Côte d’Ivoire : Abidjan lance sa stratégie nationale pour l’hydrogène vert.
La Côte d’Ivoire ouvre un nouveau chantier de sa politique énergétique. Le ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie a lancé, jeudi 17 septembre 2026 à Abidjan, les travaux d’élaboration de la stratégie nationale pour l’hydrogène vert. À travers cette démarche, le pays veut déterminer la place que cette nouvelle filière pourrait occuper dans son économie et surtout définir les conditions nécessaires à son développement.
L’initiative intervient dans un contexte où l’hydrogène vert attire progressivement l’attention des États et des investisseurs comme vecteur potentiel de décarbonation de certaines activités industrielles et de transport. Pour Abidjan, l’enjeu consiste désormais à passer de l’intérêt technologique à une feuille de route adaptée aux réalités énergétiques, industrielles et financières du pays.
Une stratégie pour structurer une future filière
Le lancement des travaux ne signifie pas encore que la Côte d’Ivoire dispose d’une filière industrielle d’hydrogène vert. Il marque plutôt le début d’un processus destiné à en définir les contours.
La future stratégie devra notamment identifier les usages prioritaires de l’hydrogène vert, évaluer leur viabilité économique et déterminer les investissements nécessaires. Elle devra également examiner les conditions de production, les infrastructures à développer et les débouchés potentiels, aussi bien sur le marché ivoirien qu’à l’extérieur.
À l’ouverture des travaux, Jacob Akoussi, conseiller technique représentant le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, a insisté sur la nécessité de disposer d’un document capable d’orienter à la fois l’action publique et l’investissement privé. La stratégie doit ainsi servir de cadre de référence pour les décisions futures.
L’électricité renouvelable au cœur de l’équation
Pour produire de l’hydrogène vert, l’électricité utilisée pour séparer l’hydrogène de l’eau doit provenir de sources renouvelables. Le coût et la disponibilité de cette électricité constituent donc l’un des principaux paramètres économiques de la future filière.
Les travaux ivoiriens devront précisément évaluer l’accès à une électricité renouvelable compétitive ainsi que la disponibilité durable des ressources en eau. Ces deux facteurs pèseront directement sur le coût de production et, par conséquent, sur la capacité de l’hydrogène ivoirien à trouver des débouchés.
La question des infrastructures sera également déterminante. Une éventuelle montée en puissance de la filière nécessiterait des capacités adaptées de production, de stockage, de transport et, selon les usages retenus, de connexion aux infrastructures industrielles et portuaires.
Cette approche rejoint les priorités plus larges du Plan national de développement 2026-2030, qui place notamment la transition écologique, la résilience climatique, les infrastructures et l’industrialisation parmi ses axes de transformation. Le PND prévoit 114 838,5 milliards de FCFA d’investissements sur la période et vise une croissance moyenne de 7,2 %.
Recherche et compétences : l’autre défi
Abidjan entend également éviter que le développement de cette nouvelle industrie ne repose uniquement sur des infrastructures importées et des expertises extérieures.
Les travaux associent ainsi les administrations publiques, le secteur privé, les chercheurs, les établissements d’enseignement supérieur ainsi que les partenaires techniques et financiers. Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique est notamment appelé à préparer les compétences nécessaires à l’émergence de la filière.
Un projet de recherche consacré à l’hydrogène, financé à hauteur de 500 000 euros dans le cadre du Contrat de désendettement et de développement (C2D), a également été mentionné lors du lancement. L’objectif est de renforcer le lien entre recherche scientifique, innovation et besoins futurs de l’économie ivoirienne.
Pour une filière encore émergente, cette dimension est stratégique. Produire de l’hydrogène vert ne nécessite pas seulement des électrolyseurs et des installations énergétiques. Il faut également des ingénieurs, des techniciens, des spécialistes de la sécurité, de la réglementation, de la logistique et du financement de projets.
Un appui de WASCAL et de l’Allemagne
La Côte d’Ivoire bénéficie dans cette démarche de l’appui du Centre ouest-africain de recherche sur le changement climatique et l’utilisation des terres (WASCAL), avec le soutien de l’Allemagne.
Cette coopération s’appuie notamment sur un accord conclu le 13 août 2025 entre WASCAL et le ministère ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie pour accompagner l’élaboration de la stratégie nationale. WASCAL inscrit par ailleurs cette initiative dans le cadre plus large de la politique et de la stratégie de la CEDEAO sur l’hydrogène vert.
Cette dimension régionale est importante. Le développement de l’hydrogène vert en Afrique de l’Ouest pourrait, à terme, dépasser les frontières nationales, notamment en matière d’infrastructures, de recherche, de normes et de débouchés industriels.
L’investissement privé déjà dans le viseur
Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu sera aussi de déterminer si l’hydrogène vert peut devenir un nouveau vecteur d’investissement industriel.
La future stratégie devra donc intégrer les besoins de financement et les conditions susceptibles d’attirer les investisseurs. Le pays devra notamment établir quels usages présentent le meilleur potentiel économique : industrie, transport lourd, production de dérivés comme l’ammoniac ou encore éventuelle exportation.
Mais cette ambition devra composer avec une réalité : l’hydrogène vert reste une industrie coûteuse et fortement dépendante du prix de l’électricité renouvelable, de l’eau, des équipements et des infrastructures.
Le lancement de la stratégie intervient d’ailleurs alors que la Côte d’Ivoire cherche parallèlement à accélérer la mise en œuvre de son Pacte national de l’énergie, avec l’appui de partenaires comme la Banque africaine de développement.
De la stratégie aux premiers projets
Les travaux engagés doivent notamment permettre de préciser la méthodologie et le calendrier de la mission confiée au cabinet Stantec, tout en recueillant les contributions des différentes parties prenantes.
À terme, Abidjan veut disposer d’un cadre stratégique couvrant les dimensions énergétiques, économiques, scientifiques et environnementales de la filière.
Le véritable enjeu commencera toutefois après la publication de cette feuille de route. Il faudra alors transformer les orientations en projets bancables, en infrastructures, en compétences et en investissements effectivement mobilisés.
En lançant cette stratégie, la Côte d’Ivoire ne produit donc pas encore de l’hydrogène vert à grande échelle. Elle cherche d’abord à savoir où produire, pour quels usages, avec quelle énergie, à quel coût et pour quels marchés. Une étape moins spectaculaire qu’une usine ou un grand projet industriel, mais déterminante pour éviter que la nouvelle économie de l’hydrogène ne reste, elle aussi, au stade des promesses.
La Rédaction



