UEMOA : Ecobank, Bank of Africa et Société Générale parmi les groupes qui concentrent le plus de comptes bancaires.
Le paysage bancaire ouest-africain poursuit son expansion. À fin décembre 2025, les établissements de crédit de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) détenaient près de 23,7 millions de comptes bancaires, en progression de 12,3 % sur un an. Derrière cette croissance se dessine une concentration importante autour de plusieurs grands groupes bancaires, avec Ecobank et Bank of Africa en tête pour leur poids dans le nombre de comptes.
Près de 24 millions de comptes dans l’Union
Le dernier rapport de la Commission bancaire de l’UMOA fait état de 23 708 725 comptes bancaires à fin 2025, contre environ 21,1 millions un an auparavant. La progression atteint ainsi 12,3 % en une année.
Cette dynamique est principalement portée par les comptes de particuliers. Leur nombre a augmenté de 13 %, pour atteindre 22,1 millions. Les comptes détenus par les personnes morales, c’est-à-dire les entreprises et autres organisations, ont progressé plus modérément de 3,2 %, à 1,59 million.
Ces chiffres donnent une indication importante sur l’évolution de l’inclusion financière dans l’espace UMOA. Ils ne correspondent toutefois pas exactement au nombre de clients bancaires : une même personne peut détenir plusieurs comptes, dans une ou plusieurs banques.
Ecobank arrive en tête parmi les grands groupes
Sur les 35 groupes bancaires présents dans l’Union en 2025, 14 disposaient d’au moins 2 % des actifs bancaires régionaux. Ensemble, ces 14 groupes concentraient 67,4 % des comptes bancaires de l’UMOA.
Le groupe Ecobank occupe la première position avec une part de 14,1 % du nombre total de comptes bancaires de l’Union. Rapportée aux 23,7 millions de comptes recensés, cette proportion représente environ 3,34 millions de comptes.
Le groupe Bank of Africa arrive ensuite avec 12,4 %, soit environ 2,94 millions de comptes. Société Générale suit avec 6,4 %, soit près de 1,52 million de comptes.
Derrière ce trio, United Bank for Africa (UBA) représente 5,4 % des comptes, soit environ 1,28 million. Atlantic Business International (ABI) atteint 5,2 %, devant Attijariwafa bank à 5,1 % et Coris à 4,9 %.
Ces estimations en nombre de comptes sont obtenues en appliquant les parts publiées par la Commission bancaire au total régional de 23 708 725 comptes. Elles donnent un ordre de grandeur et ne constituent pas des chiffres directement publiés par la Commission bancaire pour chaque groupe.
Une concentration qui ne signifie pas domination absolue
La lecture des chiffres révèle une particularité du marché bancaire régional : le nombre de comptes et la taille financière ne racontent pas exactement la même histoire.
Les filiales des groupes bancaires représentent 72,3 % des établissements de crédit de l’Union et concentrent 81,1 % des actifs, mais aussi 86,2 % des comptes bancaires.
Les banques sous-régionales détiennent, à elles seules, 48,8 % des comptes bancaires de l’Union, contre 51,1 % pour les banques internationales. Cette répartition montre que la clientèle bancaire de l’UMOA est partagée entre des groupes originaires de la région et de grands réseaux internationaux.
Le marché reste par ailleurs relativement fragmenté. À fin 2025, l’Union comptait 136 banques et 25 établissements financiers à caractère bancaire, soit 161 établissements de crédit agréés.
La Côte d’Ivoire concentre le plus grand nombre de comptes
La géographie bancaire de l’UMOA confirme le poids économique de la Côte d’Ivoire.
À fin 2025, le pays comptait environ 8,26 millions de comptes bancaires, devant le Burkina Faso avec 3,42 millions et le Sénégal avec 3,35 millions. Le Mali suivait avec près de 2,40 millions, devant le Bénin avec 2,57 millions, le Togo avec 1,94 million et le Niger avec 1,51 million. La Guinée-Bissau comptait environ 263 000 comptes.
La Côte d’Ivoire représente ainsi à elle seule près de 35 % des comptes bancaires de l’Union. Ce poids s’explique notamment par la taille de son économie et de son marché financier, mais aussi par l’importance de son secteur bancaire : le pays concentre 37,9 % des actifs bancaires de l’UMOA.
Le Sénégal occupe la deuxième place en termes de poids bancaire avec 19,2 % des actifs, tandis que le Burkina Faso et le Mali représentent respectivement 12,5 % et 11 %.
Le mobile money change aussi la mesure de l’inclusion financière
Ces chiffres doivent cependant être lus à côté de ceux de la monnaie électronique.
Les établissements de monnaie électronique comptaient 172,9 millions de comptes ouverts à fin 2025 dans l’UMOA. Mais seulement 35,1 % de ces comptes étaient actifs.
La comparaison directe avec les 23,7 millions de comptes bancaires serait toutefois trompeuse. Les deux catégories répondent à des statuts réglementaires et à des usages différents. Le nombre de comptes de monnaie électronique est notamment influencé par la facilité d’ouverture de comptes mobiles et peut intégrer des comptes peu ou pas utilisés.
L’enjeu pour les banques est donc désormais de convertir leur présence en nombre de comptes en une utilisation régulière des services financiers : épargne, crédit, paiement, assurance ou investissement.
Au-delà du nombre, la bataille porte sur l’usage
Le nombre de comptes constitue un indicateur important de l’accès aux services bancaires, mais il ne suffit pas à mesurer la profondeur de l’inclusion financière.
Un compte ouvert mais peu utilisé ne produit pas le même effet économique qu’un compte servant à recevoir un salaire, épargner, financer une activité ou accéder au crédit.
Le secteur bancaire de l’UMOA dispose néanmoins d’une base en expansion. En 2025, le total de bilan des établissements de crédit a atteint 82 298,8 milliards de FCFA, tandis que les dépôts ont progressé de 16 % et les crédits à la clientèle de 5,5 %. Le résultat net du secteur s’est établi à 1 252,1 milliards de FCFA, en hausse de 25,5 %.
La prochaine bataille ne se jouera donc pas uniquement sur le nombre de comptes ouverts. Elle portera sur leur transformation en véritables portes d’entrée vers l’épargne, le crédit et l’investissement. Dans une UEMOA où près de 24 millions de comptes bancaires côtoient près de 173 millions de comptes de monnaie électronique, la question centrale devient moins celle de l’accès que celle de l’usage : comment faire du compte financier un véritable outil de participation à l’économie ?
La Rédaction



