Ghana : Accra mise sur le privé pour accélérer la transformation agricole et industrielle.
Après avoir consacré une partie de son action à la stabilisation de l’économie, le Ghana veut désormais accélérer la création d’emplois et la transformation de son appareil productif. Agriculture commerciale, agro-industrie, pharmacie, textile, automobile et énergie figurent parmi les secteurs ciblés. Le gouvernement entend mobiliser davantage de capitaux privés, tandis que l’IFC dispose déjà d’un portefeuille potentiel de 1,2 milliard de dollars dans le pays.
D’Abord stabiliser, maintenant investir
Le Ghana veut changer de rythme. Après une période consacrée au rétablissement de la stabilité macroéconomique, le gouvernement de John Dramani Mahama affirme vouloir désormais concentrer ses efforts sur la création d’emplois et l’investissement productif.
Le président ghanéen a annoncé le 16 septembre la mise à disposition d’environ 2 milliards de dollars par an dans neuf secteurs capables de générer rapidement des emplois. Le dispositif devrait être porté principalement par le secteur privé, l’État devant davantage jouer un rôle de facilitateur que d’opérateur économique.
Cette orientation intervient alors qu’Accra cherche à consolider les résultats obtenus sur le front macroéconomique et à convertir cette amélioration en activité économique réelle.
L’agriculture au cœur du nouveau pari
Parmi les priorités, l’agriculture occupe une place centrale. Le gouvernement cible notamment le palmier à huile, la volaille et le cacao, avec l’ambition de développer la production locale et de réduire la dépendance aux importations.
Le cas de la volaille illustre l’enjeu. Selon le président Mahama, le Ghana dépense près de 500 millions de dollars par an pour importer du poulet. Le gouvernement estime qu’une partie de cette demande pourrait être couverte par une production nationale plus compétitive.
Le palmier à huile constitue un autre axe stratégique. Le budget 2026 prévoit notamment la création d’une enveloppe de financement de 500 millions de dollars destinée au développement de la filière. Elle doit notamment permettre de financer des projets sur le long terme, avec des conditions adaptées aux investissements agricoles et un soutien aux petits producteurs. L’objectif annoncé est de développer 100 000 hectares de nouvelles plantations, de renforcer la transformation et de tendre vers l’autosuffisance en huile de palme.
L’idée est donc de dépasser la seule production agricole : plantation, transformation, financement et débouchés doivent être intégrés dans une même chaîne de valeur.
Le cacao et la transformation locale
Le cacao occupe également une place importante dans cette stratégie. Lors d’une rencontre avec le directeur général de l’International Finance Corporation (IFC), Makhtar Diop, le président Mahama a réaffirmé l’objectif de transformer localement au moins 50 % des fèves de cacao, ainsi qu’une partie des autres produits agricoles et miniers.
Cette orientation répond à une problématique bien connue des économies productrices de matières premières : exporter une ressource brute permet de générer des recettes, mais une transformation plus poussée peut créer davantage de valeur ajoutée, d’emplois et d’activités industrielles autour de la matière première.
Pour le ministre ghanéen des Finances, Cassiel Ato Forson, le sucre, la transformation du cacao, l’huile de palme et la volaille figurent précisément parmi les secteurs nécessitant davantage d’investissements privés.
L’IFC prépare un portefeuille de 1,2 milliard de dollars
L’intérêt des investisseurs institutionnels constitue un autre signal important.
L’IFC indique travailler sur un pipeline potentiel d’environ 1,2 milliard de dollars d’investissements au Ghana, principalement autour de l’énergie, des infrastructures, de l’agriculture et des projets créateurs d’emplois. Ce montant correspond à des investissements potentiels identifiés par l’institution et non à des financements déjà entièrement décaissés.
Les discussions entre Accra et l’IFC portent également sur les moyens d’attirer davantage de capitaux internationaux tout en renforçant les entreprises ghanéennes.
Le gouvernement veut ainsi faire coïncider deux objectifs : attirer de nouveaux investisseurs et permettre aux entreprises locales de prendre une part plus importante dans les chaînes de valeur.
L’industrie appelée à monter en puissance
L’agriculture n’est toutefois qu’un volet de cette stratégie. Le Ghana cherche parallèlement à renforcer son industrie manufacturière.
Le gouvernement a annoncé des incitations fiscales, des allègements fiscaux et la possibilité d’importer certaines machines sans droits afin de soutenir les entreprises manufacturières. Les secteurs ciblés comprennent notamment le textile et l’habillement, la pharmacie, l’automobile et l’agro-industrie.
L’énergie constitue un préalable majeur à cette ambition. Une capacité de 1,5 GW d’énergies renouvelables est annoncée dans le cadre de la stratégie industrielle afin de contribuer à sécuriser l’approvisionnement des activités manufacturières et agroalimentaires.
Le gouvernement veut ainsi créer un environnement dans lequel produire localement devient plus viable, notamment pour les entreprises qui souhaitent transformer des matières premières destinées aujourd’hui à l’exportation ou à l’importation de produits finis.
Produire localement pour réduire les importations
Cette stratégie repose sur une logique économique relativement simple : identifier les produits que le Ghana importe en grande quantité, déterminer lesquels peuvent être produits compétitivement sur le territoire, puis mobiliser les infrastructures, les financements et les entreprises nécessaires.
La volaille et l’huile de palme sont deux exemples particulièrement visibles. La transformation du cacao, la pharmacie et l’agro-industrie élargissent cette logique à d’autres secteurs.
Le gouvernement cherche également à renforcer les infrastructures nécessaires à cette transformation, notamment dans les transports, l’énergie et la connectivité numérique. Lors de sa rencontre avec l’IFC, John Mahama a notamment évoqué le développement des réseaux ferroviaires, routiers et aériens ainsi que l’amélioration de la connectivité numérique.
Le défi sera de transformer les annonces en capital productif
Le Ghana dispose donc aujourd’hui d’un ensemble d’annonces importantes : 2 milliards de dollars par an envisagés dans des secteurs créateurs d’emplois, 500 millions de dollars pour le financement du développement du palmier à huile, 1,2 milliard de dollars de pipeline potentiel identifié par l’IFC et des mesures d’incitation destinées à l’industrie.
Mais ces montants ne doivent pas être confondus avec des investissements déjà réalisés. Leur impact dépendra de la capacité à transformer les annonces en projets financés, usines opérationnelles, plantations productives, infrastructures fonctionnelles et emplois durables.
C’est finalement sur ce terrain que se jouera la prochaine étape de la stratégie ghanéenne. Après avoir cherché à stabiliser ses fondamentaux économiques, Accra veut désormais démontrer que la stabilité peut devenir du capital productif. Pour le Ghana, le véritable enjeu n’est donc plus seulement d’attirer l’argent : il est de faire en sorte que chaque dollar investi contribue davantage à produire, transformer et créer de la valeur sur place.
La Rédaction



