Burkina Faso : Ouagadougou réclame une nouvelle architecture financière mondiale.
À New York, le Burkina Faso a appelé à une réforme de l’architecture financière internationale, estimant que les déséquilibres économiques continuent de limiter le droit au développement des pays vulnérables. Le ministre des Affaires étrangères Karamoko Jean Marie Traoré défend une approche fondée sur la souveraineté économique, la mobilisation des ressources nationales et une plus grande équité dans le système financier mondial.
Le Burkina Faso porte le débat à New York
Le Burkina Faso a plaidé mercredi 23 septembre 2026 pour une réforme de l’architecture financière internationale, lors d’une réunion de haut niveau organisée à New York autour du 40e anniversaire de la Déclaration des Nations unies sur le droit au développement.
Prenant la parole au nom de son pays, le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération régionale et des Burkinabè de l’extérieur, Karamoko Jean Marie Traoré, a estimé que les inégalités entre les nations, les difficultés économiques, le terrorisme et les atteintes à la souveraineté constituent autant d’obstacles à la réalisation du droit au développement.
Pour Ouagadougou, le développement ne peut donc pas être dissocié des conditions dans lesquelles les États accèdent aux financements, aux technologies et aux marchés internationaux.
Une réforme financière au cœur du plaidoyer
Le gouvernement burkinabè défend notamment une transformation de l’architecture financière mondiale afin de permettre aux pays en développement de disposer de conditions plus favorables pour financer leurs priorités.
Cette revendication s’inscrit dans un débat plus large sur le coût et l’accès aux financements internationaux. La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a elle-même relevé les limites de l’architecture financière actuelle, notamment les coûts d’emprunt élevés pour les pays africains, la distribution inégale des ressources, la lenteur des restructurations de dette et la faible représentativité des pays africains dans certaines instances de décision.
À New York, Ouagadougou a ainsi défendu une approche qui associe réforme du système financier international et renforcement des capacités économiques nationales.
Miser davantage sur la production locale
Le ministre burkinabè a également mis l’accent sur la nécessité de développer les capacités productives nationales.
Selon les chiffres présentés lors de son intervention, la production céréalière du Burkina Faso serait passée de 5,1 millions de tonnes à 7,15 millions de tonnes en trois ans, tandis que la croissance économique aurait atteint 5,3 % en 2025.
Karamoko Jean Marie Traoré a attribué cette évolution aux choix opérés par le pays en faveur de l’action, de la résilience et d’une plus grande autonomie économique. Il a insisté sur la nécessité de renforcer la production et la transformation locales des ressources afin de réduire la dépendance extérieure.
Cette orientation rejoint les priorités économiques affichées par Ouagadougou : produire davantage, transformer davantage sur place et augmenter la valeur créée au niveau national.
La fiscalité également dans le viseur
La réforme financière internationale n’est pas le seul levier évoqué par le Burkina Faso.
Ouagadougou plaide également pour une fiscalité plus équitable, considérée comme un outil essentiel pour permettre aux États de mobiliser davantage de ressources domestiques.
Cette question prend une importance particulière pour les économies africaines, qui cherchent à financer leurs infrastructures, leurs services sociaux et leurs investissements productifs tout en maîtrisant leur endettement.
Le raisonnement défendu par le Burkina Faso repose donc sur deux leviers complémentaires : obtenir un environnement financier international plus favorable et accroître simultanément la capacité des États à mobiliser leurs propres ressources.
Une revendication qui dépasse le seul Burkina Faso
Le plaidoyer burkinabè s’inscrit dans un mouvement plus large porté par plusieurs institutions africaines.
La BCEAO a récemment défendu une réforme profonde du système financier international, comprenant notamment une gouvernance plus représentative des institutions financières internationales, un meilleur accès aux Droits de tirage spéciaux, des mécanismes plus rapides de restructuration de dette et une meilleure prise en compte des risques climatiques dans les contrats d’endettement.
Le débat porte également sur la notation du risque souverain. Le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs, soutenu par l’Union africaine, prévoit le lancement d’une agence africaine de notation de crédit, présenté comme un moyen de répondre notamment aux coûts d’emprunt élevés supportés par les économies africaines.
Ces différentes initiatives témoignent d’une même préoccupation : améliorer les conditions dans lesquelles les économies africaines accèdent aux capitaux nécessaires à leur développement.
Pour Ouagadougou, souveraineté et développement sont liés
Le ministre burkinabè a également inscrit son plaidoyer dans une lecture plus large de la souveraineté.
Selon lui, le terrorisme, les ingérences et les atteintes à la souveraineté et à l’intégrité territoriale constituent des obstacles au développement. Il a parallèlement défendu la position des pays de la Confédération des États du Sahel (AES), affirmant leur volonté d’assumer la responsabilité de protéger leurs populations et leurs territoires.
Cette approche traduit la volonté de Ouagadougou de présenter le développement économique, la sécurité et l’autonomie politique comme des problématiques étroitement liées.
Le financement reste le nerf de la transformation
Le débat posé à New York rejoint une réalité très concrète pour les économies africaines : les ambitions de transformation productive nécessitent des capitaux importants.
Infrastructures, énergie, industrialisation, agriculture, numérique et capital humain exigent des financements de long terme. Or, l’accès à ces ressources reste conditionné par le coût du capital, le risque perçu, la capacité de mobilisation des recettes publiques et les conditions d’accès aux marchés financiers.
Le Burkina Faso défend donc une évolution du système international permettant aux pays du Sud de disposer de davantage de marges de manœuvre pour investir dans leur développement.
À New York, Ouagadougou a ainsi placé la réforme financière mondiale au cœur de son plaidoyer pour le droit au développement. Mais au-delà des tribunes internationales, le véritable enjeu sera de convertir cette revendication en ressources moins coûteuses, en investissements productifs et en capacités nationales durables. Car pour les économies africaines, la souveraineté financière ne se mesure pas seulement à la capacité de dénoncer les déséquilibres du système : elle se construit aussi dans la capacité à produire, mobiliser l’épargne et financer sa propre transformation.
La Rédaction



