Afrique : Afreximbank et ZEP-RE misent sur les compétences pour sécuriser le commerce continental.
Face à la complexification des échanges transfrontaliers, Afreximbank et ZEP-RE veulent renforcer les compétences des professionnels africains dans le financement du commerce, l’assurance, la réassurance et la gestion des risques. Signé à Nairobi pour une durée initiale de trois ans, leur nouvel accord associe formation, recherche et partage de connaissances. Une initiative qui place le capital humain au cœur de la construction d’un marché africain plus intégré.
Un partenariat de trois ans autour du savoir-faire financier
Le 16 septembre 2026 à Nairobi, la Banque africaine d’import-export, Afreximbank, et ZEP-RE, compagnie panafricaine de réassurance, ont signé un protocole d’accord destiné à renforcer les capacités professionnelles et institutionnelles dans plusieurs domaines stratégiques du commerce africain.
L’accord réunit deux structures de formation : Afreximbank Academy (AFRACAD) et ZEP-RE Academy. Il doit permettre de développer des programmes communs consacrés au financement du commerce, à l’assurance, à la réassurance, à la gestion des risques et à la facilitation des échanges.
Le partenariat est prévu pour une durée initiale de trois ans, avec une possibilité de renouvellement d’un commun accord.
Derrière cette initiative se trouve un constat simple : l’augmentation des échanges entre pays africains ne nécessite pas seulement davantage de financements et d’infrastructures. Elle exige également des professionnels capables de structurer les opérations, d’évaluer les risques et de sécuriser les transactions.
Des formations conçues pour les réalités africaines
Le premier volet du partenariat portera sur la création de contenus pédagogiques numériques. Les deux institutions prévoient de produire des cours en ligne, des boîtes à outils et des études de cas africaines à travers une approche commune de production de contenus.
Ces ressources seront diffusées via les plateformes numériques d’AFRACAD et de ZEP-RE Academy, afin d’élargir l’accès aux formations dans les différents marchés africains.
Le deuxième axe concerne directement le développement professionnel et exécutif. Les programmes porteront notamment sur la gestion des risques et la réassurance, les garanties commerciales, la facilitation des échanges, les infrastructures financières et le développement des marchés.
Des formations courtes, des masterclasses pour cadres, des programmes de certification et des dispositifs d’apprentissage en présentiel, à distance ou hybrides sont envisagés.
Le troisième volet sera consacré à la recherche et au partage de connaissances. Études conjointes, webinaires, dialogues sur les politiques publiques et forums professionnels doivent permettre de réunir régulateurs, acteurs financiers, entreprises privées et partenaires au développement autour des nouveaux défis du commerce africain.
Pourquoi la gestion des risques devient stratégique
Pour une entreprise qui vend ou achète au-delà de ses frontières, une opération commerciale ne s’arrête pas à la signature d’un contrat. Elle peut être exposée à des risques liés au transport, au paiement, au change, aux garanties ou encore à la défaillance d’un partenaire.
L’assurance et la réassurance jouent alors un rôle essentiel pour absorber une partie de ces risques. Les garanties commerciales peuvent également faciliter certaines transactions en donnant davantage de sécurité aux différents intervenants.
C’est précisément le rapprochement recherché par Afreximbank et ZEP-RE : connecter l’expertise du financement du commerce à celle de l’assurance, de la réassurance et de la gestion des risques.
Pour les deux institutions, la qualité des compétences disponibles dans ces domaines devient donc un facteur de développement du commerce intra-africain.
Une coopération qui s’appuie sur des mécanismes déjà opérationnels
Le nouvel accord ne part pas de zéro. Afreximbank et ZEP-RE coopèrent déjà dans le domaine de la sécurisation des échanges.
En 2025, les deux institutions ont notamment lancé la Trans-Africa Bond Alliance (TABA), destinée à renforcer les capacités d’assurance, à soutenir le commerce transfrontalier et à faciliter la circulation des marchandises et des investissements en Afrique.
Depuis le début de ses opérations en juin 2025, TABA a soutenu environ 185 millions de dollars d’obligations en 2025, puis 280 millions de dollars au premier trimestre 2026, avec des risques provenant de 24 cédantes dans cinq pays.
Cette coopération s’inscrit également dans le Régime collaboratif africain de garantie de transit (AACTGS) d’Afreximbank. Le mécanisme dispose de 1 milliard de dollars de limites de garantie, dont une facilité de 300 millions de dollars mise en œuvre avec ZEP-RE dans la région du COMESA.
L’objectif est notamment de réduire la multiplication des garanties nationales exigées pour le transit des marchandises, de libérer une partie des fonds de roulement immobilisés comme garanties et de rendre les échanges transfrontaliers plus prévisibles.
Le capital humain, une infrastructure invisible du commerce
À travers ce nouveau partenariat, Afreximbank et ZEP-RE élargissent donc leur coopération : après les mécanismes financiers et assurantiels, l’accent est désormais mis sur les compétences capables de les faire fonctionner efficacement.
L’enjeu dépasse la seule formation de professionnels. Il s’agit aussi de renforcer les institutions africaines face à des opérations commerciales et financières de plus en plus complexes, dans un contexte marqué par la progression de l’intégration régionale et la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine.
Pour l’Afrique, disposer de routes, de ports, de systèmes de paiement et de financements adaptés est indispensable. Mais sans expertise suffisante pour évaluer les risques, structurer les garanties et sécuriser les transactions, ces infrastructures peuvent rester sous-exploitées.
Le véritable enjeu de ce partenariat se situera donc dans sa capacité à transformer la formation en compétences opérationnelles, puis ces compétences en transactions mieux structurées et en échanges plus fluides. Dans la construction du marché africain, le capital humain apparaît ainsi comme une infrastructure à part entière.
La Rédaction



