Skip links

Carburant : Les travaux d’un dépôt ghanéen ralentissent les livraisons vers le Mali.

Les livraisons de carburant du Ghana vers le Mali connaissent un ralentissement depuis août 2026. La société publique ghanéenne BOSTenergies explique cette baisse principalement par les travaux de rénovation de son dépôt de Bolgatanga, un maillon stratégique de l’approvisionnement des marchés sahéliens. Pour le Mali, pays enclavé et fortement dépendant des corridors d’importation, l’épisode rappelle l’importance de sécuriser et de diversifier les voies d’approvisionnement énergétique.

Bolgatanga, un maillon stratégique

La réduction des volumes de carburant acheminés du Ghana vers le Mali est principalement liée aux travaux engagés au dépôt pétrolier de Bolgatanga, dans le nord du Ghana, selon BOSTenergies.

Cette installation joue un rôle important dans le dispositif logistique de la société publique ghanéenne pour desservir les marchés du Sahel. En temps normal, les produits pétroliers sont acheminés depuis les installations du sud du Ghana vers le nord grâce à un réseau combinant notamment pipelines et barges, avant d’être expédiés vers les pays voisins.

La rénovation du dépôt perturbe temporairement ce circuit.

BOSTenergies affirme toutefois que les travaux sont proches de leur achèvement et que la capacité normale d’exportation devrait être rétablie une fois le chantier terminé.

Seulement 10 000 tonnes livrées au Mali

L’impact sur les volumes est déjà mesurable.

Selon les données communiquées par BOSTenergies et rapportées par Reuters, le Mali avait demandé 40 000 tonnes supplémentaires de carburant pour août et septembre. La société ghanéenne n’en a finalement exporté que 10 000 tonnes sur cette période.

Le Burkina Faso est également concerné. BOSTenergies indique avoir livré environ 40 000 tonnes sur les 80 000 tonnes demandées par le pays pour juillet et août.

Ces chiffres ne signifient toutefois pas que les livraisons vers le Mali sont totalement interrompues. Elles se poursuivent, mais dans des conditions logistiques plus contraignantes.

Le détour par Tema pour maintenir les livraisons

Pour compenser l’indisponibilité temporaire du circuit passant par Bolgatanga, BOSTenergies a recours à des camions-citernes depuis son dépôt côtier de Tema, près d’Accra.

Cette solution permet de maintenir une partie des approvisionnements destinés au Mali et au Burkina Faso, mais elle est plus lourde sur le plan logistique que le dispositif habituel.

BOSTenergies explique que son réseau permet normalement de transporter les produits du sud vers le nord du Ghana avant leur acheminement vers les marchés sahéliens. Avec les travaux de Bolgatanga, le recours aux camions depuis Tema constitue donc une solution transitoire jusqu’à la remise en service complète du dépôt.

Pas de rupture annoncée au Ghana

BOSTenergies a tenu à apporter une précision importante après les premières informations faisant état d’une réduction des exportations.

Dans un communiqué publié le 18 septembre, la société affirme que cette baisse n’est pas due à une pénurie imminente de carburant au Ghana.

L’entreprise explique que la diminution des exportations vers le Mali et le Burkina Faso est principalement liée aux travaux de rénovation de Bolgatanga. Elle assure également qu’aucune considération politique, sécuritaire ou diplomatique n’a motivé cette décision.

Cette précision est importante dans un contexte régional où les questions énergétiques sont particulièrement sensibles.

Un marché régional sous pression

La situation intervient néanmoins dans un environnement international plus tendu pour les produits énergétiques.

Reuters rapporte que les perturbations des marchés mondiaux du pétrole et du gaz, notamment dans le contexte des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, ont contribué à accroître les tensions sur l’offre et les prix.

Au Ghana même, BOSTenergies indique faire face à une demande intérieure croissante. La société détient environ 30 % du marché ghanéen des carburants, tandis que le diesel représente environ les deux tiers de ses approvisionnements.

La réduction temporaire des exportations doit donc être comprise à l’intersection de deux facteurs : un chantier logistique sur un corridor stratégique et un marché énergétique régional soumis à de fortes contraintes.

Pour le Mali, la question du corridor reste centrale

L’épisode est particulièrement important pour le Mali en raison de sa situation géographique.

Pays enclavé, le Mali dépend de plusieurs corridors reliant son marché intérieur aux ports et aux infrastructures de stockage des pays côtiers. Le Ghana constitue l’une des voies utilisées pour l’approvisionnement en produits pétroliers, aux côtés notamment de la Côte d’Ivoire et d’autres corridors régionaux.

La moindre perturbation d’un maillon logistique peut donc rapidement se traduire par des délais supplémentaires, des coûts de transport plus élevés ou une pression accrue sur les volumes disponibles.

Pour les consommateurs et les entreprises, l’enjeu dépasse ainsi la simple quantité de carburant livrée. Le coût du transport, la disponibilité des stocks et la régularité des corridors déterminent directement le coût de l’énergie dans une économie enclavée.

Un approvisionnement malien encore suivi de près

Les données communiquées par les autorités maliennes montrent que l’approvisionnement national n’était pas à l’arrêt.

Entre le 3 et le 16 août 2026, près de 1 400 citernes avaient été réceptionnées au Mali, représentant plus de 66,5 millions de litres de produits pétroliers, selon le bilan présenté lors de la réunion de suivi de l’approvisionnement en hydrocarbures.

Cette situation montre que le ralentissement du corridor ghanéen ne doit pas être assimilé à une rupture générale d’approvisionnement au Mali. Il constitue plutôt une contrainte supplémentaire sur un système qui doit continuellement arbitrer entre plusieurs sources et plusieurs itinéraires.

La diversification devient un enjeu économique

À court terme, le retour à la normale dépendra principalement de l’achèvement des travaux à Bolgatanga. BOSTenergies assure que la pleine capacité régionale sera restaurée après la rénovation du dépôt.

À plus long terme, l’épisode pose une question stratégique pour le Mali : comment réduire la vulnérabilité d’un pays enclavé face aux aléas d’un corridor unique ou d’une infrastructure située à plusieurs centaines de kilomètres de son marché ?

La réponse passe par la diversification des corridors, le renforcement des capacités de stockage et une meilleure anticipation des besoins.

Car dans le commerce régional du carburant, la sécurité énergétique ne dépend pas seulement de la disponibilité du pétrole. Elle dépend aussi de la capacité à le faire arriver, au bon moment, par suffisamment de routes pour qu’un chantier ne puisse jamais devenir une crise.

La Rédaction

Accueil
Recherche
Top
Découvrir
Drag