Ghana : 10 millions de dollars pour transformer les projets du 24H+ en investissements bancables.
Le Ghana franchit une nouvelle étape dans la mise en œuvre de son programme 24H+. Accra veut désormais s’attaquer à une étape souvent décisive mais moins visible des grands investissements : la préparation des projets. Afreximbank, le Ghana Infrastructure Investment Fund (GIIF) et l’Autorité de l’économie 24 heures sur 24 ont conclu, le 18 septembre au Caire, un accord-cadre pour créer un mécanisme doté initialement de 10 millions de dollars. Objectif : transformer des projets prioritaires encore en phase de préparation en dossiers suffisamment solides pour attirer des financements privés et institutionnels.
10 millions de dollars pour préparer, pas pour construire
Le nouveau dispositif, baptisé Joint Project Preparation Facility (JPPF), est alimenté à parts égales par Afreximbank et le GIIF. Chacune des deux institutions apporte une contribution initiale de 5 millions de dollars, soit 10 millions au total.
Cette enveloppe doit financer les travaux nécessaires à la maturation des projets : études techniques, analyses financières, études juridiques et prestations de conseil. Le mécanisme doit notamment permettre de résoudre les obstacles qui empêchent certains projets de franchir le cap entre l’idée et la recherche effective de capitaux.
La nuance est importante : les 10 millions de dollars ne constituent donc pas une enveloppe destinée à financer directement la construction des infrastructures. Il s’agit d’un financement en amont, destiné à rendre les projets « bancables », c’est-à-dire suffisamment documentés, structurés et crédibles pour intéresser des investisseurs.
Un portefeuille de 11,5 milliards de dollars
L’enjeu dépasse largement le montant du mécanisme. Selon l’Autorité de l’économie 24 heures sur 24, le portefeuille global d’investissement du programme 24H+ est actuellement évalué à environ 11,5 milliards de dollars. Les projets qui bénéficieront du JPPF seront sélectionnés et approuvés conjointement par les trois partenaires.
Le mécanisme doit ainsi servir de passerelle entre les priorités économiques du gouvernement et les exigences des investisseurs.
Cette logique répond à une difficulté classique du financement du développement. Un projet peut être stratégique pour un pays sans être immédiatement finançable. Avant de solliciter une banque, un fonds d’investissement ou un partenaire privé, il faut généralement disposer d’études de faisabilité solides, d’un modèle économique crédible, d’un cadre juridique clair et d’une évaluation précise des risques.
C’est précisément cette phase préparatoire que le Ghana cherche à renforcer.
Une intervention ciblée sur les secteurs productifs
Les projets susceptibles d’être accompagnés couvrent un éventail important de secteurs. Le JPPF ciblera notamment l’énergie et les infrastructures, la logistique, la connectivité numérique, les parcs industriels, la transformation agricole, l’industrie manufacturière, la valorisation des minerais, le tourisme, les industries créatives et la santé.
Cette orientation correspond à la philosophie du programme 24H+, présenté par le gouvernement comme une stratégie de transformation productive portée largement par le secteur privé.
Le programme cherche à accroître la capacité de production du Ghana, développer les exportations, renforcer l’industrialisation et créer des emplois. Son dispositif s’articule autour de plusieurs secteurs, de l’agriculture et de l’industrie aux infrastructures, à la logistique, aux services financiers, aux compétences, au tourisme et aux industries créatives.
Trois acteurs, trois fonctions
L’accord repose sur une répartition précise des responsabilités.
L’Autorité de l’économie 24 heures sur 24 doit identifier et présenter les projets stratégiques tout en assurant la coordination avec les administrations publiques concernées.
Le GIIF apporte de son côté son expertise locale en matière d’identification, de développement et d’investissement dans les infrastructures.
Afreximbank intervient sur la préparation des projets et la mobilisation des capitaux, avec son expérience dans le financement du commerce et des infrastructures africaines.
Le mécanisme comprend également un volet consacré au renforcement des capacités du GIIF. Des formations, des transferts de compétences et des détachements de personnel sont prévus afin de développer les capacités internes du fonds ghanéen à identifier, structurer et gérer des projets susceptibles d’attirer des investisseurs.
Le vrai enjeu, passer du portefeuille aux investissements
Le Ghana dispose déjà de plusieurs projets associés à la stratégie 24H+. Le programme officiel met notamment en avant des initiatives telles que le Volta Economic Corridor, le Legon Pharmaceutical Innovation Park ou encore le Kumasi Machinery & Technology Park.
Certaines initiatives sont également entrées dans des phases plus avancées. En août 2026, l’Autorité 24H+ annonçait par exemple la signature de termes de référence d’une valeur de 270 millions de dollars pour un programme national de transformation de la filière avicole.
Mais le passage d’un portefeuille de projets à des investissements effectivement réalisés reste une étape déterminante.
Le JPPF entend précisément réduire cette distance. En consacrant 10 millions de dollars à la préparation, ses promoteurs cherchent à créer un effet de levier : investir en amont dans les études et la structuration pour pouvoir mobiliser ensuite des montants beaucoup plus importants auprès du secteur privé.
Pour le Ghana, la réussite du mécanisme se mesurera donc moins au montant des 10 millions de dollars qu’à sa capacité à transformer une partie des 11,5 milliards de dollars de projets annoncés en opérations réellement financées et exécutées.
Car dans la compétition africaine pour attirer les capitaux, l’idée d’un projet ne suffit plus. Les investisseurs recherchent des dossiers préparés, des risques identifiés et des modèles économiques suffisamment solides pour passer du discours à la décision. Avec le JPPF, Accra cherche précisément à construire cette passerelle entre ambition publique et capital privé.
La Rédaction



