propre environnement, tout en rendant plus complexe un transfert vers un autre réseau.
La PI-SPI cherche précisément à réduire cette fragmentation.
Pour le client, le principe est simple : pouvoir envoyer ou recevoir de l’argent sans que la compatibilité entre les établissements ne constitue un obstacle majeur.
Un calendrier différent pour la microfinance
La BCEAO avait initialement fixé une échéance commune, avant de l’adapter aux réalités d’intégration des différents acteurs.
Dans son communiqué du 25 juin 2026, la Banque centrale a fixé au 30 septembre 2026 la date limite pour les banques, établissements de monnaie électronique et établissements de paiement.
Les institutions de microfinance soumises à la supervision de la Commission bancaire de l’UMOA disposent, elles, d’un délai supplémentaire jusqu’au 30 juin 2027.
Cette distinction est importante pour comprendre la photographie du 30 septembre.
Le chiffre de 43 structures sénégalaises correspond aux participants autorisés à cette date et ne signifie donc pas que l’ensemble des institutions financières sénégalaises sont déjà connectées ou ouvertes au public.
Une infrastructure pensée pour huit marchés nationaux
La véritable ambition de PI-SPI dépasse largement le Sénégal.
La plateforme fonctionne à l’échelle des huit pays de l’UEMOA et cherche à créer un espace de paiement régional plus intégré.
La BCEAO présente plusieurs usages potentiels : transferts entre particuliers, paiements chez les commerçants via un QR code standardisé, gestion des flux de trésorerie des entreprises, versement de salaires et d’aides sociales ou encore recouvrement par les administrations.
Pour les entreprises, l’enjeu est particulièrement intéressant.
Une entreprise sénégalaise travaillant avec un fournisseur situé dans un autre pays de l’UEMOA pourrait, lorsque les établissements concernés sont participants, bénéficier d’une infrastructure permettant d’accélérer les règlements et d’améliorer la gestion des flux.
La frontière nationale devient ainsi moins importante dans la circulation quotidienne des paiements.
Plus de 11 milliards de paiements électroniques en 2024
La PI-SPI arrive dans un marché où les paiements numériques connaissent déjà une progression rapide.
Lors du lancement de la plateforme en 2025, la BCEAO indiquait que le nombre de paiements électroniques dans l’UEMOA était passé de 260 millions en 2014 à plus de 11 milliards en 2024.
Dans le même temps, le taux d’inclusion financière avait atteint environ 74 %, contre moins de 15 % deux décennies auparavant.
La création d’une infrastructure régionale interopérable intervient donc après une première phase d’expansion massive des services numériques.
L’enjeu n’est plus seulement de digitaliser le paiement. Il est désormais de faire communiquer les différents systèmes.
Un terrain de jeu plus ouvert pour les fintechs
Cette évolution pourrait également modifier la concurrence dans les services financiers numériques.
Pour Mika Diol, spécialiste de la transformation digitale cité par Sika Finance, l’interopérabilité peut permettre aux fintechs de se concentrer davantage sur les services à valeur ajoutée plutôt que sur la construction de leurs propres infrastructures de connexion.
Dans ce modèle, le paiement de base devient progressivement une infrastructure commune.
La différenciation peut alors se déplacer vers l’expérience client, les outils de gestion, l’analyse de données, le scoring, l’automatisation ou encore les solutions destinées aux entreprises.
Cela pourrait également réduire certaines barrières techniques à l’entrée pour les nouveaux acteurs, même si ceux-ci devront toujours respecter les exigences réglementaires et de sécurité imposées par le secteur financier.
Les entreprises parmi les grands bénéficiaires potentiels
L’un des aspects les moins visibles de PI-SPI concerne son potentiel pour les entreprises.
La BCEAO prévoit notamment des fonctionnalités destinées à faciliter la gestion de trésorerie et l’automatisation des flux. Des API Business doivent permettre aux entreprises et aux développeurs d’intégrer les paiements instantanés dans leurs propres applications et systèmes.
La BCEAO a d’ailleurs homologué 24 API Business en septembre 2026 afin de renforcer l’intégration des entreprises à l’écosystème PI-SPI.
À terme, une entreprise pourrait donc intégrer directement les paiements dans son logiciel de gestion, automatiser certains règlements ou suivre ses flux plus rapidement.
La révolution est moins spectaculaire qu’un transfert affiché instantanément sur un téléphone, mais potentiellement plus structurante pour l’économie.
L’enjeu, transformer la connexion en usage
Le fait d’être connecté à PI-SPI ne garantit pas automatiquement une adoption massive par les utilisateurs.
Il faudra encore que les banques, fintechs et opérateurs rendent les services facilement accessibles, que les commerçants les adoptent et que les entreprises les intègrent dans leurs processus.
La BCEAO a donc devant elle une deuxième bataille : après l’interconnexion technique, vient celle de l’usage.
L’expérience des paiements numériques montre qu’une infrastructure ne produit ses effets économiques que lorsqu’elle devient un réflexe quotidien.
Pour le Sénégal, les 43 structures autorisées au 30 septembre 2026 constituent ainsi une étape importante, mais pas l’aboutissement du processus.
La prochaine révolution ne sera peut-être pas de créer un nouveau portefeuille numérique. Elle sera de faire en sorte que tous les portefeuilles, comptes et moyens de paiement puissent enfin parler la même langue. Avec PI-SPI, la BCEAO pose précisément les rails de cette nouvelle circulation de l’argent dans l’UEMOA.
La Rédaction



